Le réchauffement climatique pourrait radicalement changer les Everglades de Floride

Récit.

Par Damien Delorme I Publié le 9 Février 2016

Par Damien Delorme, fondateur du projet "Untaking Space".


Damien Delorme parcourt les États-Unis à vélo (Crédit : Damien Delorme)
Damien Delorme parcourt les États-Unis à vélo (Crédit : Damien Delorme)
En 200 jours, un professeur de philosophie de Savoie pédale de Miami à Seattle à la découverte des lieux où s'inventent des alternatives écologiques. Une voyage suivi en temps réel par les élèves de trois classes françaises. Première étape du périple écologique de Damien Delorme : le parc national des Everglades, en Floride.

Fin janvier, Floride.

Je quitte Miami pour les Everglades. Route 9336, intrusif cordon de goudron ouvrant herbes hautes, îlots de cyprès, pinèdes éparses et mangroves jusqu’au Flamingo Visiter Center, centre d’accueil du Parc. Nicole Schaub apparaît ! Par un magnifique hasard j’ai pour interlocutrice une spécialiste du changement climatique parmi les Rangers des Everglades.

Nicole Schaub (Crédit : Damien Delorme)
Nicole Schaub (Crédit : Damien Delorme)
Nicole répond étonnée à ma question des impacts du changement climatique sur le parc :
"On sait que le Parc National des Everglades est sérieusement menacé par la montée du niveau des océans. Si l’eau monte d'un mètre, comme le prévoient certains scénarios, alors ce sera 60 % du parc qui disparaîtra sous l’eau salée ! Et la route que tu as empruntée et qui mène ici est à une altitude d’un mètre. Mais, si on sait que les effets vont être désastreux, il est difficile d’identifier le changement climatique comme cause de changements au quotidien".

Elle me montre une prairie côtière longeant le Lac Ingraham, à l’extrême ouest de la pointe des Everglades : "Ici, on est déjà passé d’une prairie humide en eau douce à un recouvrement d’eau salée, ce qui a changé radicalement l’écosystème." 

C’est la grande menace qui plane sur le parc. Zone humide classée au patrimoine mondiale de l’UNESCO en 1979, les Everglades forment un écosystème d’une richesse aussi exceptionnelle que fragile.

Le Parc national des Everglades se situe à l'extrême sud de la Floride (Crédit : Google Maps)
Le Parc national des Everglades se situe à l'extrême sud de la Floride (Crédit : Google Maps)
Les menaces dues au développement humain ne manquent pas. Aujourd’hui, le principal défi est celui de l’équilibre entre développement urbain (Miami), agriculture intensive (lac Okeechobee et Homestead) et préservation de l’alimentation en eau nécessaire à l’écosystème des Everglades. Les drainages alimentant Miami et sa région représentent en effet d’énormes détournements d’eau douce vers l’océan : 5,6 milliards de litres chaque jour !
 
À LIRE AUSSI : 10 000 kilomètres à vélo à la découverte de 30 "écotopies" américaines

Rendre visible la montée des océans (Crédit : Damien Delorme)
Rendre visible la montée des océans (Crédit : Damien Delorme)

Effacer les dégâts causés par le développement urbain

Captages pour l’irrigation, pollutions chimiques dues à l’agriculture intensive perturbent l’équilibre du milieu. Le taux de mercure dans l’eau (l’un des plus élevés des USA ) et la pollution aux phosphates liés aux fertilisants de l’industrie agricole des années 90 ont obligé l’État de Floride à adopter en 2000 le Comprehensive Everglades Restoration Plan "le plus grand projet de restauration d’un écosystème hydrologique jamais entrepris aux États-Unis"  : 10,5 milliards de dollars sur 35 ans censés effacer par l’ingénierie les dégâts causés par le développement urbain et agricole des 50 dernières années !

Les terres humides du parc (Crédit : Damien Delorme)
Les terres humides du parc (Crédit : Damien Delorme)
Les niveaux d’eau et les taux de pollution se sont améliorés, certaines populations ont retrouvé du dynamisme (crocodiles tropicaux par exemple). Mais quid d’une interrogation sur les causes profondes des destructions successives des écosystèmes ? La technique, poison hier, sera-t-elle le remède de demain ? Jamais n’est posée frontalement la question de la relation d’extériorité et de domination des humains avec la nature, à l’origine de ce système insoutenable.

La danse du monde aux Everglades (Crédit : Damien Delorme)
La danse du monde aux Everglades (Crédit : Damien Delorme)
Nicole, elle, est bien consciente de ces contradictions fondamentales :
 
"Nous ne savons pas vivre en équilibre avec la nature, mais on essaie de construire cet équilibre dans le parc entre restauration, conservation et sensibilisation. Et si nous réussissons ici, alors on peut réussir partout ! " conclut-elle.

Mais qu’entend-elle par "nature" ?
 
"Ce qui est étonnant c’est que la nature, c’est aussi nous. On a voulu nous faire croire que l’homme était séparé d’elle, mais on voit bien que cela ne marche pas. La nature c’est tout ce qui existe. Et j’espère que nous allons comprendre cela bien vite" .

La perturbation du système (Crédit : Damien Delorme)
La perturbation du système (Crédit : Damien Delorme)

"Les consciences sont en train de changer"

Nicole a récemment repris espoir dans la possibilité de faire face au changement climatique : "Les consciences sont en train de changer" , les climato-sceptiques sont mis face au "consensus de 97 % de la communauté scientifique internationale et nier les faits ne relève que d’une résistance ou d’une stratégie perdue d’avance". "Et plus je côtoie la nature plus je suis émerveillée par sa puissance et sa résilience"

Cet émerveillement contribuera sûrement à transformer les comportements :
 
"À la fin de ma conférence, je demande aux visiteurs : et vous qu’allez-vous changer en rentrant chez vous ? Vous allez manger moins de viande ? Vous allez réfléchir avant de prendre votre voiture ?"

Damien Delorme avant son départ (Crédit : Damien Delorme)
Damien Delorme avant son départ (Crédit : Damien Delorme)
​Les parcs nationaux sont des chevaux de Troie au sein d’un système fédéral américain par ailleurs tellement en accointance avec le capitalisme des énergies fossiles ! Des écotopies au sens où ils construisent, à partir des ancrages patrimoniaux, une alternative déjà forte de tout le réseau de parcs !

Et cela se fait contre la norme dominante de l’État fédéral, par minorisation dirait Deleuze, c’est-à-dire occupation d’un espace marginal où une légitimité sociale autorise à faire bouger les normes… "
Mais à part nous, qu’est-ce que tu vas voir comme écotopie ?" me demande Nicole ! Grande fierté, j’ai une fan parmi les Rangers !


Pour retrouver l'interview de Damien Delorme avant son départ, c'est ici.
Et pour suivre son voyage via son blog,
ici.






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