Super-patate : résistante au sel, une arme contre la malnutrition

Par I Publié le 9 Mars 2015

À l'extrême nord des Pays-Bas, un agriculteur a trouvé une pomme de terre rebelle qui résiste au sel. De quoi aider à résoudre un fléau : dans le monde, un dixième des terres irriguées est endommagé par le sel, ce qui menace la sécurité alimentaire.


Marc van Rijsselberghe et ses patates (DR)
Marc van Rijsselberghe et ses patates (DR)
Les patates de Marc van Rijsselberghe ne sont pas boostées aux supers engrais. Pourtant, sur la terre riche en sel de cet îlot bosselé peuplé d'ovins, elles prospèrent. À la différence de la majorité des plantes, le tubercule cultivé par cet agriculteur ne craint pas l’eau salée. Une rareté qui pourrait apporter des solutions précieuses au problème de la malnutrition dans le monde.

Marc van Rijsselberghe (DR)
Marc van Rijsselberghe (DR)
Car selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), un dixième des terres irriguées est endommagé par le sel, ce qui menace les récoltes. Les terres côtières (chargées en eau de mer) et arides (où s'accumule le sel de l'eau utilisée pour les irriguer) sont les plus exposées à ce problème dont souffrent 250 millions d'humains.

Betteraves rouges et moyens souterrains

Partout dans le monde, agriculteurs et chercheurs cherchent des solutions à ce problème. En Allemagne, par exemple, le professeur Rainer Hedrich de l’Université Julius Maximilian de Würzburg, cherche à créer artificiellement de nouvelles variétés de céréales. Pour ce faire, il étudie actuellement les caractéristiques des plantes capables d'absorber le sel. À l'image des betteraves rouges, ces dernières peuvent en stocker davantage que la moyenne, ce qui permet à leurs cellules de se développer sans entrave.

D’autres techniques existent depuis bien longtemps. C'est le cas de la lixiviation, le fait de donner un peu plus d’eau que nécessaire aux cultures. Ou encore du drainage, qui évacue l’eau saline au moyen de tuyaux souterrains. Sans oublier l’irrigation par aspersion... Mais pas de quoi répondre au problème de la salinité des sols à grande échelle.

Une idée à rebours des usages courants

Marc van Rijsselberghe, lui, a pris à contre-pied les solutions existantes. Au lieu de chercher à bloquer ou éliminer l’eau salée, comme c'est le cas partout dans le monde, il l’a utilisée, naturellement, afin d'isoler une variété de tubercules supportant le sel.

Épaulé sur ce projet par Arjen de Vos, chercheur à l’Université Libre d’Amsterdam (Vrije Universiteit Amsterdam), il a pour cela séparé les lots de terre de son exploitation. Les deux hommes ont alors pu étudier six concentrés de sels différents dans les eaux utilisées pour irriguer ces parcelles : de l’eau douce et ses 7 000 milligrammes de chlorure par litre, jusqu’à l'eau de vasière, hautement concentrée en sel. Le tout à partir d’un système informatisé.

L'agriculteur dans ses champs de pommes de terre (DR)
L'agriculteur dans ses champs de pommes de terre (DR)
Les deux bataves, qui, selon le Guardian, se décrivent comme "de doux fous qui espèrent changer les choses " , trouvent finalement le mélange qui convient à leur variété ancienne de patates : 1 900 milligrammes de chlorure, soit un concentré équivalent à 10 % d’eau de mer. Leurs patates ont même continué à pousser avec 20 % d’eau salée, ce qui paraissait jusqu'alors improbable. Mieux, elles sont plus chargées en sel et en sucre, ce qui leur confère un meilleur goût, malgré leur taille plus réduite. "Au départ, nous n’en avons parlé à personne", confie à la BBC Arjen de Vos.
 

Des patates hollandaises en terre pakistanaise

Cette découverte a déjà été récompensée par le USAid, un concours du gouvernement américain visant à soutenir les projets de développement. Les tubercules de Marc van Rijsselberghe ont ainsi été préférées à 560 projets concurrents, venus de 90 pays.
 
Reste à présent à tester cette solution ailleurs que sur l'île de Texel. Quatre plants de patate ont d'ores et déjà été envoyés au Pakistan, où ils sont actuellement cultivés dans différents champs et sur d’autres sols. Si l’expérience s’avère concluante, d'immenses surfaces de terres en jachère pourraient être utilisées.

La recette de l'agriculteur de la mer du Nord pourrait ainsi participer à lutter contre le phénomène croissant de salinisation des sols, accentué par les dérèglements climatiques. Selon une étude de l’Institut pour l’eau, l’environnement et la santé au sein de l’Université des Nations Unies, 1 à 2 % des terres cultivées à travers le monde disparaîtraient chaque année.

Lara Charmeil
Journaliste à WE DEMAIN
@LaraCharmeil







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