Le "Viagra" féminin autorisé aux États-Unis

Par I Publié le 19 Août 2015

L'Agence américaine du médicament a autorisé mardi 18 août la mise sur le marché d'un comprimé augmentant la libido des femmes. Un médicament dont la prise n'est cependant pas sans risques.


(Crédit: Abd allah Foteih/Flickr)
(Crédit: Abd allah Foteih/Flickr)
Le premier "Viagra" féminin va faire son entrée sur le marché. Destiné aux patientes non ménopausées souffrant d'une libido défaillante, le comprimé Addyi de la firme Sprout pharmaceutical a reçu mardi 18 août l'agrément de la Food and Drug Administration (FDA), l'agence américaine des denrées alimentaires et des médicaments.

L'organisme, qui avait rejeté à deux reprises ce médicament en 2010 et 2013, a finalement suivi les recommandations d'un comité consultatif d'experts. Ce dernier s'est exprimé en faveur de sa commercialisation, par 18 voix contre six.

40% des femmmes en hypoactivité sexuelle

Cette autorisation "fournit aux femmes souffrant d'un faible désir sexuel une option de traitement", a déclaré dans un communiqué Janet Woodcock, docteur et directrice du centre d'évaluation et de recherche sur les médicaments de la FDA. Selon plusieurs études médicales, au moins 40% des femmes non ménopausées présenteraient à différents degrés une hypoactivité sexuelle.

L'agence précise que ce dysfonctionnement caractérisé par un faible désir sexuel et source d'angoisse ou de difficultés dans un couple, ne résulte pas de problème médicaux, psychiatriques ou encore d'effets secondaires liés à des médicaments. Ce syndrome peut se développer chez des femmes qui n'avaient pas de problème préalable avec leur libido et peut se produire quel que soit le type d'activités sexuelles ou la situation avec le partenaire.

Découverte accidentelle

L'Addyi agit sur la sérotonine, une hormone jouant un rôle important dans plusieurs fonctions physiologiques comme le sommeil, l'agressivité, les comportements alimentaires et sexuels et la dépression. Les propriétés aphrodisiaques de cette molécule ont été découvertes accidentellement alors qu'elle était testée comme antidépresseur. Une découverte qui rappelle celle du Viagra, qui était à la base destiné à être un médicament pour le cœur.

La décision de la FDA s'appuie sur les résultats de trois essais cliniques menés aux Etats-Unis et au Canada. Ceux-ci ont rassemblé 2400 femmes de 36 ans en moyenne, victimes de ce syndrome de faible désir sexuel depuis cinq ans. Chacune a reçu une dose de 100 milligrammes de la molécule.

Résultat : environ 10% des participantes ont fait part d'une amélioration significative de leur satisfaction dans leurs relations sexuelles, en termes de désir, mais aussi de diminution de l'angoisse, précise la FDA. Toutefois, ce médicament "n'a apparemment pas amélioré les performances sexuelles".

Pétitions féministes

La mise sur le marché de l'Addyi intervient après de nombreux mois d'un lobbyisme intensif de son fabricant, le groupe Sprout Pharmaceuticals. Ce médicament avait même suscité une polémique, différents groupes féministes s'affrontant à coup de pétitions. L'une d'elles, lancée par le collectif Even the Score, accusait la FDA de sexisme en rejetant son approbation à deux reprises, rappelant que le Viagra est commercialisé depuis 1998 pour soigner les dysfonctionnements sexuels masculins. 

Parmi les farouches opposantes à l'Addyi, la psychologue et thérapeute Leonore Tiefer de l'Université de New York accuse les groupes pharmaceutiques de "médicaliser le sexe" pour gagner de l'argent. 

Risques de syncope

Le Flibanserin, commercialisé sous le nom Addyi, ne peut être obtenu que sur ordonnance médicale. La FDA l'a par ailleurs approuvé à condition que Sprout pharmaceutical indique clairement sur une étiquette tous les risques encourus.

Le médicament peut en effet provoquer une importante chute de la tension artérielle, de la somnolence, et même des syncopes. Ces risques sont accrus et plus sévères quand les patients boivent de l'alcool ou prennent certains autres médicaments, ajoute le docteur Janet Woodcock.

"Les patientes et les médecins doivent être pleinement conscients des risques liés à ce médicament avant de décider de le prendre", avertit la responsable de la FDA.
 
Jean-Jacques Valette (avec AFP).
Journaliste à We Demain
@ValetteJJ


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