10 000 kilomètres à vélo à la découverte de 30 "écotopies" américaines

Par I Publié le 14 Janvier 2016

INTERVIEW. En 200 jours, un professeur de philosophie de Savoie veut rouler de Miami à Seattle. Les points d'étape de ce voyage vert ? Des lieux où s'inventent des alternatives écologiques, dont il analysera le fonctionnement avec trois classes restées en France. Un projet à suivre dans "We +".


(Crédit : DR)
(Crédit : DR)

Damien Delorme a 31 ans. Agrégé de philosophie, ce Chambérien est persuadé que "les questions environnementales contemporaines sont parmi les plus urgentes dont devrait se saisir [sa] discipline". Le 12 janvier, il est parti pour un périple de six mois à travers les États-Unis, qu'il a financé grâce à une collecte lancée sur la plateforme KissKissBankBank. Un voyage à visée écologique baptisé Untaking space, the US project, qu'il racontera dans notre rubrique We +. We Demain l'a interviewé quelques jours avant son départ.

We Demain : Racontez-nous la genèse de votre projet. 

Damien Delorme :  L’idée est de faire 10 000 kilomètres à vélo à travers les États-Unis, de Miami à Seattle, en 200 jours. Le tout, en reliant 30 "écotopies" : des lieux où s’inventent des alternatives écologiques. J’ai voulu aller voir au cœur de l’un des plus gros pollueurs de la planète, où les citoyens réagissent en inventant des nouveaux rapports avec la nature. Pour moi, c’est à la fois un challenge sportif, un voyage philosophique et un projet pédagogique. C’est aussi l’occasion de mener mon travail de thèse, intitulée "La normativité de la nature dans les philosophies de l'environnement" et mené avec l’université Lyon 3.
 

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Damien Delorme (Crédit : DR)
Damien Delorme (Crédit : DR)

"Avec les élèves, nous avons réfléchi à des questions environnementales"


En quoi votre projet est-il pédagogique ?
 
Je vais partager mes découvertes et mes réflexions avec trois classes : les CM1 de l’école du Bourg à Montbonnot, les secondes 10 du Lycée Charles Poncet de Cluses et les terminales S du lycée Monge à Chambéry. Tous suivront mon voyage via un blog et mèneront, à leur niveau, un travail de réflexion. Les plus jeunes y participeront par le biais de leurs cours d’éducation au développement durable.
 
Comment les élèves vont-il accompagner ce projet ?
 
Nous avons réfléchi ensemble à des questions environnementales. À qui appartient la Terre ? Les animaux sont-ils des personnes ? Le changement climatique est-il injuste ? La nature est-elle fragile ? Le projet se situe au cœur de la philosophie de l’environnement. J’espère par la même, avec l’aide des enseignants, aider à développer les facultés de réflexion critique et d’écoute des élèves. Concrètement, pendant le voyage, les élèves partiront des articles que je vais écrire pour mener des discussions et des réflexions en classe. Les terminales vont participer à une journée de rencontre entre lycéens dans le bassin de Chambéry. J’organiserai avec eux des sessions skype pour répondre à leurs questions et raconter ce dont je suis témoin.
 

Les CM1 à Montbonnet (Crédit : DR)
Les CM1 à Montbonnet (Crédit : DR)

"Les écotopies répondent à la catastrophe écologique en cours"


Comment avez-vous défini votre itinéraire ?

Je me suis demandé comment s’articulent des initiatives au niveau local, alors que le problème est global. Ces initiatives peuvent sembler dérisoires au regard de la complexité d'un large système, mais elles sont des moteurs d’espoir. L’idée est que chacune de ces initiatives s’articule ensemble : j’ai donc décidé de les relier. Quant au concept même des écotopies, je l’ai trouvé en lisant des livres et en fouillant sur Internet. Il m’a semblé intéressant, car il répond à la catastrophe écologique en cours.
 
Quel type d’initiatives allez-vous nous faire découvrir ?

Elles vont de la vente de fruits sur une remorque à vélos par un entrepreneur de Miami, à des campagnes de sensibilisation menées par des institutions étatiques comme les parcs nationaux des Everglades, en passant par de nombreuses actions communautaires. Parmi elles, des jardins et fermes urbaines, des projets centrées sur l’architecture naturelle comme des bâtiments à énergie positive construits en matériaux locaux… J'irai aussi à la rencontre de communautés qui existent déjà depuis quarante ans sur la Côte Ouest, pratiquent le cohousing ou vivent dans des écovillages.
 

Le futur périple de Damien Delorme (Crédit : DR)
Le futur périple de Damien Delorme (Crédit : DR)

Quel est votre objectif final ?

À mon retour, je compte monter une exposition itinérante en région Rhône-Alpes, afin de réaliser la synthèse entre des productions issues du voyage et le travail des élèves. Elle sera également présentée dans différents festivals de voyageurs régionaux, comme Vélo'sons, le forum du voyage à vélo à Chambéry, le Café des Voyageurs à Genève, le Grand Bivouac à Albertville... Ce qui me porte avant tout, c'est la sensibilisation aux enjeux environnementaux et à l'éco-mobilité. En faisant l'hypothèse qu'aux États-Unis, la violence du système ultra-libéral, associée à une tradition d'individualisme, font émerger une radicalité qu'il est intéressant d'aller voir.






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