Pour envoyer le "technocrate parfait" à l'Élysée, ils créent le Uber de la politique citoyenne

Par I Publié le 7 Mars 2016

Deux entrepreneurs du web lancent l'application Baztille, sur laquelle les citoyens peuvent débattre des enjeux d'avenir et élaborer un programme. "We Demain" s'est entretenu avec l'un de ses fondateurs, Grégory Isabelli.


La prise de la Bastille en 1789 (Crédit : Jean-Pierre-Louis-Laurent Houel/Wikipedia Commons)
La prise de la Bastille en 1789 (Crédit : Jean-Pierre-Louis-Laurent Houel/Wikipedia Commons)
Pour eux, la démocratie parlementaire, c’est "un logiciel périmé". Eux, ce sont deux amis parisiens, Grégory Isabelli et Thibaut Villemont, qui ont lancé en octobre 2015 l’application Baztille avec un troisième partenaire, Thomas Boureau.
 
Persuadés qu’il "faut changer la méthode plutôt que les idées", ces deux entrepreneurs du web ont alors décidé de créer un "service beau, sympa, ergonomique et ludique". Un outil "inspiré de start-up comme Uber", mais qui permettrait la constitution d’un "véritable parti politique", raconte Grégory Isabelli :

 
"Nous proposons à nos utilisateurs de s’exprimer politiquement par le biais de notre plateforme plutôt qu’en allant militer dans un parti X ou Y.  Le numérique a disrupté tous les secteurs en peu de temps : je ne vois pas pourquoi la politique y échapperait".

Grégory Isabelli (Crédit : DR)
Grégory Isabelli (Crédit : DR)
Ancien militant écolo, ce webmaster d’un site de jeux en ligne a ainsi tenu à créer un objet plutôt qu’une "idéologie". Un objet par le biais duquel ses membres, c’est-à-dire les utilisateurs qui ont gratuitement téléchargé l’appli, peuvent soulever des questions de société, s’exprimer et débattre, tout en obtenant  des points "de reconnaissance" pour chacun de ces engagements sur la plateforme. L’idée est ensuite de les faire voter.
 
Chaque vendredi à 14 heures, la "question de la semaine" est retenue. Jusqu’au jeudi suivant à la même heure, les utilisateurs y apportent leurs réponses – celle qui obtient le plus de voix devient l’une des revendications politiques de Baztille. Le tout, grâce au principe du vote "par approbation", "comme sur les réseaux sociaux, quand l’algorithme fait remonter le post le plus consensuel", détaille Grégory Isabelli :
 
"Nous avons choisi ce mode de fonctionnement pour ne pas que le citoyen se sente dépassé et qu’il ait encore le sentiment que la politique se fait sans lui : une question par semaine, cela lui laisse le temps de réfléchir et de faire ses choix", précise le fondateur.

Ces choix sont ceux que les membres de Baztille – ils sont pour l’heure environ 350 - ambitionnent ensuite de faire entendre sur la scène politique. Avant 2017, ils espèrent ainsi devenir un mouvement de masse – "et non un énième parti militant", glisse Grégory Isabelli, assez puissant pour propulser l’un de leurs membres dans la course à la présidence française.
 
"Ce que nous voulons provoquer, c’est un éveil : qu’il s’agisse d’un futur candidat à la présidentielle ou d’élus estampillés Baztille, l’idée est de créer le relai technique idéal pour le technocrate parfait : quelqu’un qui n’arrive pas avec son idéologie, mais qui respecte les décisions d’une communauté de citoyens", souligne le fondateur.
 
Et si ces mêmes décisions s’avéraient par moments "néfastes" pour la démocratie ? "Alors elle seraient quand même appliquées, répond-il, même si le parti pris est fort : je préfère que les citoyens aient enfin l’impression d’être à nouveau entendus et retrouvent la confiance en leurs institutions démocratiques."


Thibaut Villemont (Crédit : DR)
Thibaut Villemont (Crédit : DR)
À l’instar de plusieurs autres mouvements citoyens émergents, comme Ma Voix, l’un des objectifs de Baztille est ainsi d’introduire "une dose de démocratie directe dans les institutions, pour ressortir l’expression directe d’une envie populaire au sein du débat national".

La particularité que revendique ce mouvement ? Avoir d'abord créé un outil avant de fédérer une communauté. "En 2014, quand nous avons vu que nous allions vraisemblablement avoir le choix entre François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen en 2017, j’ai partagé mon inquiétude avec plusieurs réseaux de militants et de citoyens qui se retrouvaient autour de tables rondes, se souvient Grégory Isabelli. L’idée est de renverser cela et de fédérer une communauté horizontale autour d’un outil commun. Quelque chose qui empêche la prise de pouvoir verticale."


L'interface de Baztille (Crédit : DR)
L'interface de Baztille (Crédit : DR)
Une démarche qui intéressera, il l’espère, "plusieurs millions d’utilisateurs, même à l’international". À base de questionnaires sur les réseaux sociaux et de bouche à oreille, les fondateurs de Baztille entendent dans un premier temps lancer une phase de croissance de leur communauté, notamment en se faisant connaître des Français "qui vivent en zones rurales". En 2017, ils envisagent ensuite d'initier une campagne de crowdfunding, afin que les citoyens financent eux-mêmes leur parti. 

Si ses fondateurs parviennent à leurs fins, Baztille pourrait alors constituer "une alternative aux extrêmes, vers lesquels ces habitants se tournent par manque d’écoute". Une vision loin d’être utopique à leurs yeux : "La lassitude extrême et les nombreux mouvements citoyens qui émergent sont autant de signes qui indiquent que nous allons connaître un sursaut politique. Si ce n’est pas Baztille, ce sera l’un de ces nouveaux projets qui va taper dans le mille." 







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