Marie-Monique Robin : "l’agroécologie permettrait de nourrir l’humanité"

Par Isabelle Bono I Publié le 16 Novembre 2012


Marie-Monique Robin : "l’agroécologie permettrait de nourrir l’humanité"
Dans son dernier documentaire Les moissons du futur, la journaliste d’investigation Marie-Monique Robin explique les raisons qui font qu’aujourd’hui 925 millions de personnes ne mangent pas à leur faim. Après avoir enquêté aux quatre coins du monde, elle montre que rien n’est inéluctable et qu’il existe des alternatives pour résoudre la question alimentaire en respectant l’environnement et les ressources naturelles. La preuve par A+B que l’agroécologie et les circuits courts permettraient de garantir la sécurité alimentaire de tous en redonnant aux paysans un rôle clé. Marie-Monique Robin a répondu aux questions de We Demain après la projection de son film à Draguignan.

We Demain : Après Le monde selon Monsanto et Notre poison quotidien, comment en êtes vous venu à enquêter sur l’agroécologie?
Tout a commencé sur un plateau de télévision où Jean-René Buisson (le président de l’Association nationale de l’industrie agro-alimentaire) expliquait qu’il n’y avait pas d’alternative aux pesticides. Selon lui, le passage à une agriculture bio entraînerait une baisse de la production de 40 % et une augmentation des prix de 50 %. Un discours majoritairement relayé par les médias, alors que le rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation des Nations unies, Olivier de Schutter, prétend exactement le contraire. C’est cette contradiction qui m’a décidé à enquêter. 

A qui a donné raison votre enquête?
Je me suis aperçu que le discours des industriels est totalement faux. En commençant ce film, j’espérais ainsi découvrir un modèle qui marche, qui pallierait une perte de rendement, par un modèle durable et bénéfique à la planète. Mon voyage est plein d’espoir. Il montre que s’il y avait une vraie volonté politique, en 4 ou 5 ans, tout serait réglé. L’agroécologie permettrait de nourrir l’humanité et serait une solution durable pour nourrir les 9 milliards d’humains attendus en 2050. À l’inverse des idées reçues, l’agriculture industrielle actuelle ne produit actuellement que 30 % de l’alimentation mondiale. 

Quels sont vos souvenirs marquants de ce tour du monde à la rencontre des agiculteurs ?
J’ai fait des rencontres inattendues : un grand céréalier américain au bout du rouleau, qui avoue à ma grande surprise que les OGM ne sont pas si rentables et lui font craindre pour sa santé. En Allemagne, certains producteurs ayant franchi le pas de l'agroécologie sont beaucoup plus productifs. Il s'agit d'une culture savante qui doit être encouragée et soutenue. L'enjeu de la réforme de la PAC en France est de partir d’un modèle conventionnel chimique qui appelle à un soutien des paysans, car il faut refaire une santé au sol avant qu’il devienne rentable et qu’il dépasse même les rendements conventionnels. Les pays du sud n’ont pas ce problème de désintoxication des sols puisqu’ils utilisent beaucoup moins de chimie. Le problème est la déforestation ou l’appauvrissement des sols. Il est urgent de mettre en place une agroécologie rentable au plus vite. 

Qu'entend-t-on exactement par agroécologie ?
C’est une agriculture non chimique basée sur l’équilibre des écosystèmes, sans monoculture c'est à dire avec des associations de plantes et de cultures complémentaires. Une légumineuse qui capte l’azote de l’air nourrit les cultures dans une chimie naturelle. En fonction des cultures recherchées on peut imaginer les meilleurs mariages de plantes locales. Il faut des ingénieurs agronomes qui travaillent avec les paysans et dans les champs. C'est ce qu'on fait les Allemands. Je le montre dans mon documentaire. Dans les lycées agricoles, ce film bouleverse les idées reçues. Ce sont aussi des emplois non délocalisables pour une refonte des marchés privilégiant les circuits courts.

Les consciences évoluent-elles sur le sujet?
Oui, le mouvement prend de l’ampleur. De plus en plus de gens passent aux circuits courts. Pour encourager cette transition, il faut stopper la pression sur les paysans et enclencher une véritable politique de soutient en faveur de l’agroécologie. Que va-t-on faire des 9 milliards d’euros cette année avec la réforme de la PAC? Nous avons besoin de soutenir les maraîchers, les jeunes des lycées agricoles voulant s’installer autrement, mais aussi d'arrêter les agrocarburants qui vont affamer le monde. Malheureusement, ceux qui continuent d’utiliser des semences hybrides sont obligés d’utiliser des pesticides.

Certaines plantes font déjà de la résistance, comme l’amarante.
L’amarante est résistante au roundup et fait le désespoir des américain, mais elle est pleine de protéines et les mexicains en font d’excellentes recettes ! 
 
Est-ce difficile de monter un documentaire comme celui-ci ?
Mon film a été en partie financé par 2 200 souscripteurs (NDLR : budget total, 580 000 €). C’est la première fois que cette participation est proposée au public et ça a été un succès. Chaque souscripteur pré-achète le DVD du documentaire et a un accès privé à mon carnet de voyage sur mon blog. Grâce à eux et à des chaines partenaires comme Arte, cette production  est indépendante.
 
Vous travaillez déjà à votre prochaine enquête?
Oui, un documentaire qui s’appellera Sacrée croissance. Il y a déjà de nombreux souscripteurs! Il parlera des alternatives au dogme de la croissance. Qu’est ce que la croissance? Dans un monde limité peut-on avoir une croissance illimitée? Je vais donc me pencher sur l’accroissance. Je préfère ce mot à celui de décroissance. Il est plus positif. Comment expliquer aux gens que cet indice économique est devenu un dogme politique absolu alors que les ressources de notre planète sont sérieusement entamées? J’irai chercher les alternatives économiques et pratiques, qui dessinent un autre mode de pensée et permettent d’agir ensemble pour inverser la tendance. Je voudrais mobiliser non plus contre mais pour quelque chose !

Propos reccueillis par Isabelle Bono.
 
 


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