Le robot français Nao, futur prof de langues des enfants de réfugiés ?

Par I Publié le 20 Janvier 2016

Permettre à ce robot d'enseigner l'allemand ou l'anglais : c'est l'objectif du programme européen L2tor. Mais pour y parvenir, les chercheurs devront améliorer l'intelligence sociale de Nao.


Le robot Nao au repos (Crédit : Jiuguang Wang/Wikimedia Commons)
Le robot Nao au repos (Crédit : Jiuguang Wang/Wikimedia Commons)
Configurer un petit robot pour aider les enfants de réfugiés à apprendre l’allemand ou l'anglais : C’est l’objectif du projet de recherche européen L2tor (prononcez El Tutor, pour "Second language tutoring using social robots"). Lancé début janvier et financé à hauteur de trois millions d’euros par l’Union européenne pour trois ans, ce programme est le fruit d’une collaboration entre des universités allemande, turque, néerlandaise, britannique et l’entreprise française Aldebaran Robotics, qui commercialise le robot humanoïde Nao.
 
Faire de Nao un professeur de langue permettrait, selon les chercheurs participant à l'opération, d'apporter une solution éducative aux migrants, dont le nombre ne cesse de croître en Europe, particulièrement en Allemagne. Outre-Rhin, plus d’un million de migrants sont arrivés en 2015.
 
"Cela signifie que notre pays va devoir accueillir, au total, 300 000 nouveaux élèves sur les bancs de son école en 2016, et parmi eux des enfants qui devront maitriser l’allemand rapidement afin de pouvoir s’intégrer plus facilement", explique Stefan Kopp, chargé du projet L2tor à l’université de Bielefeld, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
 
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Problème : À l’instar de ses pays voisins, l'Allemagne ne prévoit pas de créer "les 30 000 postes d’enseignants supplémentaires nécessaires" à cet afflux, poursuit le chercheur, qui propose :
 
"Pourquoi ne pas compléter l’offre pédagogique par des robots programmés et développés spécialement pour aider les enfants ?"

Stefan Kopp, chercheur membre du projet L2tor, à la faculté des "Social Cognitive Systems" (Crédit : Uni Bielefeld)
Stefan Kopp, chercheur membre du projet L2tor, à la faculté des "Social Cognitive Systems" (Crédit : Uni Bielefeld)

Améliorer les capacités émotionnelles et cognitives du robot

Si le robot Nao parvient déjà à assimiler des connaissances et à les enseigner, il n'est pas encore doué d'une intelligence sociale suffisante pour le faire en s'adaptant aux besoins de chaque enfant. Pendant trois ans, les chercheurs vont donc travailler à améliorer son intelligence cognitive et émotionnelle. Et ainsi permettre à ce robot de 58 centimètres de réagir "naturellement" aux comportements des élèves. Le tout avec une voix d’enfant, en accentuant certains mots et avec une gestuelle paraissant aussi spontanée que possible.
 
"Le robot et l'élève apprendront la langue grâce à un logiciel éducatif programmé sur tablette. Ils se demanderont ensemble comment s'appellent les arbres, les animaux ou les objets représentés sur celle-ci, quelle est leur couleur...", prédit Stefan Kopp.

Et de pointer les avantages d'une relation enfant-robot dans l'apprentissage d'une langue :
 
"L'avantage de ce jouet intelligent, c'est que quel que soit l'enfant, il ne perd jamais patience, n'est jamais fatigué, et se souvient toujours de ce qu'il lui a dit. Et en prime, il captive l'attention de l'enfant !"

Nao avec un enfant (Crédit : Uni Bielefeld)
Nao avec un enfant (Crédit : Uni Bielefeld)

"Imaginez ce que 6 000 euros représentent par rapport à l'embauche d'un enseignant !"

À chaque pays ses compétences. Le pôle de recherche allemand développe l'intelligence sociale de Nao, tandis que les universités de Plymouth et Tilburg (Angleterre) améliorent ses expressions faciales. Des scientifiques d'Utrecht (Pays-Bas), se focalisent sur son expression verbale, pendant que des linguistes et psychologues d'Istanbul (Turquie), cherchent à améliorer ses capacités linguistiques. 
 
"Au total, nous sommes une vingtaine de personnes à tester ce programme, avec trois ou quatre écoles maternelles et crèches partenaires par pays, précise Stefan Kopp. Après une première année d'étude en laboratoire et dans ces établissements, nous serons en mesure de développer le programme adéquat dès 2017."
Le programme devrait enfin permettre la mise au point d'un démonstrateur. Avant, espèrent ses participants, la commercialisation de ce professeur de langue robotisé, pour un prix compris entre 5 000 et 6 000 euros pièce. Pour le chercheur allemand, ce tarif est une aubaine :
 
" Il n'est bien sûr pas souhaitable de remplacer les professeurs et pédagogues par des robots, mais imaginez ce que 6 000 euros représentent par rapport à l'embauche d'un enseignant ! Avec plusieurs de ces robots par classe, nous pourrions soulager tout le monde rapidement : les enseignants, les élèves, leurs parents, mais aussi l'État."


Nao en interaction avec des enfants (Crédit : Aldebaran Robotics)
Nao en interaction avec des enfants (Crédit : Aldebaran Robotics)
Une innovation qui serait également la bienvenue pour l'Union européenne, à la recherche de solutions pour faire face à l'arrivée massive de réfugiés. Les conclusions qui seront tirées d'L2tor, espèrent les chercheurs membres du programme, seront au moins l'occasion de susciter un "vrai débat publique" sur les enjeux éducatifs et migratoires auxquels il vise à répondre.






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