Santé et réchauffement climatique : quelles maladies faut-il redouter ?

Par I Publié le 10 Décembre 2015

Chaque année, 250 000 décès sont causés par le réchauffement de la planète. Dans le cadre de la COP21, huit experts ont fait le point sur ces pathologies déjà amplifiées par le changement climatique.


Animée par Christine Ockrent, la conférence "Changement climatique et santé" du 1er décembre a rassemblé huit scientifiques, médecins et professeurs. (Crédit : We Demain)
Animée par Christine Ockrent, la conférence "Changement climatique et santé" du 1er décembre a rassemblé huit scientifiques, médecins et professeurs. (Crédit : We Demain)

"La Terre souffre d'une fièvre chronique. En médecine, on appelle ça une fébricule, une fièvre qu'on laisse traîner par négligence et qui entraîne des complications graves", explique Jean-Louis Étienne. Le médecin explorateur était présent, le 1er décembre sur le site du Bourget, pour discuter des effets du changement climatique sur notre santé avec sept autres experts dans le cadre de la COP21.

Leurs conclusions sont unanimes : les conséquences du réchauffement en termes de santé publique sont déjà là, avec près de 250 000 décès attribuables aux changements de notre climat.

Zoom sur cinq catégories de maladies dont la fréquence risque de s'accroître considérablement ces prochaines années.


Affections cardiovasculaires et pulmonaires

En 2003, la canicule avait entraîné 70 000 décès en Europe, principalement des personnes âgées atteintes d'insuffisance respiratoire. De même, la grande vague de froid de l'hiver 1985 en France avait créé une surmortalité de plus de 13 %, essentiellement due à des pneumonies, des accidents vasculaires cérébraux et des infarctus du myocarde.

Or de tels épisodes, canicules et vagues de froid, devraient se reproduire de façon plus intense et régulière dans les années à venir. Dans le monde, le nombre de catastrophes naturelles liées à la météo a plus que triplé depuis les années 1960.

Allergies et asthme

Ces mêmes vagues de chaleur et de froid favorisent les pics de pollution : augmentation des concentrations de dioxyde de soufre, ozone, dioxyde d'azote et de particules fines dans l'air. Autant de polluants à l'origine de nombreuses allergies, mais aussi de l'asthme, une maladie qui touche 300 millions de personnes dans le monde.

Durant la seule année 2014, en région parisienne, on a dénombré 16 jours de dépassement des seuils de pollution atmosphérique, notamment à cause de niveaux élevés de particules fines, les fameuses PM10, qui pénètrent au plus profond de notre système pulmonaire.


Maladies infectieuses et parasitaires

Le changement climatique devrait également modifier la répartition géographique des maladies vectorielles (véhiculées par certains insectes et acariens). Déjà, on observe une remontée vers le nord de nombreux insectes porteurs de maladies, dont le moustique tigre qui est désormais solidement implanté en France. Dès 2010, des cas autochtones de dengue et d'autres de chikungunya y ont été détectés et attribués à ce moustique.

Maladies hydriques

Les inondations et les sécheresses compromettent la salubrité de l'eau, ce qui augmente le risque de choléra, dysenterie et autres maladies diarrhéiques. Celles-ci tuent 2,2 millions de personnes chaque année, dont 600 000 enfants de moins de cinq ans.

Une tendance qui promet de s'accélérer si le réchauffement de la planète n'est pas enrayé. Selon l'American journal of tropical medicine and hygiene, d'ici 2090, le changement climatique devrait doubler la fréquence des sécheresses extrêmes et multiplier par six leur durée moyenne.

Troubles psychologiques

Pour le professeur Robert Barouki, il faut ajouter à tout cela les impacts psychologiques des catastrophes : "Les stress climatiques, explique-t-il, interagissent avec d'autres stress comme ceux liés aux polluants ou aux stress psychologiques et pourraient principalement affecter les individus les plus vulnérables".

Le neurologue François Boller, quant à lui, rappelle que de nombreuses études font désormais le lien entre la pollution de l'air des métropoles et des troubles cognitifs et psychiatriques tels l'anxiété, la démence ou l'autisme.

"Plus on vit sainement, mieux c'est pour la planète"

Si ce panorama peut paraître bien sombre, les scientifiques s'accordent sur un fait : ils ne sont dus à aucune fatalité. Au contraire, ces menaces sur la santé publique doivent nous rendre conscients du caractère concret du changement climatique et nous encourager à l'enrayer.
 
"Nous sommes un peu comme le fumeur qui se dit qu'il ne tombera jamais malade" explique le le docteur Patrice Halimi, secrétaire général de l'Association France Environnement Santé.

Les experts s'accordent sur un autre constat : les mesures de protection de l'environnement ont des conséquences positives sur notre santé, que ce soit la limitation des pesticides, la lutte contre l'étalement urbain ou bien contre la déforestation. Certaines de ces politiques ont même des effets immédiats comme les mesures contre la pollution de l'air.

Si de nombreux programmes de recherche, comme la détection des contaminants par capteurs atmosphériques, ont été soutenus ces dernières années par les pouvoirs publics, il leur revient à présent de prendre des décisions courageuses.

Enfin, au niveau individuel, chacun peut agir. En dépolluant son intérieur et en consommant des produits bio, par exemple, détaille le professeur Halimi, car "plus on vit sainement, mieux c'est pour la planète".


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