Espionnage conjugual : Comment mon ex s'est infiltré dans mon smartphone

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Par Marguerite Zimmer I Publié le 10 Mars 2016

Saviez-vous qu’une simple application installée sur votre portable à votre insu suffit à traquer vos moindres faits et gestes ? C'est l’angoissante expérience qu’a vécue Marguerite Zimmer (un pseudo), espionnée dans son intimité par son ex-petit ami.


La télévision diffusait un documentaire sur l’entraînement des unités d’élite de la police nationale. À l’autre bout du canapé, son ordinateur portable sur les genoux, il regardait des tables basses sur un site de vente en ligne. Dans un soupir qui signifiait "Arrête ton cinéma !" , il m’a demandé laquelle était ma préférée. J’ai dit : "Aucune" , j’ai dit qu’on n’achèterait pas de nouvelle table basse ni de nouveaux rideaux ni même un nouveau paquet de pâtes, puisque je partais.

Tout avait commencé avec des "Si t’as rien à cacher, pourquoi tu veux pas me filer ton mot de passe ?"  J’avais pensé qu’il y avait quelque chose de pourri là-dessous, que c’était pas censé être ça, l’amour et la confiance. Mais il avait insisté, je m’étais lassée, j’avais cédé.

Insidieusement, j’avais laissé s’installer un système de flicage plus ou moins consenti.

Écran noir

Un jour, j’en ai eu marre, de ça et du reste. La transition a pris un peu moins d’une semaine. Le temps de ramasser mes affaires et d’expliquer de vingt manières différentes que non, ce n’était pas du bluff. J’ai déposé mes valises chez ma sœur. Voilà, c’était fait. J’avais, comme on dit, quitté le domicile conjugal.

C’est à ce moment-là que mon téléphone a commencé à s’éteindre sans raison. Au milieu d’une conversation, pendant que j’écrivais un email… écran noir ! Quand je le rallumais, un message d’alerte me demandait de redémarrer l’appareil. Ça semble idiot a posteriori, mais j’ai laissé passer deux semaines avant de lire ce message.

Je suis du genre à cliquer sur "Ok", éventuellement sur "Plus tard", sans manifester d’intérêt pour les mises à jour proposées. Pendant deux semaines donc, je me suis contentée d’insulter mon iPhone. Pensant qu’il était en bout de course, je maudissais indifféremment Apple, l’obsolescence programmée et même le capitalisme.

J’avais d’autres priorités. Retrouver un logement, annuler les vacances, prévenir les autres. Et lui parler, à lui. Réexpliquer, écouter, répondre aux questions. "Non, je ne suis pas partie pour quelqu’un d’autre. Non, ce n’est pas à cause d’Untel ou d’Untel." 

Des heures à subir le même interrogatoire. Avec, en plus, les coupures intempestives de mon iPhone. Et de temps à autre, la pensée ironique que s’il avait été là, lui, l’ingénieur, il me l’aurait réparé en cinq minutes.

Au milieu de la journée, le dialogue reprenait par SMS. "Est-ce que c’est à cause d’Alex que tu m’a quitté ?" À cause d’Alex ?… Cette fois-là, en particulier, j’avais trouvé ça étrange. J’étais précisément en train de bavarder par SMS avec Alex, que j’avais perdu de vue depuis plusieurs mois.

Pourquoi me parlait-il justement de lui à ce moment-là ? J’ai flippé. J’ai dû faire un truc idiot, comme regarder derrière mon épaule pour vérifier que j’étais bien seule dans la pièce. Et puis, je me suis reproché ma paranoïa.

"C'est quoi, Cydia ? "

Un jour, mon portable m’a plantée à la rédaction, au milieu d’une interview. Mon chapelet d’insultes a attiré l’attention de Nico, notre geek bien‑aimé. "Un problème ?" Je lui explique, lui montre l’écran noir, le message de redémarrage. Contrairement à moi, il le lit. 

"C’est curieux, ils te demandent de faire une mise à jour sur Cydia… mais c’est quoi Cydia ?" Je désigne une icône apparue récemment au milieu du capharnaüm d’applis qui couvrent mon écran. "C'est quoi ce truc ? On dirait un App Store alternatif… Il est jailbreaké ton téléphone ?" Je bafouille.

Retour en arrière."Chérie, on va jailbreaker ton iPhone, comme ça on pourra télécharger des trucs gratos" . La technologie m’ennuie et l’illégalité m’angoisse. Je refuse. Il insiste, argumente, raisonne, me fatigue. J’obtempère. Il télécharge trois jeux débiles, qui le scotchent sur mon téléphone au prétexte que le sien n’est pas compatible, et on n’en parle plus.

Je regarde Nico comme une enfant prise en faute. "Ah, ouais, en effet, il est jailbreaké… Cydia, je crois que c’est mon ex qui l’avait installée pour télécharger des jeux. Tu penses que c’est ça qui le fait bugger ?" 

Retrouvez la suite de cet article dans We Demain n°13.  

Texte : Marguerite Zimmer
Dessins : Pascal Gros


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