En Méditerranée, un couple de millionnaires au secours des migrants

Par I Publié le 23 Avril 2015

Alors que depuis le début de l'année, près de 1 800 migrants sont morts en tentant de gagner l'Europe par la mer, Regina et Chris Catrambone vont porter assistance aux clandestins en détresse à bord de leur propre navire.


Le couple Catrambone à bord du Phoenix (Crédit : Giles Clarke/ Getty image Europe)
Le couple Catrambone à bord du Phoenix (Crédit : Giles Clarke/ Getty image Europe)
Si la presse et les institutions internationales se sont émues d’un énième naufrage de migrants, qui, le 20 avril, a causé la mort de plus de 800 personnes au large des côtes libyennes, Regina et Chris Catrambone, eux, n’ont pas attendu cette nouvelle catastrophe pour agir.

Imaginez-vous en croisière sur un yacht, en Méditerranée. Vous vous prélassez au soleil quand, soudain, vous apercevez un manteau d’hiver qui flotte à la surface de l’eau. C’est la vision d’horreur qui s’est offerte, il y a deux ans, à ce couple d’entrepreneurs millionnaires italo-américain, en vacances entre la Tunisie et l’île italienne de Lampedusa.

Suite à cette expérience et touché par l'appel du pape exhortant l’Europe à agir face aux "ultimi, ces migrants dont personne ne veut", ce couple de confession catholique a créé sa propre ONG, Migrant offshore aid action (MOAA). Pour la deuxième année consécutive, cette dernière va partir porter secours aux migrants en détresse en mer.

Plus de 800 morts en un seul naufrage

En 2013, ils ont acheté le Phoenix, un ancien chalutier à voiles de 40 mètres, capable d'accueillir 400 personnes. Puis, ils se sont entourés d’un équipage d’une vingtaine de membres, dont des secouristes, deux infirmiers et un médecin.

(Crédit : MOAS / Darrin Zammit Lupi)
(Crédit : MOAS / Darrin Zammit Lupi)
Restait à équiper le navire de moyens de sauvetage adéquats. Pour repérer les bateaux ou personnes en danger, deux drones à détection infrarouge ont été acquis pour surveiller les eaux. Pour les opérations de secours, plusieurs bateaux pneumatiques à coque rigide ont été équipés de matériel d'urgence : eau, nourriture, médicaments, couvertures, gilets de sauvetage. Regina et Chris Catrambone expliquent même avoir amélioré la technique de mise à l’eau de ces canots afin de gagner en rapidité.
 
"Il n’y a pas de temps à perdre. La moindre vie sauvée vaut le voyage à elle seule", déclare Regina Catrambone au quotidien italien La Stampa.

Sur leur blog, elle et son mari viennent d'annoncer qu'ils allaient repartir en mission de sauvetage le 2 mai pour une durée de six mois. La mission se fera en partenariat avec Médecins sans frontières, qui a décidé de rejoindre MOAA suite à la suspension, en 2014, de l’opération de secours de la marine italienne, baptisée Mare Nostrum.
 
Cette dernière, dont le théâtre s'étendait jusqu'aux côtes libyennes, a été jugée trop coûteuse par l’Italie, qui n’avait pas réussi à convaincre ses partenaires européens de contribuer à son financement : neuf millions d’euros par mois au total, contre trois millions par mois pour l’opération Triton, qui l'a remplacée depuis. Gérée par l’agence de contrôle aux frontières européennes Frontex, cette nouvelle opération ne consiste qu'à patrouiller au niveau des frontières européennes.

(Crédit : MOAS / Darrin Zammit Lupi)
(Crédit : MOAS / Darrin Zammit Lupi)

3 000 migrants sauvés

Ce programme est jugé peu efficace par MSF et MOAA, qui agiront de concert avec le centre italien de coordination et de sauvetage maritime, basé à Rome, ainsi qu’avec des centres de secours italiens et maltais. L'enjeu : mettre en place une alternative efficace, avec des moyens inférieurs à ceux de la puissance publique.

Basé à Malte, le couple d’entrepreneurs a fait fortune à la tête de Tangiers Group, une compagnie d’assurance spécialisée dans les zones à risques. S'ils ne souhaitent pas s'étendre sur l'ampleur de cette fortune, les deux italo-américains auraient, selon le magazine Time, personnellement investi 7,5 millions de dollars dans leur ONG, qui lance aussi un appel aux dons. Le coût total des opérations est estimé à 450 000 dollars par mois.

Depuis août 2014, Regina et Chris Catrambone ont ainsi réussi à sauver près de 3 000 migrants du naufrage.  

Lara Charmeil
Journaliste à We Demain
@LaraCharmeil



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