La vie d'Adèle perd son visa d'exploitation : Au secours, revoilà les puritains !

Par Armelle Oger I Publié le 10 Décembre 2015

En se voyant retirer le droit d'être diffusé en salle, le film d’Abdellatif Kechiche est la nouvelle victime du néo-puritarisme. Ses avocats ? Les intégrismes religieux, mais aussi les réseaux sociaux.


Les actrices Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux (Crédit : DR)
Les actrices Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux (Crédit : DR)
Privé de son visa d’exploitation ! Le film La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche, palme d’or à Cannes, ne peut pour le moment plus être diffusé en salles. Une décision prise par la Cour administrative de Paris le 9 décembre, à la demande de l’association Promouvoir.

Une sacré victoire pour André Bonnet, "l’avocat d’extrême droiture", comme aime se présenter le cofondateur de cette association dont l’objectif est de "promouvoir les valeurs judéo-chrétiennes". Elle a déjà à son actif en juillet dernier, l’interdiction aux moins de 18 ans du film Love de Gaspar Noé et, en 2013, celui de Lars Von Trier, Nymphomaniac.

"Défenseurs des vraies valeurs"

À l’instar de Love, la ministre de la Culture Fleur Pellerin a annoncé qu’elle allait faire appel de cette décision. Reste à savoir si elle sera plus écoutée que dans l'affaire qui avait entouré le film de Gaspar Noé pour lequel elle n’a pas eu gain de cause…

Derrière l’interdiction, même momentanée, de la Vie d’Adèle, deux ans après sa sortie en salle (ce qui constitue une première en la matière), se pose la question de l’écoute donnée aux "défenseurs des vraies valeurs" qui, depuis peu, exercent leur courroux vengeur sur les formes d’expression les plus diverses : cinéma, expositions - l’expo Zizi Sexuel à la Villette a failli être victime de leur ire - photographes ou plasticiens…

L’amorale nudité sous toutes ses formes

Étonnant retour d’un puritanisme lié à la montée des intégrismes religieux, mais dont certains bras armés appartiennent de façon inattendue à l’univers, a priori libéré, des puissants et incontournables réseaux sociaux.

A priori chantres de la liberté de communication et d’expression, Facebook, Instagram, se révèlent en effet être de sourcilleux Père la pudeur traquant l’amorale nudité sous toutes ses formes : la vénérable Tribune de Genève ou encore le New Yorker ont ainsi vu leurs comptes bloqués pour avoir diffusé une reproduction de L’origine du monde de Courbet ou une Ève seins nus en son paradis originel.

Pas la même vigueur vis à vis d’autres "infractions"

De même, les photos de bronzage topless ou de mamans allaitant leur bébé, issues des albums privés des internautes, sont, elles, régulièrement censurées. Une censure dénoncée par le mouvement Free the nipples, qui ne s’exerce pas obligatoirement avec la même implacable vigueur vis à vis d’autres "infractions".

C'est ce que démontre le photographe allemand Olli Walhauer. Ce dernier a publié sur Facebook deux photos : la première mettant en scène une jeune femme nue avec un homme appelant à ne pas "acheter chez les métèques" a été bloquée pour cause de nudité. La seconde, identique, mais avec la jeune femme poitrine couverte est passée, elle, sans problème…


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