"Aux Philippines, nous avons découvert l'une des premières éco-villes du pays"

Récit.

I Publié le 10 Février 2016

Par Ahmed et Karine Benabadji, fondateurs du projet Open-Villages.


Coucher de soleil aux Philippines (Crédit : Oriane Benabadji)
Coucher de soleil aux Philippines (Crédit : Oriane Benabadji)
Le 1er septembre dernier, Ahmed, Karine et leur cinq enfants se sont envolés de Paris pour un tour du monde d'un an, à la découverte de villages qui ont fait le choix de l'autonomie et du développement durable. Ce mois-ci, ils se sont rendus aux Philippines, sur l'île de Palawan, à l'ouest, à la découverte de la gouvernance locale des villages San Vicente et New Panggangan.

Palawan, février 2016.


Aux Philippines, derrière l’image de carte postale qui attire les touristes du monde entier, il y a la réalité du changement climatique qui affectera très fortement ce pays avec la montée du niveau des mers et la multiplication des cyclones. Pour le gouvernement central, les questions de politiques de développement sont cruciales. D’autant que le temps presse.

Quelles stratégies mettre en œuvre lorsque le réchauffement climatique menace les plages, unique capital touristique du pays, ainsi que la population, qui vit en très grande majorité dans les zones maritimes ? Et surtout, comment garantir la bonne exécution de ces stratégies alors que le territoire est éparpillé sur plus de 7000 îles et que la plupart des zones de peuplement sont difficiles d’accès ?

Pour se donner les moyens de réussir ce challenge, la loi philippine octroie de nombreuses prérogatives aux autorités locales ainsi qu’une autonomie importante dans l’exécution de leurs missions. Nos séjours à San Vicente puis à New Panggangan nous ont donné l’occasion de voir cette décentralisation en action.

(Crédit : Oriane Benabadji)
(Crédit : Oriane Benabadji)

15 km de sable fin

"San Vic" est l'un des joyaux de l’île de Palawan. Cette ville compte dans son exceptionnel patrimoine maritime une plage de 15 km de sable fin qui attise la convoitise de tous les groupes touristiques actifs aux Philippines. Compte tenu de la relative "rusticité" de ses infrastructures touristiques (un seul hôtel et quelques pensions familiales où l’on se douche à l’eau froide), la ville est encore un paradis pour les quelques routards qui viennent y passer quelques jours. Mais pour combien de temps ?

Le collège (Crédit : Oriane Benabadji)
Le collège (Crédit : Oriane Benabadji)

L'une des premières "éco-villes" du pays

Dans ses efforts pour mettre en place un modèle de développement adapté, la ville peut compter sur l’aide de l’État philippin. Elle a ainsi été sélectionnée comme site pilote pour devenir l’une des premières "éco-villes" du pays. Un programme de développement de l’algoculture a déjà donné des résultats encourageants. Une unité moderne de stockage de poissons était quasiment terminée lorsque nous y étions. Des projets d’agrotourisme sont en cours de réalisation, démontrant l’engagement de la municipalité dans la mise en place d’un modèle alliant tourisme vert et développement d’activités locales de production.

Un habitant extrait l'huile des noix de coco (Crédit : Oriane Benabadji)
Un habitant extrait l'huile des noix de coco (Crédit : Oriane Benabadji)
Mais la jeune maire (Maria Alvarez, qui n’a que 26 ans !) ne se préoccupe pas que de développement. Elle porte une attention particulière à la vie quotidienne de ses administrés en mettant en place des règlementations locales simples. Réalisant que les gens ne sortaient pas le soir, de peur des chiens errants et des ivrognes qui envahissaient l’espace public le soir tombé, elle a édicté deux lois locales. L’une oblige les propriétaires de chiens à les vacciner et à leur faire porter un collier, et l'autre condamne à des travaux d’intérêt public toute personne prise en état d’ébriété sur la voie publique.

Depuis la mise en place de ces règles, les rues de San Vicente sont redevenues sûres la nuit et nous avons pu nous y promener sans problème, y compris le soir de la saint Sylvestre.

(Crédit : Oriane Benabadji)
(Crédit : Oriane Benabadji)

Protection de la nature

Après San Vicente, nous nous sommes installés pendant un mois dans le petit village de New Paggangan, l’un des 42 000 barangays du pays, l’équivalent administratif d’un village. De fait, on pourrait craindre que l’État soit totalement absent dans ces barangays éloignés des grands centres administratifs et sans grands enjeux économiques et sociaux. Mais même dans ce village isolé, auquel on ne peut accéder qu’en bateau, le gouvernement philippin fournit tous les services de base, c’est-à-dire le Barangay Hall, l’école, le dispensaire, le terrain de sport, la voirie et… la prison.

Il y a même un collège pour 30 élèves, dans lequel on enseigne un programme adapté aux réalités du pays et qui fait donc la part belle à la protection de la nature et au développement durable.

Un climat "paisible" (Crédit : Oriane Benabadji)
Un climat "paisible" (Crédit : Oriane Benabadji)
Le village est dirigé par un "captain" élu pour 3 ans et un président de l’assemblée des jeunes qui doit avoir entre 15 et 21 ans au moment de son élection. Ce gouvernement du Barangay ainsi que diverses associations villageoises (des femmes, des pêcheurs, etc) donnent un cadre à une gouvernance locale dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle s’exerce dans un climat paisible. Ici, pas de stratégie à long terme ni de grands projets.

(Crédit : Oriane Benabadji)
(Crédit : Oriane Benabadji)
Seules traces d'actions de "modernisation" dans le village : le générateur électrique et une machine pour battre le riz financés par un fonds de soutien au développement. Pour tout le reste, la vie s’écoule, simple et heureuse. Pourquoi demander plus ?

Ahmed et Karine Benabadji, fondateurs du projet Open-Villages.  

Suivez au quotidien l'actualité de ce projet sur sa page Facebook.            
Et pour (re)lire les précédents épisodes du tour du monde de la famille Benabadji, c'est par ici -> Épisode 1     / Épisode 2     / Épisode 3    / Épisode 4   /Épisode 5  / Épisode 6

 

La famille Benabadji au complet, avant son tour du monde. (Crédit : Ahmed Benabadji)
La famille Benabadji au complet, avant son tour du monde. (Crédit : Ahmed Benabadji)


Abonnez-vous à notre newsletter et, en cadeau de bienvenue, accédez à notre Ebook WE DEMAIN




WEDEMAIN.FR SUR VOTRE MOBILE