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Contre le gaspillage alimentaire, l'appli qui géolocalise les invendus


Grâce à leur Smartphone et à l'appli OptiMiam, les habitants du 5e arrondissement de Paris peuvent désormais géolocaliser les invendus du jour. Huit commerçants jouent déjà le jeu.


Des pâtisseries proches de la péremption repérées grâce à l'application OptiMiam - ©OptiMiam
Des pâtisseries proches de la péremption repérées grâce à l'application OptiMiam - ©OptiMiam
L'idée de l'application OptiMiam est née en décembre 2013 à Paris. Alors que Raodath Aminou fait ses courses dans son hypermarché habituel, elle est interpellée par un vendeur qui lui explique que ses sushis sont soldés à 50 %, à son initiative, pour éviter qu'ils ne soient jetés. Cette rencontre est un déclic. Raodath Aminou se met en tête d'aider les commerçants à écouler leurs stocks de nourriture proches de la péremption, non plus au cas par cas mais de façon collective et à grande échelle.

« Je savais qu'on gaspillait, mais pas autant ! »

Raodath Aminou part à la rencontre de chefs de rayons, de manutentionnaires dans des supermarchés, de commerces de proximité. Elle réalise l’ampleur du gâchis : « je savais qu'on gaspillait, mais pas autant ! ». Un rapport publié par Planetoscope le confirme : « En France, 2,3 millions de tonnes de nourriture seraient gaspillés chaque année dans la distribution. Dans la restauration collective et commerciale, le gaspillage se monte à 1,5 million de tonnes. Et au sein même des foyers, à 6,5 millions de tonnes. » Bilan : 10 millions de tonnes de nourriture gaspillées chaque année en France.

En mars 2014, après trois mois de tâtonnements et de rencontres, Raodath Aminou décide de créer une « place de marché mobile », qui servirait d’intermédiaire anti-gaspillage entre les commerçants locaux et les consommateurs. Mais comment faire ? « Seule je n'allais pas y arriver. Entreprendre est une chose difficile. C'est prendre beaucoup de risques ».

Une partie de l'équipe d'OptiMiam - En haut à droite, Raodath AMINOU - ©OptiMiam
Une partie de l'équipe d'OptiMiam - En haut à droite, Raodath AMINOU - ©OptiMiam
En quête d'une équipe, Raodath Aminou participe début mars au Start-up week-end Polytechnique, à Palaiseau (Essonne). Son projet y rencontre un franc succès. En quelques mois, un directeur opérationnel, un ingénieur, un développeur et un graphiste rejoignent l'aventure. Le 8 juillet 2014, le projet arrive en finale de « Hack 4 France », évènement parrainé par Axelle Lemaire, et remporte un soutien financier.

« Une application citoyenne »

L'application OptiMiam est lancée le 16 octobre pour la journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire. Les salades, viennoiseries, sandwichs, excédentaires de huit magasins du 5e arrondissement de Paris - choisi pour sa forte population étudiante et son tissu commerçant - se retrouvent alors géolocalisés.

Depuis, chaque jour, les commerçants renseignent la quantité de produits alimentaires frais mais périssables menacés de finir à la poubelle. Les consommateurs reçoivent gratuitement et en temps réel ces informations, ainsi que la distance qui les sépare du commerce et les réductions proposées. Pour cela, ils doivent télécharger l'application sur Apple store ou Google play. Les commerçants s'acquittent de leur côté d'un abonnement mensuel compris entre 20 et 100 euros.

Capture d'écran de l'application ©OptiMiam
Capture d'écran de l'application ©OptiMiam
« Cette innovation technologique est pleine de sens, estime Raodath Aminou. C'est une véritable application numérique citoyenne. » Depuis son lancement officiel OptiMiam a été utilisée par 5 200 personnes. Elle a permis de générer 800 € de chiffre d’affaire pour les huit commerçants participants. À noter cependant que seul un cinquième des stocks de produits disponibles sur l'application a été écoulé.

Objectif : 1 500 commerçants

Dans les semaines qui viennent, OptiMiam s'étendra au 6e arrondissement de Paris. Près de dix commerçants implantés autour de Vavin, Saint Lazare, Montparnasse et le Kremlin-Bicêtre seront partenaires. Alexandre Bellage, directeur opérationnel, voit encore plus loin : « nous nous donnons trois ans pour atteindre le chiffre critique de 1 500 commerçants et pour développer le concept à l'international ». « Parce que le problème du gaspillage alimentaire, conclut Raodath Aminou, concerne toute la planète. »


Thomas Masson
Journaliste We Demain
Twitter : @Alter_Egaux

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