"Changer de modèle, la plus fabuleuse aventure de notre temps"

I Publié le 20 Avril 2015

TRIBUNE. Par le collectif Open Odyssey.


Ulysse et les Sirènes au cours d'une des péripéties de l'Odyssée (crédit : Wikimedia Commons).
Ulysse et les Sirènes au cours d'une des péripéties de l'Odyssée (crédit : Wikimedia Commons).
Fondé en 2011 en Bretagne, l'association Open Odyssey propose à des groupes d'étudiants d'universités et grandes écoles de travailler sur des projets porteurs d'une nouvelle croissance et d'emplois. Le tout, en collaboration avec les collectivités et les entreprises. Plus de 1 200 étudiants issus d’une vingtaine d’écoles de Bretagne et Pays de la Loire se sont déjà investis dans des projets liés à l'économie circulaire, l'agro-écologie, l'éco-construction, l'économie collaborative... Mais Open Odyssey n'entend pas s'arrêter là.

 

Ulysse, en revenant de Troie, pensait-il que son voyage deviendrait un mythe ? Un mystérieux aède aux noms et aux visages multiples a un jour décidé de faire en sorte que ce soit le cas. Mais lui-même n’avait sans doute pas conscience de la puissance symbolique et philosophique de son récit.

C’était un retour au pays. Un retour difficile mais vital vers une vie lointaine, à moitié oubliée mais idéale au possible. Et L’Odyssée n’est pas seulement belle parce que c’est l’un des récits d’aventure les plus fous que nous n’ayons jamais lu, mais parce qu’aujourd’hui encore, on se souvient de la détermination d’Ulysse.

Quelles aventures reste-t-il à notre génération, après que tout, dirait-on, a déjà été pensé, dit, fait et refait ? Qui pourrait vraiment changer le monde aujourd’hui ? Qui ? Et pour quoi faire ?


Hélène Mulvet et Samuel Tiercelin, les deux initatiateurs d’Open Odyssey (crédit : DR).
Hélène Mulvet et Samuel Tiercelin, les deux initatiateurs d’Open Odyssey (crédit : DR).

L'Histoire a changé sans nous

Il faut quand même être un peu naïf pour imaginer que le monde nous attend pour changer. Le XXème siècle a été un âge d’or du génie humain, sur le plan des sciences, des arts, de la technologie, et de l’esprit en général, mais aussi une suite d’expérimentations politiques foireuses et meurtrières.

Après 15 années plongés dans le siècle suivant, et en faisant toujours les frais de la gueule de bois, nous sommes témoins chaque jour de la révolution totale qui s’est jouée à ce moment. On imagine encore à peine l’ampleur historique de la fin de cet âge d’or.

Nous ne vivons plus au XXème. Ses modèles économiques et politiques ne fonctionneront plus. Ce n’est pas la formule mathématique qui est mauvaise, mais les chiffres qui ne se comptent plus de la même façon. Les systèmes de développement, de production et de pouvoir que nous appliquons à nos sociétés depuis des décennies sont anachroniques. Nous avons eu 100 ans pour consommer l’oisiveté finale de notre génie, mais désormais l’Histoire a changé. Elle a changé sans nous.

Le système D et l'exploration spatiale

Les européens ont cette étrange tendance à s’imaginer "en avance" sur leur temps. C’est avoir bien peu de clairvoyance sur ce qu’on peut raisonnablement appeler "le présent". Prenez par exemple la méthode d’innovation indienne, Jugaad. En Hindi, "jugaad" c’est "système D". L’innovation n’a pas besoin, selon cette méthode, de ressources onéreuses ou dangereuses pour notre environnement.

En fait, c’est se donner les moyens de faire plus avec moins. En 18 mois, entre 2012 et 2013, l’état indien (oui, l’état) a mené un projet d’exploration spatiale pour Mars avec un budget de 54 millions de dollars à l’aide de la méthode Jugaad. Rappelons que le projet similaire de la NASA, MAVEN, aura quand à lui coûté un peu plus de 500 millions de dollars de la conception au lancement.

La ville de Totnes, au Royaume-Uni (crédit : Wikipedia Commons)
La ville de Totnes, au Royaume-Uni (crédit : Wikipedia Commons)
À côté de ça, en Europe, les tentatives de création de nouveaux systèmes sociaux passent quasiment inaperçus. Qui, parmi le grand public, a déjà entendu parler de la ville de Totnes, au Royaume-Uni, cette "capitale de la transition" dont les quelques 8 500 habitants se sont engagés dans l’expérimentation post-carbone ?

À partir d’une étude menée par un groupe d’étudiants irlandais, les pouvoirs publics ont décidé de procéder à une véritable transformation sociale : monnaie locale, co-construction, alternatives aux énergies fossiles, etc… Il y a sans doute quelques leçons à tirer de cette démarche. À commencer par l’importance d’impliquer la jeunesse le plus tôt possible dans le processus de transition.

Des outils pour recréer notre civilisation

L’Occident n’est plus le géant qu’il a été. Même si ses entreprises ont encore aujourd’hui une forte influence dans le système globalisé, elles sont basées sur des modèles contradictoires et en fin de vie. Les innovations apportées par l’ensemble des nouvelles technologies en termes de communication, d’environnement, de robotique et de tout ce qui va avec ont changé les perspectives que nous pouvions avoir sur notre monde. Elles sont aujourd’hui les outils que nous avons pour recréer notre civilisation, et pas des moyens de profit.

Si nous ne procédons pas à la transition vers le XXIème siècle, nous disparaîtrons avec l’héritage du XXème.

Nous parlons ici de changer d’époque. Il faudra pour cela que les peuples et leurs représentants divers s’unissent et travaillent ensemble, pour la reconstitution de ce que nous sommes fondamentalement et de la façon dont nous voulons mener nos vies, collectivement.


Ce que nous voulons faire de cette transition

Se rassembler et penser ensemble une nouvelle société, de nouveaux moyens de produire, de travailler, de se nourrir, de se déplacer, de se loger… Ça ne se fera pas en un jour. Ce ne sera pas une croisière tranquille, d’un château l’autre, mais la plus fabuleuse aventure de notre temps. Celle qui, dans une centaine d’années, sera devenue légendaire. Voilà notre poids dans l’Histoire. Et nous ne pourrons y échapper d’aucune manière. Cette transition aura lieu quoi qu’il arrive, plus ou moins brutalement. À nous de voir ce que nous voulons en faire.


Après être allés de Charybde en Scylla et de Scylla en Charybde, nous sommes prêts à repenser notre rapport à la planète. Dans cette odyssée chacun a sa place, chacun peut apporter sa contribution, si minime soit-elle. Il ne s’agit même pas de changer le monde, mais de dire au monde que nous sommes prêts à changer avec lui. Nous sommes prêts, nous, les irréductibles optimistes, à rejoindre une Ithaque dont nous ne savons presque rien mais où tout est à reconstruire.


Avis aux aèdes.


Par le collectif Open Odyssey .


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