Green code lab challenge : 48 h pour rendre les objets connectés moins énergivores

INTERVIEW

Par I Publié le 29 Novembre 2015

Le web et les objets connectés seraient responsables de plus de 2 % des émissions de gaz à effet de serre. Pour y remédier, un concours se tiendra dans 15 villes les 4 et 5 décembre, en marge de la COP21. Rencontre avec Thierry Leboucq, président du Green lab center, à l'origine de cet événement.


Image d'illustration (Crédit : kaboompics/Pixabay)
Image d'illustration (Crédit : kaboompics/Pixabay)

Dans dix ans, les objets connectés seront bien plus nombreux que les humains sur Terre. Ils seront 80 milliards à nous accompagner partout, et ce dans tous les domaines : loisirs, alimentation, santé… 

C'est du moins ce qu'affirme une étude de l'université de Dresde, en Allemagne, citée par le Green lab center , une association nantaise qui veut rendre le numérique économe en énergie. Selon cette association,
 l'usage du web et du numérique au sens large est aujourd'hui responsable de plus de 2 % des émissions de gaz à effet de serre.

Pour "donner du sens aux objets connectés en voie de se multiplier, trouver des moyens pour qu’ils consomment peu d’énergie, et peu de ressources pendant leur construction", le Green lab center organise la troisième édition de son concours "d'éco-conception logicielle" les 4 et 5 décembre, en simultané dans quinze villes. Pendant 48 heures, 500 étudiants et professionnels auront pour mission de rendre un objet connecté plus économe en énergie. 

We Demain s'est entretenu avec le président du Green lab center, Thierry Leboucq.

We Demain : Pourquoi avoir lancé ce concours ?

Thierry Leboucq :  Avant tout pour sensibiliser les étudiants et les professionnels à notre empreinte écologique sur Internet. Aujourd’hui, l’intelligence numérique, c’est le code – c’est lui qui est à la base de tout, y compris de notre consommation énergétique. Le sujet du concours s’inscrit donc parfaitement dans les problématiques actuelles des entreprises – coder différemment est l’un de leurs enjeux. Les étudiants, en tant que futurs employés, sont là pour apporter ce changement.

De quel changement pensez-vous que nous avons besoin ?


Il est urgent de réduire notre empreinte numérique. Malheureusement, le développeur, ou l’architecte du code, a globalement oublié le lien entre son travail et la ressource consommée. Un peu comme certains agriculteurs, qui se lancent dans des types de production hors-sol ultra énergivores. Seulement voilà : si le développeur, tout comme l’agriculteur, change ses habitudes, il peut y gagner beaucoup. La façon dont il fait son code a un impact sur l’environnement.


Thierry Leboucq, le président du Green Lab Center (Crédit : Thierry Leboucq)
Thierry Leboucq, le président du Green Lab Center (Crédit : Thierry Leboucq)

Concrètement, qu'est-ce qui consomme de l'énergie quand je navigue sur Internet ?

Tout ! C'est bien le problème. Quand j’ouvre huit onglets différents sur mon navigateur Internet, je ne me pose en général pas trop de questions sur le gaspillage que cela génère. Bien souvent, je ne le sais même pas ! Pourtant, chacun de ces onglets consomme 1 watt par heure, ce qui va me coûter un euro à la fin de l’année, donc six euros par an par habitant. À l’échelle d’une personne, c’est peu, mais à l’échelle d’une entreprise ou d’une société, cela représente beaucoup, autant en termes de gaspillage que de coûts ! Il en va de même, par exemple, pour les requêtes que nous envoyons dans nos moteurs de recherche.

En somme, chaque fois que nous recherchons quelque chose sur Internet, cela consomme de l’énergie...

Exactement, sauf qu'on ne le voit pas : c’est comme s’il n’y avait pas de réalité derrière le monde numérique. On pense que le monde numérique est infini, mais il repose sur un monde fini ! Nous voulons montrer que ce dernier est bien réel, qu’il ponctionne énormément d’énergie, que cette sur-consommation peut être enrayée à la base. Un développeur peut tout à fait coder des pages de manière à en limiter l’ampleur. Pour les onglets, par exemple, on pourrait imaginer d’éteindre tous les scripts d'une page pendant que celle-ci n’est pas utilisée.


Un objet connecté lors de la précédente édition du challenge (Crédit : Thierry Leboucq)
Un objet connecté lors de la précédente édition du challenge (Crédit : Thierry Leboucq)

Pourquoi en est-on seulement aux prémices de cette conception écologique de logiciels et d'algorithmes ?

Parce que tout est allé très vite ! Depuis ses débuts, le numérique a toujours été vu comme quelque chose de positif. C’est un gain de temps, d’argent… de plein de choses en somme, ce pourquoi "il faut" absolument tout digitaliser. On multiplie les contenus, les images, les vidéos, les textes, on stocke de plus en plus de données, sans pourtant les effacer ou les nettoyer sur nos appareils électroniques. On veut de plus en plus de mobilité dans n’importe quelles conditions, n’importe où. Toutes les infrastructures créées à cet effet consomment de l’énergie et nécessitent de plus en plus de ressources, de serveurs, de bande-passantes, de data-centers... 

Comment puis-je réagir à échelle personnelle ?

C'est très difficile ! On ne reviendra pas en arrière, on est dépendant de ce monde numérique, et réduire sa consommation est quasiment impossible. Il y a néanmoins quelques pratiques à adopter. Une fois que l’on est conscient qu’une requête google équivaut à une lampe basse consommation allumée pendant une heure, on voit les choses différemment. 

Quelles sont ces bonnes pratiques que vous évoquez ? 

Si je tape quelque chose dans un moteur de recherche, autant le taper une fois avec des mots précis, plutôt que quatre-cinq fois avant de préciser ma pensée. De même, mieux vaut aller sur ses sites habituels à partir des "favoris", plutôt que de les taper dans les moteurs de recherche avant de tomber dessus. Cela évite une requête supplémentaire, donc une consommation d’ampoule pendant une heure. Enfin, il est plus écologique de fermer les onglets qu’on n’utilise pas.

Quelle est la part de responsabilité de la collectivité ? 

Elle est importante, et elle détient des moyens d'action. Dans un premier temps, il y a le rôle du consommateur, dont les préférences influent évidemment sur l'économie du numérique. Par exemple, depuis 2014, le premier critère de choix pour un Smartphone, c’est son autonomie. Les constructeurs sont donc obligés de suivre les réactions des consommateurs, et d’adapter leurs modèles. Cette logique marchande les conduit peu à peu à adopter une démarche plus "green".

Quels sont les autres leviers ?

La création de labels, par exemple, pour les entreprises, comme le Green Code Label, que nous avons mis au point et lancé en juin. Grâce à lui, les entreprises sont évaluées et peuvent se faire labelliser sur la base de bonnes pratiques numériques. Les cinq premières à s'être faites labelliser aident à sensibiliser les suivantes. Il s’agit d’une question d’image. En outre, nous espérons que soit bientôt créé, au niveau étatique, un référentiel des bonnes pratiques dans le domaine d’un web plus écologique, avec des règles pour les entreprises à la clé.

Pensez-vous que les lignes vont bouger rapidement ?

C'est relatif... Pour que le sujet soit pris au sérieux, il faut que les entreprises se l'approprient. La Poste le fait déjà, avec des démarches d’auto-conception intégrées dans ses appels d’offre. Les grands groupes doivent montrer l’exemple et mettre en place des écosystèmes numériques plus respectueux de l'environnement. Et puis, partout, les choses bougent ! En Allemagne par exemple, un collectif est en train de monter un projet similaire au notre : le Green software engineering project. On en est aux prémices, mais dans quatre ans déjà, je suis sûr que ces choses seront plus crédibles.



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