Biodiversité : deux jeunes Franciliens font voter leurs amendements au Sénat !

Par Juliette Mauban - Nivol I Publié le 25 Janvier 2016

Quand ils ont entamé leur tour de France des maraîchers, Jonathan Attias et Alexandre Lumbroso ne se doutaient pas qu'ils allaient contribuer à l'écriture de la loi sur la biodiversité. Récit d'une folle aventure de 18 mois, qui s'est conclue, le 21 janvier, par l'adoption au Sénat de leurs deux amendements "citoyens" sur la préservation des semences traditionnelles.


Jonathan et Alexandre au Sénat (Crédit : Alexandre Lumbroso)
Jonathan et Alexandre au Sénat (Crédit : Alexandre Lumbroso)
Redonner aux agriculteurs de l'autonomie face aux grands semenciers : c'est l'objectif de deux amendements adoptés par le Sénat, le 21 janvier, dans le cadre de la loi sur la biodiversité. Des propositions novatrices... et pas seulement dans leur contenu. Car contrairement aux textes de loi habituels, elles n'ont pas été rédigées par des parlementaires, ni mêmes des juristes, mais par deux citoyens "ordinaires" : Jonathan Attias et Alexandre Lumbroso, deux Franciliens âgés de 29 ans et à peine sortis des études.

Ces deux cousins n'avaient encore "jamais planté un radis", lorsque, au printemps 2014, ils s'engagent dans un tour de France des petits maraîchers adeptes de l'agroécologie. C'est au cours de ce voyage, en réalisant la web-série documentaire Jardiniers levez-vous ! sur la préservation des semences traditionnelles, que Jonathan et Alexandre voient germer dans leur tête... Comunidée.

Jonathan et Alexandre lors d'un voyage au Mexique (Crédit : Comunidee)
Jonathan et Alexandre lors d'un voyage au Mexique (Crédit : Comunidee)

Une pétition "adressée à Stéphane le Foll comme à un ami"

Comunidée, c'est le nom donné au site internet sur lequel ils diffusent leur web-série, puis très vite, une pétition baptisée #YesWeGraine. Inspirée de leurs rencontres avec six maraîchers, elle dénonce l'érosion de la biodiversité agricole et la perte d’autonomie des agriculteurs, dont sont notamment responsables les lois qui imposent l'usage de semences standardisées et stériles, au détriment des semences traditionnelles.
 
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Cette pétition, "adressée à Stéphane le Foll comme à un ami", marque le début de leur combat pour "que la semence soit libre (...), reproductible (...) et accessible à tous !".
Mise en ligne en juin 2015, elle compte aujourd'hui 70 000 signatures. Un succès qui a permis à Jonathan et Alexandre de rencontrer un sénateur EELV du Morbihan, Joël Labbé. Cet élu leur suggère de passer par la plateforme de démocratie participative Parlement et citoyens pour contribuer à l'élaboration du projet de loi pour la "Reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages", que le Sénat devait examiner du 19 au 21 janvier.

Les deux jeunes hommes rédigent alors deux amendements relatifs à la préservation des semences dites "traditionnelles", que des internautes avisés viendront enrichir, afin de les rendre juridiquement "recevables" par le Sénat.

La web-série documentaire est disponible sur le site de Comunidee (Crédit : Alexandre Lumbroso)
La web-série documentaire est disponible sur le site de Comunidee (Crédit : Alexandre Lumbroso)

Contacter le sénateur de sa circonscription

Restait à faire entendre ces propositions auprès des parlementaires. Déjà soutenus par Joël Labbé, Jonathan et Alexandre s'en remettent pour cela aux milliers de signataires de leur pétition. Dans un billet mis en ligne sur leur site, ils expliquent comment trouver l'adresse email du sénateur de sa circonscription. Ils publient également ce texte adressé aux élus :
 
"Ces deux amendements citoyens issus des revendications communes de la pétition #YesWeGraine contribuent à favoriser la pratique de l’agroécologie. En tant que membre des 68 000 signataires de la pétition #YesWeGraine, je vous invite à vous positionner sur les réseaux sociaux, et à voter favorablement à ces propositions d’amendements lors de sa lecture dans l’hémicycle".

Plus de 300 e-mails contenant ces mots ont été envoyés aux sénateurs. L'un d'eux s'est montré plus particulièrement sensible à la cause défendue. Il s'agit de François Grosdidier, sénateur Les Républicains de la Moselle, qui a soutenu les deux amendements de la loi, qui a pour rapporteur Jerôme Bignon, sénateur Les Républicains de la Somme. Autant de soutiens décisifs à la démarche d'Alexandre et Jonathan. Le 21 janvier, victoire, le Sénat adopte leurs deux amendements !

Jonathan et Alexandre au Sénat (Crédit : Comunidee)
Jonathan et Alexandre au Sénat (Crédit : Comunidee)

De la graine à la révolution citoyenne

Le premier de ces amendements élargit la possibilité d'échange des semences entre agriculteurs. Le second définit leur caractère reproductible en milieu naturel. De quoi permettre une meilleure préservation des semences traditionnelles, à l'heure où la biopiraterie - l’appropriation à des fins privées de la biodiversité via des brevets déposés par des entreprises - inquiète de plus en plus les consommateurs.

Une crainte clairement exprimée sur la plateforme Parlement et citoyens, où les contributions de quelque 9 300 Internautes ont permis d'élaborer le projet de loi "Reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages". À l'occasion de l'examen de ce texte au Sénat, Joël Labbé a remercié la ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, pour son implication dans le dossier, tout en soulignant l'importance des contributions citoyennes :
 
"[Leur nombre] démontre combien nos concitoyens s'intéressent à ce que nous faisons, il y a une nécessité absolue de se reconnecter et c'est un des outils modernes pour assurer la reconnection entre les citoyens et les politiques que nous sommes."
 
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Jonathan et Alexandre n'entendent pas s'arrêter à cette victoire. Ils récoltent actuellement des fonds via la plateforme Touscoprod afin d'achever "DesClics de conscience ", un long métrage documentaire où ils racontent leur aventure, de leur rencontre avec les maraîchers jusqu'à leur appel à la révolution citoyenne.

"Pour financer ce projet démocratique, quoi de plus cohérent qu'un financement démocratique ?", interpellent-ils, bien décidés à poursuivre leur rôle de promoteurs d'une vraie démocratie où l'on "associe la technologie à la sagesse".







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