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"L’économie circulaire, on commence comment ?"

Rédigé le 11 Septembre 2013 | Lu 3038 fois


Directeur France de l'ONG Green Cross, Nicolas Imbert livre pour Wedemain.fr une série de réflexions et de propositions autour de l'économie circulaire. Voici la seconde de ces cinq chroniques dédiées à ce nouveau paradigme économique au sein duquel rien ne se perd.


"L’économie circulaire, on commence comment ?"
Au menu de la conférence environnementale de rentrée, l'économie circulaire occupera une place de choix. Mais que désigne exactement ce concept et quels espoirs offre-t-il ? Au fil d'une série de cinq chroniques, Nicolas Imbert, directeur exécutif de Green Cross France et Territoires décrypte les atouts économiques, sociaux et écologiques de ce modèle appelé à prendre son envol au XXIe siècle. Découvrez la deuxième d'entre-elles : « L'économie circulaire, on commence comment ? »
 
Plaçons-nous tout d’abord du point de vue du fabricant – quel que soit le produit. Implanté dans l’économie traditionnelle, celui-ci a généralement fait le tour d’un modèle de consommation linéaire et de toutes les solutions allant au-delà des démarches marketing et commerciales : ses gains de productivité ne peuvent plus être améliorés. Pourtant, les matières premières (notamment les métaux, mais aussi l’alimentaire) deviennent de plus en plus chères, difficiles à trouver et sont de qualité inégales. De nouvelles exigences, réglementaires ou réputationnelles, lui demandent d’être plus responsable quant à l’utilisation de ses produits et leur fin de vie. C’est la désormais connue Responsabilité Etendue du Producteur, qui fait qu’on recherche qui est le consommateur et qui est le donneur d’ordre quand une usine insalubre s’effondre au Bengladesh, ou qu’une pollution inédite a lieu sur le fleuve Sénégal.

Une nouvelle exigence sociétale

Souvent initiés par des journalistes d’investigation, des ONGs ou des lanceurs d’alertes indépendants, ces éclairages encore trop peu nombreux permettent cependant de faire bouger significativement les lignes dans nos rapports de consommation. Ils font aujourd’hui commercialement la différence entre les marques qui ont compris et intégré dans leur stratégie d’entreprise ces enjeux et celles qui restent à la traine. Tout fabricant de téléphone portable qui se respecte doit avoir un point de vue sur la reprise de ses produits, son impact sur les ressources de lithium, la prévention de la toxicité du produit en utilisation et en fin de vie. Les meilleurs luttent même contre l’obsolescence programmée, proposent des réparations ou mises à jour supportées et garanties par le fabricant, comme en témoigne l’émergence d’un smartphone équitable et responsable, le fairphone (http://www.fairphone.com ) actuellement en phase de souscription et disponible en fin d’année.

Un atout commercial
 
Pour certains, et en particulier les maisons de luxe, s’engager dans un processus d’économie circulaire est également un moyen de se différencier des marques de grande consommation, et de lutter contre la contrefaçon. Un beau sac à main ou un bagage devient ou redevient un bien patrimonial, que l’on transmet d’une génération à l’autre, que l’on répare (ou bien que l’on peut échanger sur un site en ligne ou dans une ressourcerie). Il est dès lors important de savoir que la boutique de la marque en prendra soin et le réparera si nécessaire, ce qui rend beaucoup moins séduisantes les contrefaçons, et permet de justifier un prix élevé en échange d’une vraie qualité et d’une longue durée de vie.


"L’économie circulaire, on commence comment ?"
Entreprises et consommateurs sont gagnants
 
Voilà qui rejoint les motivations des consommateurs. Car beaucoup d’entre eux ont compris depuis longtemps qu’habiter en centre-ville et skier une fois par an ne justifiait pas l’achat d’une paire de ski, les galères dans les transports, l’entretien et l’obsolescence. Louer plutôt que posséder est devenu courant et socialement assumé, qu’il s’agisse d’un véhicule, d’un équipement sportif, d’un outil ou d’un bien d’équipement. On y voit à la fois la disparition des soucis d’entretien et de stockage, mais aussi la possibilité d’avoir à chaque fois du matériel adapté à ses besoins. L’arrivée d’offres performances et accessibles, à la fois sur internet et en magasins, a permis à ces pratiques de se populariser. Et la location entre particuliers aide à franchir une nouvelle étape, en montrant que la mutualisation des moyens peut aussi être une occasion d’avoir de nouveaux revenus.

Les motivations écologiques et sociétales, comme la volonté de transparence et de responsabilité, sont aussi très présentes. On passe d’une économie de consommation effrénée, avec ses déchets et ses poubelles qui débordent, à une économie dont les mots-clés sont le partage, l’échange, le relationnel et les circuits courts. Sa mise en place fait maigrir les poubelles et libère les placards, tout en ouvrant la porte aux voisins. Elle donne une impression de sérénité, d’innovation, de responsabilité.

Une économie en construction
 
La transition des comportements vers l’économie circulaire n’est en aucun cas binaire, elle est progressive et incrémentale. Il n’y a pas d’un coté les adeptes effrénés de l’économie circulaire et les consuméristes de l’autre. Il y a une évolution progressive des comportements, le passage d’une ère de la propriété exacerbée à la découverte que la notion de propriété n’est pas si importante en soi, et ne conduit directement ni à la prospérité, ni au bonheur. Gardons ce caractère expérimental, cette volonté d’essayer, cette démarche à la fois pionnière, accessible à toutes et tous et que chacun s’approprie. C’est une démarche qui donne du sens à notre consommation, à notre rapport au travail et aux ressources, fossiles ou renouvelables, et finalement à nos vie. C’est enfin une démarche locale, fortement ancrée dans le territoire, qui peut supporter une vision politique et un projet prospectif, en ville comme à la campagne. Et qui, en tant que tel, à autant besoin d’être mise en visibilité par la Conférence Environnementale des 20 et 21 Septembre, qu’intégrée dans les politiques et investissements territoriaux, et portée par des consommateurs, des entrepreneurs et des ONGs. Une véritable co-construction.

Côme Bastin
Journaliste chez We Demain En savoir plus sur cet auteur


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