Comment les entrepreneuses prennent leur revanche grâce au crowdfunding

I Publié le 6 Mars 2015

Souvent absentes des circuits traditionnels de l'investissement, les femmes sont l'égal des hommes lorsqu'il s'agit de lever de l'argent par le financement participatif. C'est ce qu'explique la journaliste Laure Belot dans un chapitre de son livre "La Déconnexion des élites" (1). We Demain publie le récit de cette "revanche discrète des cyberentrepreneuses", à l'occasion de la Journée internationale de la femme.


La journaliste Laure Belot (DR)
La journaliste Laure Belot (DR)
Sans que personne ne le remarque, les sites de financement en ligne fissurent un plafond de verre. La possibilité d’en appeler à la foule pour obtenir de l’argent a un effet que personne n’avait anticipé : « 47 % des campagnes financées sur la plateforme Indiegogo sont des projets proposés par des femmes. Cette proportion est quasiment quatre fois plus importante que celle de projets féminins financés aux États-Unis par des financiers classiques, c’est-à-dire les capital-risqueurs », remarque Liz Wald, directrice internationale de la plateforme. De fait, le crowdfunding constitue une bouffée d’oxygène pour des femmes soucieuses de développer une activité capitalistique. Et ce, partout dans le monde.
 
"Une véritable gifle"

« Que près d’un projet sur deux financés par ces plateformes soit porté par une femme est une excellente nouvelle mais aussi une véritable gifle pour l’industrie financière telle qu’elle est organisée actuellement », commente Dunya Bouhacene, responsable du Woman Equity Partners, un des rares fonds financiers européens spécialisé dans le financement en capital des entreprises dirigées par des femmes.
« Nous avons mis en place un indicateur qui analyse les performances de 40 000 PME françaises dont le chiffre d’affaires est compris entre 5 et 100 millions d’euros. Celles dirigées par des femmes ont des performances moyennes supérieures à celles dirigées par des hommes, en croissance de chiffres d’affaires et en résultats. Cependant, moins de 5 % d’entre elles réussissent à obtenir des financements extérieurs, cinq fois moins que les entreprises dirigées par les hommes », constate-t-elle.

(1) "La Déconnexion des élites". Comment Internet dérange l’ordre établi, de Laure Belot, Les Arènes, 320 p., 20 euros.
(1) "La Déconnexion des élites". Comment Internet dérange l’ordre établi, de Laure Belot, Les Arènes, 320 p., 20 euros.
Pour expliquer un tel décalage, Dunya Bouhacene est arrivée au constat suivant : « Les femmes entrepreneurs sont moins visibles, elles ont moins l’habitude d’écumer les forums et réseaux de dirigeants pour faire du lobbying et, ainsi, se faire remarquer. De plus, les financiers ont du mal à les cerner car elles utilisent des codes managériaux différents de ceux des hommes. »

25 % de la croissance US

Le phénomène est mondial. « Aux États-Unis, où le gouvernement a beaucoup oeuvré pour l’entrepreneuriat au féminin, près de la moitié des entreprises sont créées par des femmes, mais ces entreprises ne représentent que 9 % des dossiers de financement en nombre et 2 % en valeur », ajoute la dirigeante. Alors même que « la participation massive des femmes dans la création d’entreprise et le marché du travail a contribué à 25 % de la croissance des États-Unis sur les trente dernières années », a expliqué récemment Sergio Arzeni, directeur du Centre pour l’entrepreneuriat de l’OCDE, lors d’un colloque de la Banque publique d’investissement (BPI) en mars 2014.
 
Des décennies de retard

Une aventure éloquente est arrivée à Sylvie Cazenave-Péré, la PDG de la société Posson Packaging, qui emploie plus de 150 salariés. Lors de ce même colloque, elle est venue expliquer comment elle avait eu des difficultés à se faire financer en 2007, alors qu’elle voulait racheter l’entreprise à l’actionnaire principal. Ces difficultés ne sont pas venues, selon son analyse, de la nature même de son activité, l’emballage, très gourmande en capitaux, mais plutôt du fait qu’elle soit une femme.
« J’étais face à des financiers qui doutaient de la capacité d’une femme à suivre son business-plan. Ceci malgré mon expérience, j’avais alors cinquante ans, et derrière moi la réussite de mon projet industriel », explique-t-elle.

Après plusieurs tentatives infructueuses en se présentant seule, cette dirigeante a utilisé un subterfuge suggéré d’ailleurs par son mari, chef d’entreprise également : « Je me suis fait accompagner au rendez-vous par un ami banquier que j’ai présenté comme un conseil. C’est lui qui captait les regards, même de la part de banquiers que je connaissais. Et j’ai pu obtenir les fonds », constate-t-elle. À l’image de ce qui se passe sur Internet, note-t-elle, « le milieu financier a des décennies de retard ».

Laure Belot
@curieusedetout
 


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