À Lima, des vautours équipés de GoPro pour aider à nettoyer la ville

Par I Publié le 16 Février 2016

Afin de sensibiliser la population de Lima aux décharges illégales d'ordures, le ministère de l'écologie péruvien et l'USAID ont lancé le programme "Gallinazo avisa". Ce dernier vise à équiper les vautours de GoPro et de traqueurs pour repérer en temps réel les endroits particulièrement pollués.


La cartographie des vautours et des ordures à Lima (Crédit : Gallinazo avisa)
La cartographie des vautours et des ordures à Lima (Crédit : Gallinazo avisa)
À Lima, un cinquième des déchets atterrit sur des décharges illégales. Les neuf millions d’habitants de la capitale péruvienne produisent quotidiennement plus de 8 000 tonnes d’ordures, mais, par manque de décharges publiques – la ville n’en compte que quatre, les déversent n’importe où. 
 
La municipalité ne les a, jusqu’ici, pas encouragés à adopter d’autres pratiques : En l’absence d’un programme de collecte et de recyclage des déchets, seuls 1 % des ordures y sont recyclés. De plus, 70 % de ses habitants ne paient pas de taxes d’ordures ménagères.
 
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Mais cela pourrait bien changer : Un projet commandé par le ministère de l’écologie péruvien et l’agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et lancé début décembre 2015 par l'agence de publicité FCB Mayo Perú  a pour ambition d'éveiller les consciences des habitants. Son nom : "Gallinazo avisa" (volaille avertie). 
 

Derrière cette curieuse appellation, dix vautours équipés pendant deux ans de GoPro et de traqueurs GPS. "Les vautours sont nos alliés dans la réduction des déchets organiques", a ainsi expliqué le directeur du projet Javier Hernandez à l’AFP. Et de préciser que ces derniers n'ont même pas eu besoin d'être formés à cet effet :
 
"Quand ils cherchent à manger, ils nous mènent [naturellement] aux décharges et nous aident à identifier et surveiller les endroits où se trouvent les déchets organiques."

Photo aérienne d'un tas d'ordures à Lima (Crédit : Gallinazo avisa)
Photo aérienne d'un tas d'ordures à Lima (Crédit : Gallinazo avisa)

Sensibiliser au recyclage

Les images enregistrées par ces charognards, ironiquement affublés de noms comme Capitán Huggin, Capitán Fénix ou Capitana Aella, sont envoyées au siège en temps réel, puis cartographiées toutes les trente minutes par l'agence de communication digitale SrBurns Perú .

À partir de cette carte interactive consultable en ligne par tout le monde, les habitants de Lima  peuvent suivre les principaux emplacements des ordures, en transmettre des photos, ou simplement les commenter.Ils peuvent en outre  signaler une nouvelle zone de détritus. Le tout est configuré de telle façon qu'il est très facile pour les usagers de partager toutes ces informations sur les réseaux sociaux. Les auteurs du projet créent ainsi les conditions nécessaires à la sensibilisation au recyclage du plus grand nombre.
 
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Un vautour (Crédit : Ben-Kerckx/Pixabay)
Un vautour (Crédit : Ben-Kerckx/Pixabay)

Aucun vautour endommagé

L’agence de publicité s'appuie sur l'expertise du département de l'écologie du musée d'histoire naturelle de l'Universidad Mayor de San Marcos, la principale université de Lima. Sur le site  "Gallinazo avisa", ses membres expliquent leur méthode, et précisent n'avoir "endommagé aucun vautour avant le lancement de cette activité".  
 
"Avec une équipe composée d'experts, d'étudiants en fauconnerie, de vétérinaires et de biologistes, en août 2015, nous avons utilisé des cages et des fils inoffensifs pour les capturer", raconte Letty Salinas, le directeur de la section ornithologie du musée au quotidien espagnol El País

Carte du Pérou (Crédit : Gmaps)
Carte du Pérou (Crédit : Gmaps)

Redorer l'image des "charognards"

Pour les spécialistes, l'utilisation des vautours, présents en grand nombre au Pérou  mais surtout perçus comme des charognards par la population, doit aussi permettre de redorer leur image. Ces oiseaux jouent en effet un rôle important dans l'écosystème d'une grande ville comme Lima : dotés d'un estomac très acide, ils sont capables de tolérer une forte quantité de bactéries. En mangeant les détritus et les cadavres d'animaux avant qu'ils ne pourrissent, ils permettent ainsi de réduire la propagation de maladies, tout en préservant l'environnement. 

Si pour l'heure, il est encore difficile d'évaluer l'impact de cette opération sur les taux de pollution, l'équipe de « Gallinazo avisa » se dit confiante : "Nous avons reçu des messages d'autres villes comme Arequipa [au Sud, NDLR] et Huaraz [au Nord, NDLR] pour y étendre notre initiative", a ainsi déclaré Alejandro Rivas, l'ingénieur en chef du projet.






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