Donner sa chance à chaque auteur grâce au web : le pari des éditeurs amoureux

Par I Publié le 11 Février 2016

Le fondateur de ce nouveau système d'édition, à mi-chemin entre le numérique et le papier, espère publier plus de 200 manuscrits sur Internet avant fin août. Entretien avec Georges Lewi.


Georges Lewi (Crédit : Marc Bertrand)
Georges Lewi (Crédit : Marc Bertrand)
"On estime qu’entre un et sept millions de manuscrits dorment dans les tiroirs, désespérant leurs auteurs, qui ont souvent travaillé pendant des années à leur écriture." 

Le constat de Georges Lewi, le directeur du groupe des éditions François Bourin, n’a pas franchement de quoi encourager les apprentis écrivains. Mais que ces derniers se rassurent (un Français sur trois serait concerné), des solutions se profilent pour leur permettre de percer.
 
Lui-même écrivain, Georges Lewi a lancé début janvier Les Éditeurs amoureux. Avec ce nouveau système d’édition intégré au groupe François Bourin, à mi-chemin entre le numérique et le papier, il espère publier plus de 200 manuscrits sur Internet d'ici fin août. Un objectif ambitieux au regard de l'actuel ratio d'ouvrages publiés parmi ceux proposés par les auteurs à cette maison d'édition : sur 1 000 copies reçues chaque année, seuls vingt sont éditées.
 
Dix manuscrits sont d'ores et déjà en cours de traitement au sein de cette nouvelle division des éditions François Bourin. Un autre est même déjà disponible à la vente en ligne. We Demain s’est entretenu avec l'éditeur "amoureux".

Georges Lewi (Crédit : Marc Bertrand)
Georges Lewi (Crédit : Marc Bertrand)
We Demain : Comment vous est venue l’idée de ce nouveau système d'édition ?
 
Georges Lewi : Mon projet est parti d’un constat très simple : aux éditions François Bourin, que je dirige depuis début 2015, nous publions seulement 1 % des manuscrits reçus. Parce que nous estimons que certains manuscrits ne sont pas bons, mais aussi parce que notre jugement, forcément subjectif, s’inscrit dans une logique culturelle et générationnelle qui nous est propre. Je ne suis pas persuadé que nous sommes capables d’apprécier les ouvrages plus jeunes, avec des thèmes et des écritures décalées. Mais pour ces auteurs, l’auto-édition, à laquelle les acteurs du web les encouragent de plus, n’est pas non plus une solution.

Quelle est donc votre solution ? 
 
Sachant que 1 500 acheteurs permettent d’équilibrer la sortie d’un livre, que ces derniers se promènent en moyenne sur 80 sites francophones de librairies ou de grandes surfaces pour les commander, afin d’aider éditeurs et auteurs, il faut faire le lien entre le numérique et le papier. Les éditeurs amoureux choisissent des ouvrages, les corrigent, puis les publient en ligne. S’ils sont vendus plus de 400 fois, nous les imprimons et les oeuvres intègrent le circuit traditionnel.

Pourquoi 400 exemplaires ?

C'est un chiffre raisonnable, qui nous permet de savoir rapidement si une oeuvre va décoller auprès du public ou non ; nous avons observé qu'un livre à potentiel passe automatiquement à 800 lecteurs, voire 3 000. La moyenne de 400 ventes est un début, nous espérons peu à peu monter le niveau.

Le pdf du premier manuscrit édité par les Éditeurs amoureux (Crédit : DR)
Le pdf du premier manuscrit édité par les Éditeurs amoureux (Crédit : DR)
Quel intérêt pour les auteurs ?

Ils se font connaître ! Et ils ne sont pas seuls, à l'inverse de ce que permet l'auto-édition. Je m'explique : Moyennant une participation de 680 euros, soit la moitié de ce que nous coûte une publication, deux éditeurs juniors de 25 et 27 ans s'occupent de l'édition complète de leur manuscrit, avec relecture, orthotypographie, amélioration, mise en page chez le directeur artistique puis mise en vente numérique...
 
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Comment faites-vous connaître l'ouvrage une fois qu'il est en ligne ?

Pour chaque bouquin, nous nous occupons des relations presse. Et nous nous engageons à les réunir une fois par an avec les autres auteurs des éditions Bourin et amoureuses, et de leurs éditeurs. C'est très important pour les auteurs de rencontrer physiquement ceux qui s'occupent de leurs ouvrages, d'être "coachés" dans la vraie vie. Ce pourquoi dans un troisième temps, nous les invitons également à participer à nos "Bourinales ", lors desquelles ils sont mis en relation avec des lecteurs et des journalistes littéraires. 

Comment sont répartis les droits d'auteur ?

Toutes les oeuvres numériques coûtent 8,99 euros. Sur ce prix, les auteurs perçoivent 8 %. Une fois le livre imprimé sur papier, les droits d'auteurs montent à 10 %. Le parcours habituel de l'édition est inversé : nous suivons une logique de crowdfunding pour faire connaître un auteur et son oeuvre, au lieu d'attendre qu'il connaisse du succès hors ligne. Et nous donnons ainsi sa chance à chaque livre.
 
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Cela vous permet de réduire vos frais d'édition ?

Cela nous permet plutôt, dans un premier temps, de voir venir. Il faut savoir que si un auteur touche 80 centimes par livre en moyenne, nous ne touchons guère plus : un euro. 40 % des bénéfices reviennent en effet au diffuseur, alors que 50 % du travail de fabrication se fait dans la maison d'édition. Les frais d'impression sont énormes ! De nos jours, il faut compter de 5 000 à 6 000 euros pour fabriquer un livre... Sans aucune certitude de vente.

Image d'illustration (Crédit : Groume/FlickR)
Image d'illustration (Crédit : Groume/FlickR)
Les Éditeurs amoureux peuvent-ils inverser cette logique ?

Je veux y croire, oui. Pour vraiment gagner des sous, c’est devenu très compliqué, autant pour les maisons d'édition que pour les écrivains : la distribution capte deux tiers de la valeur d’un livre. Et les libraires ne stockent plus. Mais, avec le numérique, je suis persuadé que la valeur peut rester majoritaire chez l’éditeur, et non plus chez le diffuseur. Je cherche donc avant tout à prouver qu’on peut relier le monde du numérique et le monde du papier. L'âge du numérique est aussi synonyme de jouissance littéraire - avec les bons instruments, il va nous permettre de connaître pléthore de nouvelles plumes.


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