Ils ont déclaré la cyberguerre à Daesh : les Anonymous peuvent-il freiner le terrorisme ?

I Publié le 23 Novembre 2015

Comment le groupe de hackers entend-il nuire aux terroristes ? A-t-il des chances d'y parvenir ? Éléments de réponse.


(Crédit : Pierre/Flickr)
(Crédit : Pierre/Flickr)
Quelle riposte immédiate face à Daesh après les attentats meurtriers du 13 novembre ? Si le gouvernement Français a décidé d'intensifier les frappes aériennes de l'armée en Syrie, d'autres optent pour la "cyberguerre". Invisible, souterraine, elle a été déclarée à l'État islamique par le groupe de hackers Anonymous.

"Attendez-vous à de très nombreuses cyberattaques"

Au lendemain des attaques de Paris, le groupe de hackers Anonymous a publié une vidéo en français menaçant clairement l'État islamique.
 
"Nous allons lancer l’opération la plus importante contre vous, attendez-vous à de très nombreuses cyber-attaques. La guerre est déclenchée, préparez-vous, le peuple français est plus fort que tout." déclaraient-ils dans la vidéo.

Dès lundi, les Anonymous ont lancé la riposte promise, en déclarant sur le compte twitter #OpParis avoir fermé plus de 5 500 comptes de membres de Daesh dans la nuit.

Le groupe avait déjà mené une opération similaire après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher en janvier dernier avec le hashtag #OpISIS. Les hackers avaient alors déclaré avoir bloqué des centaines sites, d'adresses e-mail et plus de 9 000 comptes Twitter de présumés membres de Daesh.

La "cyber-guerre" s'amplifie

Et ensuite ? Les cyberactivistes d'Anonymous envisagent de continuer à bloquer les comptes des personnes qui font du prosélytisme pro-Daesh sur les réseaux sociaux, supprimer leurs vidéos des plateformes et rendre leur site inopérant en lançant des attaques dites DDoS. Une technique de hacking consistant à simuler des millions de visites sur un site pour le surcharger et donc le faire fermer temporairement.

Mais les Anonymous veulent aller plus loin. Notamment en rendant publics les comptes en banque - portefeuille Bitcoin - de membres de Daesh. Deux objectifs à cela : chiffrer leur fortune et dénoncer les éventuels États ou particuliers qui les financeraient. Aucune révélation de ce type n'a cependant été faite, ni été revendiquée à ce jour par les Anonymous.

Pour donner une plus grande ampleur à son action, le groupe de cyberactivistes a enfin publié un guide d'autoformation visant à aider les débutants à hacker des comptes de Daesh.
(Crédit : Shutterstock)
(Crédit : Shutterstock)

Une méthode qui peine à faire l'unanimité

Les intentions des Anonymous sont claires : freiner les membres et soutiens de Daesh, qui font aujourd'hui usage des réseaux sociaux pour communiquer, développer leur influence, lever des fonds ou recruter en dehors de leur "frontières". Pour autant, la méthode du plus célèbre des groupes de hackers ne fait pas l'unanimité chez un certains nombre de hackers et de spécialistes du cyberterrorisme.

C'est ce qu'a expliqué le hacker Digital Shadow, du Ghost Security Group, un collectif de piratage entièrement dédié à la lutte en ligne contre l'EI, dans une interview à Motherboard . Lui même ancien membre d'Anonymous, il regrette que le groupe ne se concentre pas davantage sur la prévention des attaques terroristes.

Pour lui, la destruction des comptes des membres de Daesh sur les réseaux sociaux contribue à les ralentir, car ils doivent recréer d'autres compte et réseaux, mais ne les arrête pas. Une manière, au mieux, de contenir leur expansion et leur capacité de propagande numérique... Mais en aucun cas de contribuer à leur chute.

Selon Digital Shadow, la suppression des comptes et e-mails pourrait même avoir des conséquences négatives, en privant les forces anti-terroristes de précieuses informations et métadonnées.

L'EI publie un guide visant à se prémunir des cyberattaques

Le "Ghost Sec.", tel qu'on le surnomme, propose, lui, de récolter le maximum de données et d'informations sur l'État islamique et de les transmettre à des agences de renseignement comme la CIA. Sur leur site, il est possible de signaler des contenus ou des comptes suspectés d'être pro-EI. Ces informations seront ensuite analysées par l'équipe de hacker et, une fois vérifiées, transmises aux autorités compétentes.

Bien que cette méthode ne soit pas légale, elle est appréciée par les services de cybersécurité. C'est en tout cas ce qu'a déclaré l'ancien directeur de la NSA et de la CIA Michael Hayden.

De son côté, l'État islamique indiqué dans un message sur Télégramme (une messagerie instantanée encryptée très prisée des membres de l'EI) que les membres d'Anonymous étaient des "idiots" et ne lui faisaient pas peur. Au passage, Daesh a tout de même publié un guide visant à se prémunir des cyberattaques...


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