Société-Économie

(3) J'ai été "vendeuse" à la boutique sans argent

Par Sandra Franrenet I Publié le 22 Janvier 2016


La boutique sans argent compte une centaine de passages quotidiens (Crédit : Ingrid Hoffmann)
La boutique sans argent compte une centaine de passages quotidiens (Crédit : Ingrid Hoffmann)
À l’instar de cette sympathique Parisienne, beaucoup d’usagers se sentent plus légitimes pour prendre lorsqu’ils ont préalablement donné. Pour les mettre à l’aise, la directrice répète à l’envi qu’il n’est pas nécessaire de se délester pour repartir les mains pleines. Il n’empêche, les objets entrants sont pour l’heure plus nombreux que ceux qui sortent.

Pour éviter de se laisser envahir par une marée d’articles, la boutique n’accepte pas plus que l’équivalent d’une valise cabine. Malgré ces restrictions, la file des donateurs ne désemplit pas. Parmi eux, Jean-Michel, 15 ans, se dirige vers moi muni d’un grand sac en plastique rempli par sa maman.

Je l’invite à me suivre pour en dresser l’inventaire puis classer ses affaires : les vêtements d’enfants dans le premier bac, les vêtements d’adultes dans le deuxième, les chaussures, le linge, les ustensiles de cuisine et les autres accessoires dans le troisième. Ces contenus seront disposés sur les étagères sitôt ces dernières clairsemées.

Des chaussures presque neuves (Crédit : Ingrid Hoffmann)
Des chaussures presque neuves (Crédit : Ingrid Hoffmann)

"Je gagne moins mais paradoxalement je vis mieux"

Pendant que je m’affaire, un trentenaire hésite longuement avant de remplir sa besace d’un saladier "pour ranger [sa] bouffe au frigo" et d’un presse-citron "pour se purifier le foie". "Le plus bizarre, ce n’est pas de partir sans payer mais de ne rien devoir en partant. Il y a quelque chose de l’ordre du jugement que j’ai du mal à expliquer", confie-t-il avant de m’expliquer qu’il doit sa venue à une récente prise de conscience consécutive à une baisse de son niveau de vie :
 
"J’ai été contraint de m’interroger sur ma manière de consommer. Aujourd’hui, je gagne moins, mais paradoxalement je vis mieux."

Piquée par ses propos, je lui demande s’il aurait eu la même réflexion en conservant son pouvoir d’achat. "Sans doute pas, répond-il après quelques secondes de silence. C’est bien ça qui est triste. Je pense qu’à un moment, il faut avoir besoin de compter pour se remettre en cause. "Reste à espérer que la boutique sans argent contribuera à faire évoluer les mentalités de tous ceux qui n’ont « pas besoin de compter". Avec une centaine de passages quotidiens, il est permis de l’espérer. 

Sandra Franrenet.

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