Gaspillage alimentaire : Comment le Danemark a économisé 600 millions en lui déclarant la guerre

VU D'AILLEURS.

I Publié le 7 Mars 2016

Par Caroline de Francqueville Hansen, consultante indépendante spécialisée en analyse de tendances et prospective, au Danemark.


Image d'illustration (Crédit : Elina Mark/Wikipedia Commons)
Image d'illustration (Crédit : Elina Mark/Wikipedia Commons)
Au cours des cinq dernières années, le Danemark a réduit d’environ 25 % son gaspillage alimentaire, ce qui représente une économie de presque 600 millions d’euros. À quoi tiennent ces réussites ? Notre contributrice passe en revue les acteurs et les principales initiatives locales qui ont permis une telle avancée.


Baptisé dans les colonnes de We Demain pays le plus vert du monde ”, le Danemark fait aussi figure de premier de classe dans la lutte contre le gâchis alimentaire. Ses résultats sont probants : au cours des 5 dernières années, le pays a réalisé une réduction d’environ 25 % de son gaspillage alimentaire, selon les chiffres du Conseil Danois pour l’Agriculture et les Produits Alimentaires (Landbrug og Fødevarer), ce qui représente une économie de presque 600 millions d’euros. À quoi tiennent ces réussites ?
 
Les actions de l’association Stop Spild Af Mad (Cessez le gâchis alimentaire) ne sont certainement pas étrangères à ces résultats. Fondé il y a 8 ans par Selina Juul, cet organisme indépendant multiplie les campagnes et programmes pour sensibiliser la population dès le plus jeune âge et impliquer les principaux acteurs dans cette lutte. Ainsi, plus de 9 500 restaurants, hôtels et institutions disposant d’une cuisine industrielle affichent désormais le certificat REFOOD, attestant de leur engagement contre le gaspillage alimentaire.


Selina Juul (Crédit : www.norden.org)
Selina Juul (Crédit : www.norden.org)
Maillon central de la chaîne de consommation, les supermarchés du pays ont fait de la réduction du gâchis alimentaire un axe de développement stratégique. L’implication précoce de Rema 1 000 a été suivie de celle de Netto, Aldi, Coop et d’autres. D’après Selina Juul, le Danemark est le pays de l’Union Européenne avec la plus grande concentration de supermarchés impliqués dans la question. La vente à prix bas de produits dont la date d’expiration est proche a rencontré un tel succès de la part des consommateurs que tous les supermarchés pratiquent désormais cette politique.

De même, nombre de ces organisations et grossistes du pays travaillent en partenariat avec la Banque Alimentaire nationale (
Fødevarebanken ), qui gère la redistribution des invendus aux associations concernées, telles que l’Auberge des sans abris. Une véritable logistique doit en effet être mise en place pour rendre les bonnes intentions effectives.

Ainsi, Selina Juul est réservée face à la récente 
loi française interdisant aux distributeurs du secteur alimentaire de rendre leurs invendus impropres à la consommation. Les associations qui vont profiter de ces surplus vont-elles être en capacité de les absorber ou crouler sous la nature ? Si le second scénario se réalise, le problème n’aura été que déplacé… 

Rug og Stub (Crédit : Sophie Sales/Atmosphere)
Rug og Stub (Crédit : Sophie Sales/Atmosphere)
Témoins de la sensibilisation grandissante de la population danoise sur le sujet, des initiatives à plus petite échelle se mettent également en place. Ainsi, grâce à l’appli Too Good To Go Ud, les consommateurs peuvent acheter pour quelques euros les invendus de la journée auprès de restaurateurs partenaires, juste avant leur fermeture.

De même, les habitants de Copenhague peuvent profiter de dîners au restaurant sans se ruiner. Ouvert en 2013, Rub og Stub (qu’on pourrait traduire par “Tout sans exception”) élabore ses menus à partir des invendus de l’industrie alimentaire. Concombres difformes, oignons trop petits, pommes de terre irrégulières, etc. constituent la matière première de cette cuisine, aux côtés d’articles qui ne peuvent être transportés ou placés dans les rayons des supermarchés, par manque de place par exemple. Plus encore qu’ailleurs, les volontaires se doivent de rivaliser de créativité pour composer des plats gouteux avec les trouvailles du jour.


Ce sont également des bénévoles qui tiennent le nouveau supermarché WeFood, dans le quartier populaire d’Amager à Copenhague. Établi par l’organisation caritative Folkekirkens Nødhjælp, en partenariat avec une vingtaine de supermarchés, fournisseurs, restaurateurs, cafés et autres acteurs locaux, WeFood vend des surplus alimentaires à un prix de 30 à 50 % moins cher que dans un supermarché traditionnel. 

We food (Crédit : Stop Spild Af Mad)
We food (Crédit : Stop Spild Af Mad)
La boutique est ouverte à tous et Folkekirkens Nødhjælp récupère les invendus pour les donner à des personnes dans le besoin. WeFood a rencontré un franc succès auprès de la population, avant même son ouverture. Son lancement a en effet été réalisé grâce à une campagne de crowdfunding qui a permis de récolter environ 130 000 euros à travers la vente d’actions participatives. Si l’intérêt se poursuit, d’autres boutiques ouvriront dans le reste du pays.
 
En attendant, Stop Spild Af Mad continue son combat. “25 % de réduction du gâchis alimentaire, c’est bien, mais on peut faire encore mieux”, estime Selina Juul. Le défi majeur : réussir à inciter les individus à adopter de nouveaux comportements d’achat et de consommation. Pour cela, la Danoise passe à la vitesse supérieure et travaille avec l’Union Européenne afin de créer le premier think-tank sur le sujet. La date de lancement, les modalités d’action et les partenaires sont cependant encore secrets. Affaire à suivre.
 

Caroline de Francqueville Hansen.



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