Comment les citoyens de La Paz ont fait inscrire leur sécurité alimentaire dans la loi

RÉCIT.

I Publié le 9 Mars 2016

RÉCIT. Par Mickaël Rouvière et Marine Sophie Gimaret, ingénieurs agronomes.


Marine Sophie Gimaret et Mickaël Rouvière (Crédit : M. Rouvière)
Marine Sophie Gimaret et Mickaël Rouvière (Crédit : M. Rouvière)
Ingénieurs agronomes, Marine Sophie Gimaret et Mickaël Rouvière ont pris un break de six mois pour "voyager en Amérique et découvrir les initiatives en agriculture qui assureront l’alimentation de demain". Dans ce dernier billet pour We Demain, ils racontent l'histoire d'une ONG qui a milité (avec succès) pour la souveraineté alimentaire dans la capitale La Paz.

Bien qu'étant inscrit dans la constitution de l'état de Bolivie, le droit à l'alimentation et à la souveraineté alimentaire n'est qu'utopie pour une bonne partie de la population de ce pays.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : selon la FAO, un quart de la population bolivienne souffre de sous-alimentation et un tiers des enfants de moins de 5 ans présente des retards de croissance pour cause de malnutrition (données FAO 2012). L'inflation des produits alimentaires (+ 100 % entre 2006 et 2011) renforce la vulnérabilité des classes les plus modestes, dont le budget alimentation peut représenter jusqu'à 80 % des revenus. 

Alors que la capitale de la Bolivie est au cœur de bassins de production agricole diversifiés (andes, vallées, zones tropicales), La Paz ne produit que 30 % de sa demande alimentaire. Face à ce constat affligeant, la fondation Alternativas, une organisation à but non lucratif, milite pour donner une place centrale à la souveraineté alimentaire dans le débat politique. La loi municipale votée en 2014 sur la sécurité alimentaire est le résultat d'un combat de longue date.

Le premier jardin communautaire organique sur les hauteurs de La Paz (Crédit : M.Rouvière)
Le premier jardin communautaire organique sur les hauteurs de La Paz (Crédit : M.Rouvière)

La Paz vote une loi précurseur en matière de sécurité alimentaire

Première loi bolivienne globale sur l'alimentation votée par une municipalité, elle intègre la production durable des aliments, le développement de nouveaux modes d'approvisionnement, de distribution et de commercialisation (renforcement des circuits conventionnels et rapprochement des producteurs et des consommateurs) ainsi qu'un programme éducatif pour une alimentation saine.

La question de l'agriculture urbaine et périurbaine est également prise en compte en incitant la valorisation agricole d'espaces sous-utilisés de type jardins, parcs, espaces verts, etc. D'autres villes de Bolivie comme Tarija ou Sucre sont en cours de réflexion pour une loi du même type.
 

40 familles issues majoritairement du quartier, cultivent leur propre parcelle pour leur consommation. (Crédit : M.Rouvière)
40 familles issues majoritairement du quartier, cultivent leur propre parcelle pour leur consommation. (Crédit : M.Rouvière)

Des politiques publiques à l'action de terrain : lancement du Huerto Organico Lak'a Uta

Pour donner une résonance de terrain à cette loi, la fondation Alternativas a lancé le premier jardin communautaire organique sur les hauteurs de La Paz. À plus de 3 600 m d'altitude, le Huerto Organico Lak'a Uta est un jardin atypique liant agriculture urbaine, éducation et sécurité alimentaire. Installé dans un parc public laissé à l'abandon, 40 familles issues majoritairement du quartier, cultivent leur propre parcelle pour leur consommation.

Les bénéfices sont multiples pour ces familles modestes : économies sur le budget alimentaire, sentiment d'appartenance à une communauté, émancipation des femmes, garantie d'une alimentation saine, découverte d'un lien à la nature... "Aller au jardin, c'est comme sortir de la ville", déclare l'un des membres du jardin.

Les familles se retrouvent le samedi pour partager des moments de convivialité (Crédit : M.Rouvière)
Les familles se retrouvent le samedi pour partager des moments de convivialité (Crédit : M.Rouvière)
Après leurs semaines de travail, les familles se retrouvent le samedi pour partager des moments de convivialité et effectuer des travaux communautaires. Les nouveaux projets ne manquent pas, comme par exemple l'aguaponie avec des truites ou la plantation d’arbres fruitiers sur des parcelles communes.

Le reste de la semaine, deux ingénieurs agronomes assurent l’entretien des jardins (tailles, arrosage...), accueillent les élèves des écoles pour sensibiliser les plus jeunes et travaillent sur des parcelles de démonstration pour expérimenter de nouvelles cultures. Ils prouvent ainsi que même à 3 600 mètres d’altitude, en pente et avec peu d’espace, tout est possible. 

Même à 3 600 mètres d’altitude, en pente et avec peu d’espace, tout est possible (Crédit : M.Rouvière)
Même à 3 600 mètres d’altitude, en pente et avec peu d’espace, tout est possible (Crédit : M.Rouvière)
Marine Sophie Gimaret et Mickaël Rouvière 

Et pour (re)lire les précédents épisodes du voyage de Marine et Mickaël, c'est par ici -> Épisode 1    / Épisode 2   / Épisode 3


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