Revenu universel, un rêve pas si fou ?

Par Éric Tariant I Publié le 4 Décembre 2013

La crise, le chômage, les fins de mois plus que difficiles, la misère... et si la solution résidait dans une allocation de base versée à tous sans aucune condition ? Idée folle ? Pas pour ceux qui ont tenté ou mis en place une telle expérience en Namibie, au Canada, au Brésil, en Alaska. Pas pour les politiques français qui, d’Alain Madelin à Daniel Cohn-Bendit, s’y sont déclarés favorables. Ni même pour les Suisses : la pétition pour un tel revenu a largement dépassé les 100000 signatures.


L'idée d'un revenu de base gagne en crédit et en popularité
L'idée d'un revenu de base gagne en crédit et en popularité
Après le succès de la pétition suisse, c’est une pétition européenne qui vient d’être lancée pour le revenu de base. Objectif : 1 million de signatures pour que la Commission européenne étudie l’idée d’un revenu universel sur tout le Vieux continent. Alors que dans le monde les voies se multiplient pour faire du revenu un droit humain, découvrez l’article consacré à la question dans We Demain n°5 !

 

Pétition pour un revenu de base, Suisse
Pétition pour un revenu de base, Suisse
« Quel travail feriez-vous si votre revenu était assuré ? » Écrite en lettres blanches sur fond doré, la question figurait au verso d’une carte postale reçue en Suisse par
 des milliers de personnes. Les auteurs
 de la missive sont Enno Schmidt, un artiste vivant en Suisse alémanique, et Daniel Häni, le directeur d’un centre social et culturel sis à Bâle. Les deux hommes sont d’ardents défenseurs du revenu de base : un revenu inconditionnel, cumulable avec d’autres, qui serait versé à tout citoyen,
 de sa naissance à sa mort, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie. Häni et Schmidt sont les réalisateurs
 d’un film à succès, Le Revenu de base.
 Une impulsion culturelle, sorti en 2008, qui a été sous-titré en dix langues.

Les principaux objectifs du revenu 
de base ou revenus d’existence ? Éradiquer la pauvreté, réduire les inégalités et 
les injustices sociales, émanciper l’individu. Il s’agit d’un véritable changement
 de paradigme visant à sortir du cauchemar d’une « société de travail sans travail ». De faire un pas de côté pour tenter de trouver une issue au cycle fou de la croissance – véritable syndrome du hamster tournant en rond dans sa cage – pour réduire notre empreinte écologique et cesser de détruire les hommes et les écosystèmes. « Dans un pays riche comme le nôtre, chaque individu doit avoir accès aux biens et services essentiels », insiste Baptiste Mylondo, essayiste et enseignant en économie et philosophie politique.

Émancipation des individus

Pour que ce revenu ait un sens et libère de la misère, il faut qu’il soit suffisant, insiste le philosophe écologiste André Gorz, qui s’est rallié à l’idée à la fin des années 1990. Car seul un revenu suffisant permet de refuser les emplois indignes
 et pénibles tout en donnant aux individus « les moyens de se prendre en charge ».
 Des chiffres? Yoland Bresson, fondateur de l’Association pour l’instauration 
du revenu d’existence, propose 330 euros par personne et par mois ; le collectif
 Pour un revenu social, universel
 et inconditionnel (Pours), un montant de 1000 euros; tandis que Bernard 
Friot, héraut du salaire à vie, réclame, lui, 1500 euros mensuels minimum.

Depuis quelques années, l’idée 
du revenu de base essaime un peu partout à la surface du globe : au Brésil, en Inde, en Namibie, mais aussi en Europe, où des banderilles ont été plantées avec plus ou moins de succès en Finlande, en Espagne et en Suisse. « Et si la révolution du revenu de base venait de Suisse? », s’interrogeait, en mai dernier, le journaliste et activiste Stanislas Jourdan sur le site Internet Revenudebase.info. Une initiative populaire pour un revenu de base y a 
été lancée en avril 2012. Le but ? Assurer
 à tout citoyen un revenu mensuel de
 2500 francs suisses (environ 2000 euros). En juillet dernier, un mois avant la clôture de la phase de collecte, les organisateurs avaient recueilli 125000 signatures, plus que le seuil des 100 000 paraphes requis.

Un revenu de base, pas d'angoisse existentielle, peut-on lire sur les pancartes de ces manifestants, à Berlin.
Un revenu de base, pas d'angoisse existentielle, peut-on lire sur les pancartes de ces manifestants, à Berlin.
« Le revenu de base est une réponse à la situation d’insécurité économique que nous traversons. Il constitue aussi le socle d’une émancipation des individus. Quand on dispose d’un revenu de base, on peut
 se lancer, créer et entreprendre sans souci de la rentabilité immédiate de son projet », souligne Ralph Kundig, le président de BIEN-Suisse, une association fondée en 2001 à Genève et affiliée au Basic Income Earth Network (BIEN) mondial.
« La Suisse joue un peu le rôle de thermomètre en Europe où les citoyens sont privés d’outils démocratiques équivalents.
 »
Le projet de loi qui naîtra de cette pétition sera soumis, dans un second temps, au peuple suisse par voie de référendum dans un délai d’un à cinq ans. L’introduction d’un revenu de base au sein d’une des économies les plus riches et les plus développées de la planète peut surprendre. Pied de nez de la démocratie directe ? « La Suisse joue un peu le rôle de thermomètre en Europe où les citoyens sont privés d’outils démocratiques équivalents.
 La question d’un revenu de base se pose aussi en Suisse parce qu’il existe d’importantes disparités de revenus », note Ralph Kundig. De 7 % à 8 % des citoyens enviro y vivent en effet sous le seuil de pauvreté.

Réaffecter les dépenses sociales

L’initiative a-t-elle des chances d’aboutir ? …

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