Société-Économie

(4) Imitons la nature ! L'industrie française au défi du biomimétisme

Par I Publié le 8 Septembre 2016


(2) Calquées sur la forme des nageoires de la baleine à bosse, les pales crantées permettent aux éoliennes des gains de production d'énergie de l'ordre de 20 %. (Crédit : Robert Clark)
(2) Calquées sur la forme des nageoires de la baleine à bosse, les pales crantées permettent aux éoliennes des gains de production d'énergie de l'ordre de 20 %. (Crédit : Robert Clark)
Le gouvernement français n’entend plus passer à côté de telles opportunités. Il regarde le modèle allemand, où le biomimétisme est enseigné dans dix-huit établissements supérieurs (contre seulement un, à Cergy-Pontoise, en France) et où il bénéficie d’un soutien public à la recherche : trois ministères (Industrie, Recherche et Écologie) ont distribué plus de 75 millions d’euros de financement.

En mars 2015, Ségolène Royal a inauguré le Centre européen d’excellence en biomimétisme (CEEBIOS), à Senlis, où les ingénieurs peuvent venir se former et échanger sur leurs découvertes. Deux mois plus tard, l’Association française de normalisation (AFNOR) publiait deux nouvelles normes : ISO 18 458 "Biomimétique – Terminologie, concepts et méthodologie" et ISO 18 459 "Optimisation biomimétique".

Biomimétisme et innovation responsable

Autant d’initiatives qui visent à booster la recherche et développement inspirée de la nature. Celle-ci mobilise aujourd’hui 90 équipes françaises. Les grandes entreprises se sont positionnées dans différents secteurs : l’énergie (Total et la photosynthèse artificielle), l’automobile (Saint-Gobain et le pare-brise sans essuie-glace, inspiré de la feuille de lotus ; Renault et la conduite automatique, inspirée des mouvements des bancs de poissons, qui changent de direction et de vitesse sans jamais se percuter), la pharmacie (Sanofi et la chimie verte), la construction (Eiffage et la climatisation passive, inspirée des termitières).

Les PME et start-up s’y mettent aussi : Polypop travaille sur la dépollution des sols et la valorisation des déchets organiques en utilisant des champignons ; Elbé Petro est leader de la réduction de l’évaporation des fluides stockés en cuve, en s’inspirant des lentilles d’eau recouvrant les canaux et marais ; Corso Magenta a exploité la structure cutanée du requin pour concevoir une peinture destinée à l’aéronautique… Pour impliquer davantage de PME, l’Agence publique d’innovation Paris Région Entreprises a lancé en 2012 une mission "Biomimétisme et innovation responsable".

La bibliothèque de la nature

La recherche française est reconnue de qualité. Mais elle souffre, là encore comparée à celle de l’Allemagne, d’un manque de structuration et d’interdisciplinarité pour exploiter à plein le potentiel du biomimétisme. Comme le résume le rapport du CESE, elle doit abandonner le modèle traditionnel d’organisation des savoirs "en silos" au profit d’un système "reposant sur un réseau relationnel entre l’ingénieur, l’académique et le biologiste".

Alors pourra-t-elle tirer tout le bénéfice du biomimétisme, qu’Idriss Aberkane définit ainsi :
 
"Nous avons vécu dans une bibliothèque sans le savoir (…) Il y avait des livres sur les étagères, nous les brûlions pour nous chauffer (…) Aujourd’hui nous nous réveillons et nous voyons que ces livres contiennent des schémas, des technologies, des médicaments, des modes d’organisation sociale, quantité d’innovations… Cette bibliothèque, c’est la nature (…) Lisez-la au lieu de la brûler, elle est incroyablement high-tech."


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