Le marché du travail en 2045

I Publié le 24 Janvier 2013

Dans un monde où tout converge vers l’automatisation, quelle place restera-t-il à l’humain ? Que ferons-nous quand les robots feront tout ? Steven Cherry a posé ces questions à l’ingénieur informaticien, Moshe Vardi, pour le site IEEE Spectrum.


Crédit Photo : Flickr
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Professeur israélien titulaire de la chaire Karen Ostrum George en ingénierie informatique, Distinguished Service Professor et directeur de l'Institut d'informatique et des technologies de l'information à l’Université Rice aux Etats-Unis, Moshe Vardi pose un regard perplexe face au « tout-automatisé ».
 
Dans les années 1950, l’automatisation a évincé nombre de travailleurs dans les usines. Conséquence première de cette réduction de la main d’œuvre dans les manufactures et dans la construction, nombreux sont ceux à s’être reconvertis comme taxis ou chauffeurs de camions. Jusqu’au jour où... ces véhicules s’auto-piloteront. Watson, le programme d’intelligence artificielle développé par IBM, spécialisé dans l’analyse des questions posées en « langue naturelle », pourrait bien mettre en péril les métiers d’avocats ou de médecins. Que dire des métiers de l’enseignement, de plus en plus court-circuités par Internet et la vidéo. Steven Cherry se demande même si, dans les restaurants, les serveurs existeront toujours lorsque nous passerons commande sur des iPad qui feront office de menus.

Le développement des technologies – impulsé par la loi de Moore qui prône l’augmentation exponentielle de la puissance des ordinateurs et du matériel informatique –, le développement des logiciels et de la robotique préfigurent un dénouement énigmatique. Arrivées à un certain stade de performance, ces machines remplaceront le travail des humains.
 
Dans un article pour The Atlantic Monthly, en octobre dernier, Moshe Vardi se demande si ce futur est inévitable et à quoi ressemblerait nos sociétés. Selon lui « l’inexorable progrès de [l’Intelligence artificielle] après les années 1950, donne raison à Herbert Simon qui écrivait en 1956 que les machines seront capables de faire tout que sait faire l’homme ». Il poursuit : « Je ne m’attends pas à ce que cela se produise dans un futur très proche. Je crois qu’avant 2045, les machines ne seront pas encore aptes à effectuer n’importe quelle tâche, mais qu’au-delà, elles réaliseront une part importante de ce que les hommes savent faire. »
 
Les professions les plus vulnérables entre aujourd’hui et 2045
Le professeur de Rice University observe, comme tout un chacun, les premiers robots faisant le service dans quelques restaurants en Asie. Il l’admet, c’est en train d’arriver. Mais ce sont les métiers routiniers qui arrivent en première ligne. L’industrie reprend aux Etats-Unis, mais sans employer. Bien que Foxonn – groupe industriel taïwanais spécialiste de les technologies – emploie un million d’ouvriers chinois, ce dernier investit lourdement dans la robotique. Les usines vont vers une automatisation de plus en plus prégnante. Ce phénomène n’est pas propre aux sociétés occidentales : il se généralise aussi dans les pays en voie de développement. Et le coût des robots continuera à baisser au gré des cette propagation.

Déjà, les caisses des supermarchés sont automatisées. Bientôt le remplissage des rayons le sera aussi, même les entrepôts le sont. L’agriculture n’est plus un employeur majeur. Les machines autopropulsées, les machines automatisées se sont substituées à l’homme.
 
« Face au progrès qui a marqué la dernière décennie, en particulier dans les domaines de la robotique et de l’automatisation logicielle et face à la grande récession qui a frappé, la question de l’emploi a sensibilisé les gens », explique Moshe Vardi. Les économistes ont eux aussi compris ce qui se jouait et observé une tendance de 30 ans devenue un réel enjeu pour l’emploi : compression des moyens et bas revenus des travailleurs, inégalités croissantes dans l'économie, une part de plus en plus grande de l’économie opposant le capitalisme au prolétariat.

Les emplois qui en réchapperont
Pour Moshe Vardi, il est encore difficile de dire quels types d’emplois et de tâches resteront réservés aux humains en 2045. Selon lui, il est impossible d’imaginer ce que les ordinateurs nous réservent. Jamais la froideur du robot ne remplacera la chaleur du contact humain. Les relations commerciales feront parties des professions sauvegardées. Cependant, les échanges d’humains à humains ne sont pas toujours à l’abri d’être automatisés. L’informaticien constate que dans notre quotidien, nous pouvons déjà anticiper de nombreux changements. Ne serait-ce qu’aux péages d’autoroutes. Quelle est aujourd'hui la proportion de guichets automatiques ?

La machine au service ou contre l'homme
Moshe Vardi soulève l’aspect sociologique de cette robotisation croissante. La population vieillissante sera assistée par des robots. Ainsi, en schématisant, inutile d’avoir des enfants puisqu’au vieil âge, nous n’aurons plus besoin d’eux pour nous aider. Ce monde, où l’androïde prendrait le pas sur l’humain, ressemblerait alors un récit de science fiction.

« Nous semblons développer la technologie aveuglément sans nous inquiéter des conséquences », se soucie l’informaticien. Et de poursuivre : « Nous adoptons la technologie, puis nous en découvrons les conséquences et à ce point, il est très souvent trop tard pour s’en débarrasser. Regardons les automobiles. Elles nous ont permises une quantité immense de commodités. Et maintenant, nous savons que ces automobiles sont néfastes pour nous, pour l’air, pour le climat, pour nos villes. Arrêtons-nous de les utiliser? »
 
L’avenir n’est pas sous contrôle d’après Moshe Vardi. Utopie, contre-utopie, c’est un mystère. « Je pense que nous devrions dès aujourd’hui entamer des conversations à propos du futur », recommande-t-il.
 
À notre tour de s’interroger sur l’obsolescence programmée du travail humain face à une Intelligence artificielle démultipliée… Ou aux alternatives possibles.



1.Posté par James Pope le 25/01/2013 10:46
Ce scénario est décrit dans les oeuvres de science-fiction de l'auteur Iain M. Banks. Il parle d'une société post-pénurie nommée "La Culture". Je vous invite à lire l'article sur Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Culture

Même si ces oeuvres parle d'un futur lointain, je suis de l'avis que nous avons d'ores et déjà la technologie permettant de créer une société post-pénurie, mais cela nécessitera une coordination globale de nos ressources et efforts. Aujourd'hui, ce scénario semble complètement aberrant et irréaliste, malheureusement. Restons optimistes pour le futur, donc !

2.Posté par Seb le 04/06/2013 20:50 (depuis mobile)
La série des Robots d''Asimov annonçaient aussi un changement par les robots, également dans plusieurs de ses nouvelles.
A lire aussi, la fin du travail de Jeremy Riffkin, où il parle déjà de ce phénomène dans les années 90.

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