Laurent Alexandre
Laurent Alexandre est Chirurgien-urologue et neurobiologiste, fondateur de Doctissimo, Président de... En savoir plus sur cet auteur

"À l'heure de l'intelligence artificielle, avoir interdit UberPop est un crime contre la société"

Chronique.

Par I Publié le 31 Mars 2016

CHRONIQUE. Par Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo et DNAVision.


Manifestation anti Uber à Portland en janvier 2015 (Crédit : Aaron Parecki)
Manifestation anti Uber à Portland en janvier 2015 (Crédit : Aaron Parecki)
Il serait faux de prétendre que les attentats terroristes trouvent leur origine dans les difficultés économiques rencontrées par les jeunes issus de l’immigration. Pour la plupart, les djihadistes franco-belges n’étaient pas des déclassés. Nous sommes davantage face à une islamisation de la jeunesse radicalisée qu’à une radicalisation de l’Islam.

Il n’en reste pas moins que la société française a abandonné les jeunes générations, notamment celles issues de l’immigration. La comparaison du taux de chômage des jeunes en France et en Allemagne fait frémir. Aucun lobby n’intègre l’intérêt des jeunes. Le taux de chômage des jeunes d’origine étrangère dépasse 50 % dans certaines zones du 93. L’Insee a montré le faible niveau de qualification de ces jeunes, encore mal intégrés à la société. 

Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’émergence des automates intelligents va révolutionner le marché du travail. Nous ne sommes pas certains de disposer d’une intelligence artificielle (IA) forte (capable de produire un comportement intelligent) dans les prochaines décennies, mais l’IA faible est déjà capable de réaliser certaines tâches humaines mieux que des cerveaux biologiques, grâce à des systèmes autonomes constitués d’algorithmes.

Laurent Alexandre (Crédit : DR)
Laurent Alexandre (Crédit : DR)

"Aucune profession n’est à l’abri"

Dans The Second Machine Age (le second âge des machines), Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee ont montré à quelle vitesse l’IA faible fusionnée avec les robots bouleverse l’économie mondiale. L’IA faible est déjà révolutionnaire.

La Google Car conduit de façon plus sûre que n’importe quel être humain ; Watson, le système expert d’IBM, analyse en quelques minutes des centaines de milliers de travaux scientifiques qu’un cancérologue mettrait trente-sept ans à lire ; en 2030, les robots chirurgicaux opéreront mieux que n’importe quel chirurgien. De plus en plus de tâches sont mieux effectuées par l’IA faible que par nous. Google vient de créer une société destinée à automatiser la chirurgie : Verb Surgical


Ces perspectives sont vertigineuses et effrayantes. Dans The Economist  en date du 5 septembre 2014, Sebastian Thrun, l’inventeur de la Google Car, explique : 
 
"À cause de l’efficacité croissante des machines, il va être de plus en plus difficile pour un être humain d’apporter une contribution productive à la société. Les machines pourraient nous dépasser rapidement. Les chauffeurs routiers vont être parmi les premiers à être remplacés par les machines mais aucune profession n’est à l’abri."

Quelle politique publique d’intégration peut se vanter d’un tel résultat ?

Les experts s’inquiètent des conséquences de la révolution robotique. Les économistes de la banque d’investissement américaine Merril Lynch estiment ainsi qu’un tiers des emplois en Grande-Bretagne et 47 % aux États-Unis vont disparaître dans un avenir proche. À l'approche de ce tsunami technologique, il est indispensable d'être au plein emploi.

Il est donc urgent de favoriser chaque niche d’emplois, de simplifier l’accès au travail au lieu de fermer le marché aux peu qualifiés sous la pression de lobbies mal intentionnés.

Pour débloquer l’ascenseur, il est urgent de rendre le droit du travail moins malthusien, moins absurde et de multiplier les formes d’emploi avant que l’IA ne bouleverse l’économie. La tyrannie du diplôme bloque l’intégration des jeunes Français non diplômés. Et la réglementation s’ingénue à marginaliser les catégories sociales peu favorisées : il faut vingt heures de cours pour être pilote d’avion à hélice et pouvoir transporter des passagers contre deux cents heures pour être chauffeur de VTC…

Interdire les nouvelles formes d’emploi dans l’économie collaborative est un crime contre la société. Et quand il s’agit de formes de travail qui favorisent l’intégration des jeunes issus des minorités visibles, c’est un acte indirectement raciste - la plupart des dix mille chauffeurs Uber étaient des enfants d’immigrés. Quelle politique publique d’intégration peut se vanter d’un tel résultat, obtenu sans un centime de subvention ? 


Chronique extraite de We Demain n°13

Laurent Alexandre est Chirurgien-urologue et neurobiologiste, fondateur de Doctissimo, Président de DNAvision.  

@dr_l_alexandre    
laurent.alexandre@dnavision.be


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