Pourquoi le changement climatique n’est pas (encore) une fatalité

Par I Publié le 9 Juillet 2013

C'est l'Agence internationale de l'énergie qui l'affirme : limiter le réchauffement climatique à 2°C est encore possible. Mieux, c'est rentable. L'organisme propose un scénario en quatre axes pour y parvenir.


Pourquoi le changement climatique n’est pas (encore) une fatalité
Alors que chacun se réjouit de l’arrivée tant attendue du soleil, voilà qui pourrait gâcher la fête. L’Organisation météorologique mondiale vient de publier un rapport de synthèse intitulé « Le climat dans le monde 2001-2010  : une décennie d’extrêmes climatiques ». Et le bilan est sans appel : la première décennie du XXIème siècle est la plus chaude jamais observée depuis la mise en place des systèmes modernes de relevés de températures. Neuf des années de la période caracolent en tête du top 10 des plus hot depuis 1850...
 
375 000 victimes directes du changement climatique
 
Conséquence directe de cette montée des températures à la surface du globe : la multiplication des catastrophes climatiques. Citons pêle-mêle la vague de chaleur de 2003 en Europe (66 000 morts), celle de 2010 en Russie (55 000 morts), le cyclone Nargis (13 8000 morts), l’ouragan Katrina, les inondations au Pakistan et les sécheresses en Australie, Amazone, et Afrique de l’Est. Bilan : 375 000 victimes directes du changement climatique, 20% de plus que sur la décennie précédente. Ce sont les vagues de chaleur qui contribuent le plus à cette hausse, avec une augmentation exponentielle de 2 300 %  du nombre de décès ! Plus durs à chiffrer, les dommages matériels se compteraient en dizaine de milliards de dollars.
 
Tous les experts s'accordent à dire que si le seuil critique de +2°C était dépassé, le pire serait encore à venir. Via les gaz à effet de serre, l’incidence dite « anthropique » des activités humaines sur le phénomène ne fait plus aucun doute. Pourtant, le défaitisme est parfois de mise. On connaît la chanson : la Chine, le Brésil et l’Inde se ficheraient bien de la fonte des glaces, et les pays développés seraient incapables d’imposer une régulation mondiale. Nous serions donc condamnés à rester bras ballants devant la maison qui brûle.

Principales vagues de chaleur sur la période 2001-2010. Source OMM.
Principales vagues de chaleur sur la période 2001-2010. Source OMM.
Le secteur de l’énergie est la clé
 
Un autre rapport récent – celui-là émanant de l’Agence internationale de l’énergie (IEA) – pourrait donner du fil à retordre aux fatalistes de tout bords. Pour l’institution, limiter la hausse de la température a 2°C reste un objectif techniquement crédible, pour peu que des mesures intensives soient prises avant 2020. Le secteur de l’énergie, responsable de plus des deux tiers des émissions de gaz à effet de serre, pourrait être le fer de lance de cette mobilisation mondiale. En quatre grandes lignes directrices, l'IEA propose un scénario chiffré et réaliste qui permettrait d'éviter de dépasser le seuil fatidique.
 
Premier axe : l’efficacité énergétique. Dans le bâtiment d’abord, ou de nouveaux standards de construction doivent être imposés en termes d’éclairage et de régulation thermique pour limiter la consommation d’énergie. L’industrie, en particulier l’automobile, pourrait elle aussi contribuer à réduire la facture énergétique globale. Au total, c’est 50% des économies qui pourraient êtres réalisées par ce biais.
 
L’agence préconise ensuite de limiter fortement la construction et l’utilisation des centrales au charbon les moins performantes, en privilégiant les énergies renouvelables et le gaz naturel. Ce second axe pèse pour 20% dans le plan de limitation des émissions de gaz à effet de serre.
 
S’attaquer au rejet de méthane par les industries pétrolières et gazières permettrait de faire 20% d’économies supplémentaires. Des technologies abordables sont déjà disponibles pour cela. Enfin, la suppression progressive des subventions aux énergies fossiles permettrait de trouver les 10% restants.

La Chine a déjà commencé à produire une énergie plus propre !
La Chine a déjà commencé à produire une énergie plus propre !
Retours sur investissement
 
Plus encourageant encore, cette mutation énergétique pourrait rapporter. Car si la politique énergétique préconisée par l’agence demande de mettre de l’argent sur la table, ces financements sont chiffrables et rentables à moyen terme. Ainsi, dans le scénario prospectif du rapport, la croissance mondiale est estimée à 1,5% en Europe et 7,7% en Chine sur la période 2012-2020.  Et à l’horizon 2035, le secteur énergétique obtient un large retour sur les investissement engagés.

À l’inverse, l'explosion du prix de l'énergie, la multiplication des désastres écologiques, et la destruction des infrastructures impliquées par un hausse trop élevée des températures pourraient se payer très cher. Quoi qu'imprévisible par nature, le coût du réchauffement climatique dépassera selon l'IEA à coup sûr les petites économies réalisées en évitant de prendre les mesures qui s’imposent.
 
Le calcul est vite fait. D’ailleurs, des signes avant-coureurs de changement existent. Même si elle reste encore largement dépendante d'énergies polluantes, la Chine est à l’avant-garde des économies d’énergie et du renouvelable. Pékin et Washington viennent même de signer un accord prévoyant de réduire les émissions de Co2 des véhicules lourds, de l'industrie manufacturière, et des centrales au charbon. Un programme qui va dans le sens du plan de l'IEA. 

Certes, nous sommes encore loin du compte. Un tel plan demanderait le courage et le réalisme de sortir des logiques de court terme qui prévalent trop souvent. Mais tout l'intérêt du rapport est de montrer que ni les moyens techniques ni la logique comptable ne sont des obstacles au changement.

L'Agence internationale de l'énergie présente son scénario.



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