Végétalisation des villes : les Français en redemandent, la sécu aurait 3,4 milliards à y gagner

Par Emilie Dehu I Publié le 29 Mars 2016

Une étude révèle que les Français accordent de plus en plus d'importance à la végétalisation des villes. Les conséquences pour la santé seraient bénéfiques, y compris pour le budget de la sécurité sociale. Problème : l’investissement est local, alors que le bénéfice revient essentiellement à l'État.


Jardin des plantes de Nantes ( Crédit : MacMaster/FlickR )
Jardin des plantes de Nantes ( Crédit : MacMaster/FlickR )
Coquelicots ou Verveine ? Les Parisiens étaient nombreux, le 16 mars, dans le parc de Bercy, à venir profiter d'une distribution de graines organisée par la mairie de Paris, dans le cadre de l'opération "Des graines à tous les étages". Pour Pénélope Komitès, adjointe à la mairie de Paris chargée des espaces verts, de la nature et de la protection de la biodiversité, il est urgent de "passer d'un environnement minéral à un modèle beaucoup plus végétal. Les Parisiens sont très friands de cette végétalisation".

Cette tendance, désormais bien comprise des services municipaux, est confirmée par la récente publication d'une étude IFOP pour l'Union nationale des entreprises du paysage (UNEP), intitulée "Ville en vert, ville en vie : Un nouveau modèle de société". Un sondage qui révèle le fort intérêt des Français pour les espaces verts : Habiter à proximité d'un espace vert est un critère important pour plus de huit sondés sur dix. Et pour six Français sur dix, la création de nouveaux espaces verts doit être la priorité numéro un des municipalités.

Making Money ( Crédit : 401K - 2012/FlickR )
Making Money ( Crédit : 401K - 2012/FlickR )

La végétalisation serait bonne pour le budget de la sécurité sociale

Il est désormais avéré que les espaces verts sont importants pour la santé mentale et physique : ce sont des espaces de détente, des refuges aux îlots de chaleur urbains, dont la végétation aide à absorber une partie du dioxyde de carbone présent dans l'air des villes. Mais ils sont aussi "une source d'économie pour la sécurité sociale !", précise Pascal Franchomme, vice-président et porte parole de l’UNEP.

À l'appui de cette bonne nouvelle, le vice-président de l'UNEP cite un rapport de l’UKNEA (United Kingdom National Ecosystem Assessment). Cette organisation a réalisé une étude sur la nature et les écosystèmes, en terme de coûts et de bénéfices pour le développement des activités économiques et le bien-être des hommes. Dans ce rapport publié en 2014, le département de la santé britannique estime que l'augmentation des espaces verts pourrait réduire les coûts de santé nationaux de plus de 2 milliards de livres sterling par an (2 549 394 millions d'euros) en proposant un accès immédiat aux espaces verts à la population qui en est exclue. "Soit environ 340 euros par personne ! ", extrapole Pascal Franchomme.
 
"On sait aujourd'hui qu'un tiers des Français n'a pas un accès immédiat à un espace vert. Cela représente environ 20 millions de personnes. En partant du principe qu'une moitié d'entre eux se déplace pour y accéder, il reste tout de même 10 millions de Français qui ne se déplacent pas, mais dont la santé pourrait être améliorée par la proximité d'un espace vert. Cela représenterait une économie pour la sécurité sociale de 3,4 milliards par an !"

De nombreuses communes ont déjà compris les enjeux environnementaux et sociétaux de la végétalisation. Mais selon Marc Lacaille, président de l'Adivet (l'association des toitures végétales), en 2015, seuls 1,3 millions de mètres carrés de toitures ont été végétalisées (ainsi que 10 000 mètres carrés de façades) sur un potentiel total de végétalisation de quatre à cinq millions de mètres carrés par an en France. 

S'il est rentable, comment expliquer alors que cet investissement, bénéfique pour la santé, n'intéresse pas davantage élus et promoteurs ? Selon Pascal Franchomme, ces derniers n'ont pour l'heure "aucun moyen" de bénéficier des économies réalisées par la sécurité sociale et donc d'espérer un retour sur investissement - si ce n'est une augmentation de l'attraction pour leur ville : "C'est une équation économique qui n'est pas facile à résoudre. Il s'agit là de structures qui n'ont pas d'échanges financiers, et ne peuvent donc pas partager les bénéfices issus d'opérations de végétalisation." 

Art in the City - Variations (crédit : Jean Paul Ganem )
Art in the City - Variations (crédit : Jean Paul Ganem )

Faciliter la communication entre les professionnels de santé et les communes

Comment alors tenter de résoudre cette équation ? En "mobilisant les énergies disponibles pour faciliter la communication entre les professionnels de santé et les communes, et tenter de définir de quelle manière tout le monde pourrait tirer profit d'une augmentation des espaces verts", explique Pascal Franchomme. Pour y parvenir et trouver des solutions concrètes, l'UNEP a créé en 2015 un groupe de réflexion auquel participe notamment l'association Élus, santé publique et territoires, composée d’élus issus de professions médicales.
 
Pour Pascal Franchomme, le gouvernement pourrait par exemple aider à la création d'espaces verts en mettant en place des "incitations fiscales positives" : "Proposer un crédit d'impôt pour les communes serait plus efficace que de pénaliser celles qui ne le font pas. Les amendes infligées à ces dernières sont souvent bien inférieures au coût de l'investissement attendu de leur part, et donc peu incitatives."

L'UNEP effectue également, en tant qu'association, une démarche de lobbying envers les ministères de l'environnement, de l'agriculture, des finances et bientôt de la santé. "C'est un long combat que nous avons entamé. Les espaces verts devraient être une priorité, pour le climat, et pour la santé." 

De même, l'Adivet
 se bat pour que la nouvelle loi du code de l'urbanisme, entrée en vigueur en janvier - et dont une réforme sur la biodiversité est prévue au cours de l'année -, "donne une place reconnue au bâtiment végétalisé. Aujourd'hui, il n'existe qu'un article à ce sujet, qui interdit de les interdire" déplore son président Marc Lacaille.

Haut-jardin de la série Game of Thrones, un idéal de ville végétal pour les français ( Crédit : UNEP )
Haut-jardin de la série Game of Thrones, un idéal de ville végétal pour les français ( Crédit : UNEP )

Les villes les plus dynamiques en matière de végétalisation

Sur le terrain, certaines municipalités ont déjà fait le pari de la végétalisation. We Demain a demandé à Pascal Franchomme, vice-président de l'UNEP, de nous livrer son top cinq personnel des villes en matière de végétalisation. Un palmarès que ce dernier modère toutefois  : "Beaucoup de villes sont aujourd'hui actives au niveau des espaces verts, mais de façons différentes, car elles n'ont pas le même patrimoine de départ, ni la même histoire."


Ile de Nantes ( Crédit : i44/Ville de Nantes )
Ile de Nantes ( Crédit : i44/Ville de Nantes )

Championnes de la superficie d'espaces verts : Angers et Nantes

"Angers propose 51 m2 d'espace vert par habitant, ce qui est deux fois plus que la moyenne nationale. De plus son budget dédié aux espaces verts représente 5 % du budget de la municipalité (contre 1,2 % en moyenne en France). Ce n'est pas un hasard si les Pays de la Loire sont si attentifs au sujet. C'est une région de production horticole et de pépinières. Il y a une production locale, des écoles, des paysagistes, et des architectes fortement sensibilisés. C'est lié à un ensemble de compétences au niveau régional et à la sensibilisation des élus."
 

Courbevoie ( Crédit : Akiry/Wikimedia commons )
Courbevoie ( Crédit : Akiry/Wikimedia commons )

Championne de l'investissement dans de nouveaux espaces verts : Courbevoie

" Il y avait très peu d’espaces verts dans cette ville accolée à la Défense, et donc un vrai besoin de trouver de l'espace pour en créer. Ils augmentent aujourd’hui significativement."

Jardin éphémère Nancy 2011 ( Crédit : La Lorraine numérique )
Jardin éphémère Nancy 2011 ( Crédit : La Lorraine numérique )

Championne du jardin 2.0 : Nancy

" La ville a mis en place tout un parcours de promenade ponctué de "flashcodes". Un observatoire à destination des citoyens où chacun peut découvrir ou redécouvrir l'histoire d'un arbre remarquable ou encore de végétaux courants, mais méconnus. Ce système présente un intérêt culturel et ludique. C'est une démarche différente de valorisation du patrimoine, pour se réapproprier les plantes et leurs utilisations, parfois oubliées en ce début de XXIème siècle. Il y a d'autres villes dans cet esprit : Montpellier, Marseille, Lyon, ou encore Angers."

Un jardin partagé de Marseille ( Crédit : Papotager d'Isabeille )
Un jardin partagé de Marseille ( Crédit : Papotager d'Isabeille )

Championne des jardins partagés : Marseille

"Marseille est une ville qui a besoin de lien social. Sur ce territoire ensoleillé, l'idée est de donner aux gens la possibilité de se retrouver, et de franchir ensemble les difficultés de cultiver une terre aride. Il y a une réelle volonté de la ville et des associations, et grâce à cela, Marseille compte aujourd'hui 57 jardins partagés où se retrouvent les habitants."

Moutain Tower, projet de l'architecte Vincent Callebaut pour la ville de Paris ( Crédit : Vincent Callebaut )
Moutain Tower, projet de l'architecte Vincent Callebaut pour la ville de Paris ( Crédit : Vincent Callebaut )

Championne de l'innovation : Paris

"Paris a une approche nouvelle de la végétalisation. Que le projet "Paris 2050 smart city" ait été remporté par Vincent Callebaut (architecte verdoyant) est très intéressant. Il faut proposer dans la capitale des solutions pour végétaliser les espaces disponibles au sol, mais le véritable défi est la végétalisation verticale. C'est une approche nouvelle, tout comme l'opération "Paris-culteurs " qui propose aux citoyens de participer à l'étendue de 100 ha de toitures végétalisées d'ici 2020, dont un tiers destinés à la production agricole."
 
" C'est une petite révolution que l'on cherche dans la capitale à trouver des moyens de production agricoles différents de ce qui existe aujourd'hui.
Il y a une volonté politique de la ville au départ, qui va devoir convaincre les habitants et les propriétaires de l'accompagner dans la réalisation de cette végétalisation. C'est nouveau pour la ville, et ce n'est pas simple à mettre en oeuvre, mais une si forte densité de population nécessite l'existence de poumons verts pour se ressourcer." 

Sachet de graines de Coquelicots de la Mairie de Paris ( Crédit : Emilie Dehu )
Sachet de graines de Coquelicots de la Mairie de Paris ( Crédit : Emilie Dehu )
Pour les Parisiens qui veulent se lancer à titre individuel, les sachets de l’opération "Des graines à tous les étages" de la mairie de Paris sont disponibles gratuitement dans les mairies d'arrondissement, et des tutoriels à disposition sur le site de la municipalité . À noter lors de la distribution au Parc de Bercy, un succès particulier de la verveine.

Les différents projets en cours peuvent être observés sur cette carte interactive de l'obervatoire des villes vertes.


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