[diaporama] À la rencontre de la jeunesse rock du Sahara

Par I Publié le 24 Juillet 2014

Arnaud Contreras a photographié la culture rock là où on ne l'attend pas : dans les déserts du Sahara et du Sahel. Rencontre avec une jeunesse à la vie rythmée par l'insécurité, les guitares électriques et Facebook.



We Demain : Comment en êtes-vous venu à rencontrer la culture rock dans le Sahel ?
 
Arnaud Contreras : En 1999, j'ai monté un projet documentaire qui se nomme Sahara Fragile. L'idée était de mettre en valeur les patrimoines culturels sahariens. Une partie de ce travail concernait les patrimoines immatériels, les chants, les contes, les musiques traditionnelles. Au fil des voyages, des tournages et reportages, j'ai découvert avec des gens qui avaient mon âge la musique qu'ils écoutaient, leur style de vie. Le Sahara, ses habitants, sont dans le présent, pas dans le passé. Je me suis aussi « détaché » du désert. J'aime faire des kilomètres en brousse, mais j'aime aussi arpenter les villes sahariennes, leurs banlieues. Une vraie culture s'y développe.

C'est dans ces escales que le « rock » et le « blues » sahariens sont nés, même si je trouve difficile de plaquer une étiquette sur ces musiques, ces styles de vie. Certains sont des virtuoses hyper sages, on pourrait tout aussi bien les nommer « musiciens symphonique ». D'autres ont un style musical complètement destroy, une vie complètement destroy, on pourrait les appeler des « punks ». Mon livre se nomme « Sahara Rocks ! »  car j'ai l'intention de transmettre le double sens du mot rock : la musique, mais aussi le fait que le Sahara bouge, tremble, est en pleine mutation.

Le désert, c'est « No Future » ?
 
Non, pas du tout. La jeunesse saharienne fourmille de projets, est inscrite dans la modernité. J'ai envie de les mettre en avant dans le livre. Les populations sahariennes vivent une période compliquée, mais ce n'est pas la première. Le fait que les occidentaux ne peuvent plus trop s'y rendre en ce moment déforme complètement le regard projeté sur cette région. Je garde toujours à l'esprit que le moment où les touristes, ONG, journalistes ont pu se rendre sans grande contrainte au Sahara n'a duré qu'une quarantaine d'années. Une parenthèse. Rien au regard de la riche histoire saharienne.
Mon livre se nomme « Sahara Rocks ! » car j'ai l'intention de transmettre le double sens du mot rock : la musique, mais aussi le fait que le Sahara bouge, tremble, est en pleine mutation.
Beaucoup de gens ont les compétences au Sahara de faire évoluer leur région. Sans nous, ou bien avec nous, à distance. C'est un moment important, un passage de relais. Beaucoup sont connectés au monde via leurs téléphones portables, ordinateurs. Ils écoutent des musiques, regardent des films et émissions du monde entier. Mais cela ne veut pas dire qu'ils ont envie de venir dans nos pays. Beaucoup ont envie de remuer leur région, d'aider toute une partie des populations sahariennes qui vivent dans des campements isolés, de promouvoir l'éducation et la santé. 

De quoi rêvent ces jeunes et comment vivent-ils leur identité ?

Il est difficile de parler d'une identité saharienne. On entend beaucoup parler des Kel Tamasheq (touaregs), mais au Sahara il y a beaucoup d'autres identités : les Songhaï, les Maures, les Berabiches, les Peuls, les Sahraoui... Ils ont tous leurs propres cultures et traditions. Ils ont tous leurs interprétations de la modernité. Les jeunes au Sahara et au Sahel ont les mêmes rêves matérialistes que les jeunes en Occident. Des rêves de réussite, de bien-être. La grande différence c'est qu'ils vivent dans une insécurité permanente. D'abord une insécurité climatique, alimentaire. L'insécurité géopolitique est beaucoup plus présente dans les articles de nos hebdomadaires européens que dans les conversations quotidiennes sahariennes. Tous ces thèmes sont présents dans leur musique et leurs combats ... et leur profil Facebook.
 
Vous lancez une campagne de crowdfunding. Avec quel objectif ?

L'argent de la collecte Ulule va me permettre de contribuer à la publication de mon livre « Sahara Rocks ! » et de faire encore des reportages là-bas, à la rencontre de personnes que je veux vraiment inclure dans cette histoire. Je pense qu'il est important que mon livre soit publié maintenant car une fausse image est en train de se développer autour du Sahara et du Sahel. On entend parler que des mauvaises nouvelles en provenance du désert...  Un vrai hold up des « spécialistes » en sécurité. Tout n'est pas rose, tous ne sont des anges, mais condamner des millions de personnes elles-mêmes otages d'une situation est trop facile. En 2014, toute une jeunesse se lève, entreprend, et fait danser le monde entier au son de ses guitares électriques.
 
Tout n'est pas rose, tous ne sont des anges, mais condamner des millions de personnes elles-mêmes otages d'une situation est trop facile. En 2014, toute une jeunesse se lève, entreprend, et fait danser le monde entier au son de ses guitares électriques.


Arnaud Contreras a lancé une campagne de crowdfunding pour financer « Sahara Rocks ! » : un livre sur le Sahara d’aujourd’hui, sa jeunesse, ses musiciens, leurs combats. Pour y participer et précommander un exemplaire de l'ouvrage, c'est ici.

Côme Bastin
Journaliste We Demain
Twitter : @Côme_Bastin


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