Laurent Alexandre
Laurent Alexandre est Chirurgien-urologue et neurobiologiste, fondateur de Doctissimo, Président de... En savoir plus sur cet auteur

"Les révolutionnaires de la Silicon Valley vont balayer le corps médical"

Par I Publié le 12 Janvier 2016

CHRONIQUE. Par Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo et DNAVision.


Laurent Alexandre (Crédit : DR)
Laurent Alexandre (Crédit : DR)
Après un tweet musclé publié le 30 septembre, Luc Ferry a déclenché une violente polémique avec le corps médical : "Un médecin se vante d’ignorer ce que signifient les “NBIC”. Honnêtement, il ferait mieux de retourner à la fac ou de changer de métier…" Ils ont été nombreux à répliquer virilement, agacés par le ton de l’ancien ministre de l’Éducation nationale.

"On peut être un bon médecin et ignorer la signification de NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives)", lui ont répondu certains docteurs. Pas du tout intimidé, il a relancé la polémique :
 
"Tant que nos médecins ignoreront les nouvelles technologies NBIC, nous serons en danger. La formation continue est un devoir, pas un luxe !"

Certes, les propos de Luc Ferry étaient un peu vifs. Mais sur le fond, il est inquiétant que les médecins présents sur Twitter – a priori les mieux informés – ignorent la grande révolution technologique à l’œuvre ; et étonnant que les philosophes soient plus en avance qu’eux dans la compréhension du tsunami qui se prépare. Dans un premier temps, le plus grand danger n’est pas tant pour les malades que pour les médecins eux-mêmes. En effet, les NBIC et notamment la génomique vont redistribuer le pouvoir médical.

"Le pouvoir médical passera aux mains des concepteurs des logiciels"

D’ici à 2030, plus aucun diagnostic médical ne pourra être fait sans système expert. Il y aura un million de fois plus de données dans un dossier médical qu’aujourd’hui. Cette révolution est le fruit du développement parallèle de la génomique, des neurosciences et des objets connectés.

Aujourd’hui, une appli iPhone réalise aussi bien que les médecins le diagnostic des cancers de la peau à partir de photos réalisées avec l’appareil. Avant 2020, aucun dermatologue n’égalera ce type d’applications, dont le coût sera inférieur à 1 dollar. Des pans entiers de la médecine vont ainsi basculer hors du champ de la décision humaine. L’éthique médicale ne sera plus le produit explicite du cerveau du médecin : elle sera produite plus ou moins implicitement par le système expert. Le pouvoir médical et éthique passera aux mains des concepteurs des logiciels.

Pourtant, les médecins ignorent la redistribution des cartes à l’œuvre au profit des géants du net : les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), IBM et Microsoft seront les maîtres de cette nouvelle médecine. Au lieu de se moquer des technoprophètes comme Luc Ferry, les médecins feraient bien de structurer leur riposte.

"La manipulation du génome humain sera opérationnelle avant 2025"

Le séquençage ADN est le premier moteur de cette évolution : l’analyse génomique d’une seule tumeur exige, par exemple, le traitement de 20 000 milliards d’informations. Et, derrière la lecture de l’ADN, arrive sa manipulation. Ces derniers mois, les technologies d’édition du génome ont fait de grands progrès, et les premières manipulations génétiques d’embryons humains ont débuté.

Une équipe chinoise a publié, le 18 avril, des modifications génétiques sur 86 embryons humains, destinées à corriger une mutation responsable d’une maladie du sang, la bêta-thalassémie. Le 5 octobre, l’équipe de George Church, à Harvard, a publié la manipulation réussie de 62 gènes sur des cellules de cochons, pour permettre la transplantation de leurs organes chez l’homme.

Cette expérimentation a impressionné la communauté scientifique par le nombre de gènes modifiés simultanément. La manipulation du génome humain sera parfaitement opérationnelle avant 2025 et n’aura aucune limite technologique. Les médecins ont tort de s’insurger contre Luc Ferry qui les invite à suivre ces sujets qui vont transformer leur exercice.

Comme toujours, les groupes sociaux n’anticipent pas les ruptures technologiques. Kodak n’a pas cru à la photo numérique. Microsoft n’a pas cru aux smartphones. Les taxis n’ont pas vu arriver Uber. Les médecins ne voient pas que le déferlement des NBIC et des GAFA va fracasser leurs certitudes.

"Aucun médecin n’a jamais voulu tuer la mort, Google oui  !"

Le corps médical n’est pourtant pas à blâmer. Si Kodak, avec ses milliers d’ingénieurs et de prospectivistes, n’a pas vu arriver la photo sur smartphone et en est mort, pourquoi exigerait-on de médecins isolés chacun dans leur cabinet qu’ils lisent dans le futur ? Il est vrai que l’entrée de Google et des transhumanistes dans la santé est un choc inattendu pour le corps médical, un changement radical de perspective.

Les dirigeants de Google prônent l’adoption enthousiaste des NBIC, qui deviennent le cœur de l’économie mondiale, pour changer l’humanité. Aucun médecin n’a jamais voulu tuer la mort, Google oui ! Max Weber expliquait : "La révolution n’est pas un carrosse dont on peut descendre à volonté." C’est également vrai pour celle des NBIC. Nous, médecins, sommes des petits-bourgeois qui ne voient pas arriver les révolutionnaires de la Silicon Valley. Cette révolution va nous balayer. 

Chronique extraite de We Demain n°12    

Laurent Alexandre est Chirurgien-urologue et neurobiologiste, fondateur de Doctissimo, Président de DNAvision. 

@dr_l_alexandre 
laurent.alexandre@dnavision.be


Du plus récent au plus ancien | Du plus ancien au plus récent

25.Posté par archimédius le 24/02/2016 22:45
Bonjour,
Quelques mots pour tempérer les propos de Mr Alexandre. Qui assène aujourd'hui ses propos comme des vérités absolues sans trop de contradicteurs . il va finir par stresser tout le monde . L homme est également un " animal " social, et même si les pratiques changent , le contact humain dans le diagnostic l accompagnement et les solutions à envisager resteront, à mon sens, tout aussi importante que la fiabilité du diagnostic.

Car de la même manière je vous ai entendu parler d une course entre l IA ( la multiplication de la puissance de l IA rendu facile par le contenant de l intelligence en silicium) et cerveau humain, perdue d' avance par l humain . C est quand même oublier que les humains ne sont pas des à machines à algorithmes mais des êtres pensant ayant conscience d eux même , siège d émotions et de sentiments, de métaphysique , demandez à un robot si il aime la musique si cela lui procure de la joie ou autre chose ..

1 2
Nouveau commentaire :
Facebook Twitter





WEDEMAIN.FR SUR VOTRE MOBILE