Chine : une « grande muraille verte » pour sauver l'Asie

Par I Publié le 12 Février 2014

Pour lutter contre la désertification et limiter ses émissions de Co2, la Chine mène un vaste programme de reforestation. Lancé en 1978, il doit accoucher en 2074 d'une forêt de 4 500 km de long, qui protègera l'Empire du milieu du désert.


Une fôret de bambous en Chine © Rob Shangaï
Une fôret de bambous en Chine © Rob Shangaï
C’est un projet méconnu mais pharaonique. La « grande muraille verte » a été imaginée par le gouvernement chinois pour freiner l’extension du désert de Gobi, au nord du Pays. Le plan prévoit que, d’ici 2074, une forêt de 4 500 km de long soit plantée autour du front désertique. C'est, de loin, la plus grande opération de reforestation au monde.
 
Il est urgent pour la Chine et ses voisins de freiner l’hémorragie. Chaque année, quelque 3 600 km2 de prairies seraient grignotées en Chine par l’extension des zones arides. En plus de réduire la surface les terres cultivables, le phénomène contribue à la formation de « tempêtes de sable jaune  » géantes, qui rejettent de grandes quantités de sable, de poussière et de pollution jusqu’en Corée et au Japon. Elle favorise également les inondations massives, comme celle du fleuve Bleu en 1998. Pour aider la Chine à s'attaquer aux racines de ces phénomènes, de nombreux volontaires sud-coréens, comme ceux de l’ONG Future Forest, viennent participer aux plantations.

Tempête de sable dans le désert de Gobi © NASA
Tempête de sable dans le désert de Gobi © NASA
La création de cette muraille végétale s’inscrit dans un plus large plan national de reconversion des terres agricoles en espaces boisés. Baptisé « Grain-for-green  » (des grains contre du vert), il prévoit de rémunérer financièrement ou par de la nourriture tous les paysans qui acceptent de planter des arbres.
 
2,5 fois plus d’arbres que le reste du monde
 
Et ça fonctionne : quelques 56 milliards d’arbres auraient ainsi été semés, essentiellement par des particuliers, durant les dix dernières années, selon les statistiques officielles du gouvernement. La Banque Mondiale, elle, affirme que la Chine serait aujourd’hui l'un des seuls pays au monde à augmenter la taille de ses forêts. Elles seraient passées de 16 % à 20 % du territoire depuis le lancement du programme. « La Chine plante 2,5 fois plus d’arbres chaque année que l’ensemble du reste du monde », a affirmé le prix Nobel de la paix Al Gore, connu pour son engagement contre le changement climatique.
 
Coups de pelle et coup de com’ 
 
Si l’objectif affiché de cette course à la reforestation est de contrebalancer les importantes quantités de gaz carboniques provoquées par le boom de l’économie chinoise, il s’agit aussi de mettre en scène la volonté écologiste du premier pollueur du monde, alors que les niveaux de pollution alarmants des mégalopoles inquiètent de plus en plus la population. Chaque printemps, rapporte le Guardian, trois millions de membres du Parti communiste Chinois et d’employés modèles paradent à travers le pays pour y planter des arbres. En avril 2010, c'est deux millions de Chinois qui auraient accompagnés le président Hu Jintao à Pékin, pour le 26e plan volontaire de reforestation de la ville.

Une fôret de pins autour du lac Tianchi, près d'Urumqui. © Jlau
Une fôret de pins autour du lac Tianchi, près d'Urumqui. © Jlau
Mais la capacité de ces grandes forêts artificielles à absorber le Co2 divise les scientifiques. Un arbre consomme en effet de plus en plus de gaz carbonique à mesure qu’il vieillit. Dans l’immédiat, il n’est pas certain que ces jeunes pousses de résineux aient un impact sur la pollution en Chine. Quant à la « grande muraille verte », certains militants dénoncent son impact écologique. La monoculture de résineux nuirait à la biodiversité et le niveau des nappes phréatiques aurait baissé de 6 mètres dans le district de Minqin suite aux plantations massives. Tous les paysans n’ont par ailleurs pas gagné au change en abandonnant leurs terres pour laisser la forêt pousser.

En revanche, force est de reconnaître que le programme parvient à ralentir la désertification. Les résultats obtenus seraient impressionnants, selon Luc Gnacadja, secrétaire exécutif de des Nations-Unies contre la désertification (UNCCD). Un projet de grande muraille verte est également étudié par l’Union Africaine pour faire face à l’extension du désert du Sahara.

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