En Nouvelle-Zélande, cet homme plante des arbres pour faire renaître son village

RÉCIT.

I Publié le 8 Mars 2016

Par Ahmed et Karine Benabadji, fondateurs du projet Open-Villages.


Tri de smoutons à Cambrion (Crédit : La famille Benabadji au complet, avant son tour du monde. (Crédit : Oriane Benabadji)
Tri de smoutons à Cambrion (Crédit : La famille Benabadji au complet, avant son tour du monde. (Crédit : Oriane Benabadji)
Le 1er septembre dernier, Ahmed, Karine et leur cinq enfants se sont envolés de Paris pour un tour du monde d'un an, à la découverte de villages qui ont fait le choix de l'autonomie et du développement durable. Ils racontent chaque étape de leur voyage à We Demain.fr. Ce mois-ci, la famille s'est rendue sur l'île du Sud, en Nouvelle Zélande, à la rencontre d'un personnage hors du commun. Voici l'histoire de Bob L. de Berry.

Mars 2016, Nouvelle Zélande.

1953. Lorsqu’il écrivit L’homme qui plantait des arbres , en réponse à un concours du Reader’s Digest sur le thème "le caractère le plus exceptionnel que j’ai rencontré", Jean Giono ne se doutait pas qu'un demi-siècle plus tard, son texte changerait la vie d’un homme à l'autre bout de la planète.

Cet homme, nous l’avons rencontré. À bien des égards, il est aussi exceptionnel qu’Elzéard Bouffier, le héros imaginaire du texte de Giono. Mais Bob L. de Berry est bien réel et sa forêt se dresse fièrement autour de sa maison, sur l’île du Sud, en Nouvelle-Zélande. Portrait en trois leçons de vie d’un excentrique qui a les pieds sur terre.

Beware of the hug (Crédit : Oriane Benabadji)
Beware of the hug (Crédit : Oriane Benabadji)

Beware of the Hug (Prenez garde au câlin) !

Nous avions entendu parler de Bob par des voyageurs intéressés comme nous par ces hommes et ces femmes qui proposent un "autre avenir".  Nous sommes allés à sa recherche avec quelques rares indications glanées sur internet et nous avons atterri en Nouvelle-Zélande sans trop savoir si nous allions réussir à le trouver.

Mais dans le pays où fut tourné Le Seigneur des Anneaux, il faut croire que la providence aide ceux qui veulent sauver le monde. Nous trouvâmes l’objet de notre quête sans trop de difficultés. Dès l’entrée de sa propriété, nous sûmes que nous étions arrivés. 

Cambrian Common forest (Crédit : Oriane Benabadji)
Cambrian Common forest (Crédit : Oriane Benabadji)
Sur son gazon, de curieuses statues faites de déchets métalliques regardent des panneaux de signalisation aux injonctions apparemment absurdes. Des barrières sont posées au milieu des champs sans murs ni enclos, pour nous rappeler que nous nous enfermons tous seuls. Et puis, ce panneau devant la porte, "Beware of the Hug", comme un clin d’œil subversif à tous ces propriétaires craintifs qui se protègent avec des chiens méchants.

Bob et Ahmed (Crédit : Oriane Benabadji)
Bob et Ahmed (Crédit : Oriane Benabadji)

Leçon 1. "Être amical et accueillant"

Nous n’avions eu aucun moyen de prévenir Bob de notre arrivée, et pourtant il nous a sauté dans les bras dès qu’il nous a vu. Comme s’il retrouvait de vieux amis.

Et voilà comment nous avons appris notre première leçon : "Être amical et accueillant". Bob en a fait sa grande règle de vie, celle qui régit ses rapports avec les autres. Il accueille avec enthousiasme, offre l’hospitalité sans qu’on la demande, ne demande rien en échange et … reçoit beaucoup en retour. Il suffit de lire sur son livre d’or les commentaires des jeunes Wwoofers qui ont été hébergés chez lui, ou de regarder les photos de leur passage dans les nombreux albums qu’il garde précieusement, pour s’en convaincre.

“Do you want to do something stupid, just for fun?”

"Doing something stupid" (Crédit : Oriane Benabadji)
"Doing something stupid" (Crédit : Oriane Benabadji)
Nous venions de passer quelques heures avec le voisin de Bob pour l’aider à trier, puis à transférer d’enclos en enclos plusieurs centaines de moutons qui devaient être vaccinés. Au retour vers sa maison, il nous a demandé : "Ça vous dirait de faire un truc idiot ?"

Et nous voilà quelques minutes plus tard, hilares comme des enfants, lui 70 ans et nous 50, en train de pousser des balles de paille géantes en forme de roues sur un champ en pente…

Bob fut hippie aux temps glorieux du "Flower power". Il a fait le pèlerinage de Katmandou, a voyagé en Europe pendant deux ans et a acheté son terrain à Cambrian, en communauté avec un ami. Autant dire qu’il a longtemps eu une relation "distante" avec le travail. Pourtant, la vie à la campagne sur l’île du Sud peut être rude, surtout quand on dispose de très peu de moyens financiers.

Leçon 2. Ne pas travailler plus d'une heure pour éviter l'ennui

Bob reçoit une toute petite retraite de l’État, dans un pays où tout est cher. Mais il ne regrette rien et a développé de nombreux savoir-faire, qu’il transmet volontiers à ses visiteurs. Il coupe son bois pour se chauffer, chasse le lapin qui grouille dans la région, fabrique des pièges pour attraper les opossums et les furets, s’occupe de ses poules et de ses canards, et, bien sûr, entretient sa forêt. 

​Il s’arrête religieusement à l’heure du thé ou du café, qu’il sert avec les meilleurs muffins de Nouvelle Zélande confectionnés la veille dans son four à bois, pour lire son journal sur une table de jardin qu’il prend soin d’orienter en fonction du soleil pour que chacun se sente à son aise. Le soir, il regarde un film sur son ordinateur ou relit des numéros du National Geographic qui le renseignent sur l’état de la planète. En toutes choses, il prend son temps.

Toute la philosophie de Bob sur le travail tient finalement dans la manière dont il rythme ses journées : il ne travaille jamais plus d’une heure par activité pour éviter l’ennui. Le secret de la simplicité volontaire ? Faire beaucoup de choses mais jamais trop longtemps.

Bob (Crédit : Oriane Benabadji))
Bob (Crédit : Oriane Benabadji))

Leçon 3. Planter, petit à petit, sans attendre ni espérer

C’est au tournant du millénaire que, fortement inspiré par la lecture de la nouvelle de Giono, il a décidé sérieusement de consacrer sa vie à la plantation d’une forêt. Tout comme Elzéard Bouffier, il a commencé seul, plantant des arbres là où cela lui semblait bon, mettant en place au fur et à mesure un système simple et ingénieux pour irriguer la petite colline qui se trouve sur sa propriété.

Aujourd’hui, les jeunes wwoofers qu’il héberge de temps en temps participent aussi aux plantations et à l’entretien des sous-bois. Cette forêt, c’est l’œuvre de sa vie, celle qu’il entend léguer à ses deux fils pour qu’ils continuent son travail. Son objectif : faire en sorte que Cambrian redevienne un endroit où les gens aiment à venir, voire même s’y installent, grâce aux arbres qu’il aura plantés.

L'école de Cambrian (Crédit : Oriane Benabadji)
L'école de Cambrian (Crédit : Oriane Benabadji)
Le village a bien besoin de ce petit coup de pouce. Après avoir connu un âge d’or à la fin du XIXe siècle, Cambrian s’est doucement endormi avec l’épuisement des gisements aurifères et il ne reste plus qu’une douzaine de maisons et seulement six résidents permanents. La petite école, qui a été transformée en musée, reste là pour témoigner de l’histoire de cette communauté.

Bob sait qu’il ne verra sans doute pas les fruits de son travail. Une forêt telle que la sienne ne devient mature qu’au bout de plusieurs générations. Lorsqu’il plante un arbre, Bob réalise donc l’acte généreux par définition, celui qui fait mentir l’anthropologie libérale qui nous décrit l’homme comme un être rationnel qui ne se préoccupe que de son propre intérêt et ne vise que son profit à court terme. Bob plante, petit à petit, sans rien attendre ni espérer, en voyant loin pour sa communauté. Le monde serait sans doute plus vivable si nous appliquions tous les mêmes principes.

La famille Benabadji au complet, avant son tour du monde. (Crédit : Ahmed Benabadji)
La famille Benabadji au complet, avant son tour du monde. (Crédit : Ahmed Benabadji)
Ahmed et Karine Benabadji, fondateurs du projet Open-Villages.  

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