Et voici le portrait robot du consommateur collaboratif

Par I Publié le 9 Mars 2015

OuiShare et la Fing viennent de publier les résultats de Sharevolution, une enquête d'un an portant sur plus de 2 000 consommateurs collaboratifs français. Ils y dressent le portrait type de l'utilisateur et les perspectives d'évolution de ce secteur.


Photo d'illustration. Crédits :  Wikipedia Commons
Photo d'illustration. Crédits : Wikipedia Commons
La consommation collaborative a-t-elle vocation à rester un marché de niche et un effet de mode, ou à devenir un nouveau paradigme économique ? C’est pour répondre à cette question que le think tank OuiShare et la Fondation internet nouvelle génération (Fing) se sont associés pour mener une grande enquête, Sharevolution , dont les résultats ont été rendu publics le 3 mars.
 
QUATRE GRANDS MODÈLES

L'enquête dresse tout d’abord un panorama de ce secteur, tâche ardue, car il n’en existe pas de définition consensuelle. Se basant exclusivement sur l’acte de consommation (ce qui exclue de fait la finance participative), elle distingue quatre grands modèles :

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  • La redistribution de biens avec échange de propriété (achat, don et troc)
  • Les produits-services ou économie de la fonctionnalité (location ou prêt d'objet, de véhicule, de logement, d'espace de travail)
  • Les services entre particuliers (ménage, covoiturage, taxi P2P, coaching, restauration)
  • Les systèmes locaux coopératifs (circuits courts, systèmes d'échange locaux, réseaux de voisinage)

2 150 CONSOMMATEURS SONDÉS
 
Afin de mieux cerner les utilisateurs, une enquête en ligne a également été menée durant trois mois auprès de 2 150 adeptes de la consommation collaborative, à travers un questionnaire intitulé « Je partage ! Et vous ? ». Si cet échantillon n’est pas représentatif de la population française, il permet néanmoins de distinguer des tendances nettes dans le profil des utilisateurs.

Quelles sont les motivations de ces consommateurs collaboratifs ? OuiShare et la FING les ont répartis dans quatre catégories :
  • Les pragmatiques (40 %), « qui cherchent avant tout le caractère pratique de la consommation collaborative », selon Arthur De Grave, de OuiShare.
  • Les engagés (19 %), « qui trouvent un supplément d’âme dans cette forme de consommation ».
  • Les opportunistes (36 %), « qui y ont avant tout recours pour des raisons économiques. »
  • Les sceptiques (5 %), « qui ont essayé le collaboratif par simple curiosité et n’ont pas été convaincus. »

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Parmi ces sondés, les cadres sont surreprésentés : « ils sont près de la moitié des consommateurs collaboratifs alors qu'ils représentent seulement 13 % de la population française », analyse Marine Albarede, chef de projet à la Fing. Autre spécificité : ces consommateurs collaboratifs vivent pour plus de 70 % d'entre eux dans des villes d'au moins 20 000 habitants, dont près de 30 % en région parisienne. Une statistique qui pourrait s’expliquer par la présence de services comme Autolib’ ou AirBnB.

LES 25-34 ANS SURREPRÉSENTÉS
 
Quel âge ont-ils ? « On a peu de personnes de plus de 65 ans et peu de très jeunes également », explique Marine Albarede. « On a une surreprésentation des 25-34 ans, la génération la plus représentée parmi les consommateurs collaboratifs », ajoute-t-elle. Quant aux plus de  35 ans, ils sont très présents dans les services qui impliquent une forme de propriété : conducteur de covoiturage ou hôte d’hébergement.

Quelles sont leurs valeurs ? « Globalement, les sondés sont des gens très engagés dans des formes de solidarité : une personne sur trois est bénévole », ce qui explique aussi, selon elle, leur inclination vers des pratiques collaboratives.

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Que partagent-ils ? Alors que 92 % des sondés ont déjà acheté ou revendu un objet d’occasion, près de la moitié d’entre eux déclare avoir utilisé un service d’hébergement chez l’habitant, tel Airbnb. Ils sont presque autant à avoir recours au covoiturage (47,4 %), qui devance les offres d'autopartage et de vélopartage, comme Autolib' et Vélib' (28,6 %). Pour l’alimentation, 33 % des sondés a déjà fait ses courses dans des circuits courts (AMAP, La Ruche qui dit oui...). Enfin, 20 % ont eu recourt à l’échange de services entre particuliers.
 
Face à cette offre pléthorique qui englobe tous les aspects de la vie, 52 % des sondés pensent que l’économie collaborative deviendra aussi importante que l’économie traditionnelle dans le futur. Le seul frein à ces pratiques ? Le temps nécessaire à la recherche de l’offre et à la transaction, évoqué par près de sept sondés sur dix.

Cinq scénarios de prospective

Et demain, serons-nous tous des « partageux » ? La FING et OuiShare a imaginé cinq scénarios complémentaires de l’évolution de l’économie collaborative :
 
  • Elle pourrait se scinder en deux parties : l’une se rapprochant de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), pour mieux répondre aux enjeux sociétaux et environnementaux, tandis que l’autre s’engagerait résolument dans une logique capitaliste.
 
  • Pour faciliter les échanges, des « hubs » physiques devraient apparaître un peu partout sur le territoire et créer de la valeur à l'échelle locale, à l'image de la Ruche qui dit oui !
 
  • De plus en plus d’objets seront conçus directement pour être partagés, tel le Vélib', ce qui devrait entrainer de nouvelles spécificités dans les cahiers des charges industriels et des opportunités nouvelles dans l’économie des services.
 
  • Après l'essor des systèmes centralisés, le second âge de la consommation collaborative pourrait tendre vers une gouvernance de plus en plus participative.
 
  • Les usages collaboratifs des jeunes entrant dans la vie active transformeront probablement la société. Les services et les politiques qui leurs sont destinés devront s'y adapter.


Retrouvez toute l'enquête, publiée en Creative Commons, à cette adresse.

 
Jean-Jacques Valette
Journaliste We Demain







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