Connectez-vous S'inscrire

En Malaisie, des jeunes prennent en main la conservation des tigres et des forêts

I Publié le 31 Mai 2017

RÉCIT. Par Anne-Sophie Roux, porteuse du projet Wānanga Trek.


Tetramidia Nudi Flora, arbre du Taman Negara, plus ancienne forêt vierge au monde (Crédit : Anne-Sophie Roux)
Tetramidia Nudi Flora, arbre du Taman Negara, plus ancienne forêt vierge au monde (Crédit : Anne-Sophie Roux)
De Nouvelle-Zélande au Bhoutan, du Pacifique à l’Himalaya, le Wānanga Trek est un reportage solidaire mené par Anne Sophie, étudiante en sciences politiques de 21 ans. Chaque mois, elle racontera ses aventures à We Demain.

Dans l’Est de la péninsule malaise, l’État de Terengganu possède les forêts tropicales les plus anciennes au monde. Une biodiversité d’une richesse exceptionnelle — les derniers tigres, léopards, éléphants, rhinocéros sauvages au monde  —, qui se voit de plus en plus menacée.

L’exploitation de l’huile de palme par la Malaisie, deuxième plus gros exportateur au monde, induit une déforestation massive, qui a des effets considérables sur les habitats naturels de ces animaux rares. La déforestation, cette fois-ci illégale est également courante. Quant aux braconniers, ils continuent de chasser des espèces protégées pour leur grande valeur sur le marché noir asiatique.

L’équipe de rangers partant en expédition d’une semaine dans la jungle (Crédit : Anne-Sophie Roux)
L’équipe de rangers partant en expédition d’une semaine dans la jungle (Crédit : Anne-Sophie Roux)
Pour protéger ces forêts et leurs habitants, une équipe de jeune chercheurs, volontaires ou biologistes, âgés de 20 à 36 ans, a pris le problème à la source.

Ils ont créé Rimba, qui signifie "jungle" en bahasa, qui signifie jungle en malais. Ils l'ont pensée comme une organisation multi-tâche, dont le principal objectif est la préservation des forêts tropicales et de leur biodiversité. À commencer par les tigres, léopards et panthères sauvages.
 

Protéger la forêt et mener l'enquête concernant le braconnage des tigres

Les tigres, panthères, léopards et autres "wild cats" sont les piliers de l'écosystème, que constituent les jungles les plus anciennes au monde. Ces "super-prédateurs" jouent un rôle similaire à celui des requins dans les océans et ont un rôle central dans l'équilibre de la biodiversité et de la chaîne alimentaire.

Capture d’écran d’une vidéo de Rimba prise avec une caméra dissimulée pour leur projet Perhilitan (Crédit :  Département of Wildlife and National Parks)
Capture d’écran d’une vidéo de Rimba prise avec une caméra dissimulée pour leur projet Perhilitan (Crédit : Département of Wildlife and National Parks)
C'est pour ces raisons que Rimba se focalise sur ces animaux très convoités sur le marché noir asiatique. Leurs rangers placent des caméras à des multiples endroits dans la jungle pour observer les animaux, vérifier leur état de santé et leur nombre. C’est grâce à leur travail, que nous pouvons voir des images aussi rares et émouvantes qu’une mère tigre jouant avec sa fille  devant l’une de ces caméras.

Le braconnage illégal

Outre qu’ils doivent remplacer les caméras tous les trois mois environ, les équipes de Rimba font des expéditions dans la jungle pour traquer les braconniers, extrêmement nombreux en Malaisie.

Ce sont des hommes venus de Thaïlande, du Vietnam ou du Cambodge, employés pour tuer des animaux.  Les tigres sont les cibles favorites. Pour avoir un ordre d’idée, un corps entier de tigre se vend à environ 300 000 dollars américains sur le marché noir asiatique, soit 260 000 euros environ. Il s'agit donc d'un marché juteux qui en attire plus d’un ; surtout au regard de l’amende dérisoire que ces trafiquants encourent.

Akmal, 23 ans, chef des expéditions pour Rimba (Crédit : Anne-Sophie Roux)
Akmal, 23 ans, chef des expéditions pour Rimba (Crédit : Anne-Sophie Roux)

À la poursuite des braconniers dans la jungle près du Lac Kenyir

Le jour où nous avons accompagné les équipes de Rimba dans la jungle près du Lac Kenyir, dans l’Etat du Terengganu au Nord-Est de la Malaisie, elles ont découvert une vingtaine de pièges déposés à divers endroits pour capturer des tigres ou de gros animaux et un camp de braconnier, abandonné depuis un ou deux jours. C'est équipés de simples machettes que ces rangers partent à la recherche de ces braconniers, souvent armés jusqu’aux dents.

Difficile donc de lutter contre ces derniers dans cette jungle où vivent de nombreux animaux dangereux : cobras, pythons, mygales et autres espèces animales et florales potentiellement mortelles.

Sai, 27 ans, chef des opérations, dans leur field house près du lac Kenyir (Crédit : Anne-Sophie Roux)
Sai, 27 ans, chef des opérations, dans leur field house près du lac Kenyir (Crédit : Anne-Sophie Roux)
Plus qu’une passion pour la forêt et ses animaux, c’est une véritable foi qui anime les rangers, qui travaillent à la conservation des écosystèmes et des tigres.  Et leur travail paie !
 
La surface que leurs recherches et actions couvrent s’étend sur plus de 100 000km² ; alors que leurs effectifs ne comptent que huit personnes en permanence.

Dans cette jungle dense, où il est impossible de voir ce qu'il se passe à plus de deux mètres de soi, il est très facile de se cacher, les expéditions sont donc très difficiles.

Depuis les quatre années d’existence de Rimba, leurs actions sur le terrain et auprès du gouvernement sont porteuses d'espoir. De nombreuses zones protégées ont ainsi été créées pour protéger les habitats de ces animaux et renforcer les effectifs de leurs équipes pour couvrir des aires plus larges.
 

Patrouilleurs Orang Asli (Premiers Peuples malais), pendant un meeting sur l’expédition du lendemain (Crédit : Anne-Sophie Roux)
Patrouilleurs Orang Asli (Premiers Peuples malais), pendant un meeting sur l’expédition du lendemain (Crédit : Anne-Sophie Roux)

Les actions individuelles ont énormément d'effets

Pour protéger les 250 tigres de Malaisie,  la population met ses compétences et savoirs au service des tigres et de la forêt tropicale la plus vieille au monde. Même les plus petites actions individuelles ont énormément d'effets.

Rimba mise beaucoup sur les compétences des personnes qu’ils emploient en tant que rangers. Beaucoup sont Orang Asli, les Premiers Peuples malais qui ont toujours vécu dans ces forêts. Ils savent s'orienter dans la jungle, ce qui fait gagner beaucoup de temps aux équipes. Parallèlement, nombre d’entre eux sont d’anciens militaires. Leurs savoirs techniques sont très utiles et complémentaires à ceux des Orang Asli.
 

Dans une zone qui reste une des dernières au monde où il est possible d’observer ces animaux sauvages en liberté, les rangers de Rimba sont de petites mains qui œuvrent pour que soient préservées les espèces majestueuses et rares qui l'habitent.

Des tigres, léopards, éléphants mais également des "flying foxes", d’immenses chauve-souris rousses qui jouent un rôle dans la reforestation, indispensable pour contrebalancer les effets du changements climatique, mais là encore convoitées sur le marché noir.

Comme dans tous les pays en première ligne des changements climatiques, les jeunes malais qui font bouger les choses nous ont inspirés par leur détermination et le combat qu’ils mènent quotidiennement, au milieu de la jungle comme dans les bureaux du gouvernement.

Anne-Sophie Roux.

Suivez leur travail ici et voyez les vidéos de leurs projets ici

Si vous souhaitez en savoir plus sur les projets, les initiatives et les personnes qui font vivre les communautés rencontrées par Anne Sophie Roux, rendez-vous sur le blog de Wanangatrek.com








Réservé aux abonnés du site.
Accédez à l'intégralité du n°16 de la revue WE DEMAIN

Pas encore abonné ?
Inscrivez-vous gratuitement !





WEDEMAIN.FR SUR VOTRE MOBILE