Société-Économie

"95 % de la population mondiale pourrait être nourrie à partir de l’agro-écologie"

Par Hannibal Watchi I Publié le 20 Mars 2018

Stéphanie Valloatto et Cyrille Blanc sont sur le point d'entamer le tournage de leur nouveau documentaire Food Transition, un film qui se veut engagé et porteur d'espoir sur l'alimentation de demain. We Demain est parti à la rencontre de la réalisatrice pour en apprendre plus sur ce projet d'envergure.


(Crédit : Pixabay)
(Crédit : Pixabay)
Depuis le début de leur campagne de financement participatif en février, Stéphanie Valloatto et Cyrille Blanc ont recueillis plus de 87 000 euros pour réaliser leur nouveau film documentaire Food Transition. Objectif : montrer toutes les initiatives positives, en France et aux États-Unis, à tous les niveaux de la chaîne alimentaire. 

Dans la lignée des documentaires écologiques comme Demain de Cyril Dion ou encore Solutions locales pour un désordre global de Coline Serreau, les auteurs de Food Transition entendent réaliser un film engagé "qui redonne de l'espoir".

Les réalisateurs ont passé une année à se documenter sur le sujet, à identifier les différents acteurs de la transition alimentaire et sont aujourd'hui sur le point d'entamer le tournage du film, qui sera diffusé au cinéma courant 2019.

Stéphanie Valloatto et son mari Cyrille Blanc en repérage pour leur prochain film Food Transition ( Crédit photo : Stéphanie Valloatto )
Stéphanie Valloatto et son mari Cyrille Blanc en repérage pour leur prochain film Food Transition ( Crédit photo : Stéphanie Valloatto )
  • We Demain : Vous vous apprêtez à tourner les images de votre film Food Transition, qui se veut "porteur d'espoir". Pouvez-vous nous expliquer ce qu'est la transition alimentaire ?
 
Stéphanie Valloatto : Aujourd’hui il y a beaucoup trop d’intrants, de pesticides et de produits en tout genre dans nos cultures. Les animaux sont poussés à bout, confinés, on leur donne n’importe quoi à manger... Ce modèle désuet nous vient de la période post-guerre, au moment où le monde avait besoin de se reconstruire. La pénurie alimentaire était menaçante, alors il fallait qu’on produise au maximum. C’est pourquoi on se retrouve aujourd'hui dans une situation de "surproduction".

Partir d’un modèle agronomique existant, à bout de souffle, vers un modèle plus vertueux, c’est ça la transition alimentaire. Diminuer l’utilisation d’intrants, redonner aux animaux leur bien-être et mieux les nourrir, ce sont nos nouveaux objectifs. Et toutes ces améliorations se feront ressentir sur nous, au niveau de la santé. Quand on regarde l’explosion des maladies des ces dernières décennies (diabètes, cancers ndlr.), ça fait peur. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, et on a toutes les solutions pour arrêter ça.
 
  • Pensez-vous que les méthodes d'agricultures alternatives, plus respectueuses de l’environnement, peuvent être suffisantes pour nourrir la population mondiale ?
 
Oui, tout à fait. Il y a eu une étude sérieuse faite par l’ONU qui rapporte que 95 % de la population mondiale pourrait être nourrie à partir de l’agro-écologie. Lors d’un séminaire international sur l’agro-écologie à Bruxelles, Olivier de Schutter qui était rapporteur de l’ONU expliquait que cette pratique de l’agriculture respectueuse de l’environnement était plus efficace pour nourrir le monde  que l’agriculture industrielle, études scientifiques à l'appui.
 
  • Y a-t-il urgence ?
 
Oui, mais je ne le vois pas d’un oeil négatif ! On vit un instant magique de notre époque, mais on n’en a pas forcément conscience. Puisque mon mari et moi travaillons exclusivement sur ce projet depuis un an, nous sommes un peu dans les coulisses, et voici ce qu’on a observé : même la grande distribution réalise aujourd’hui qu’elle est en crise. Elle se rend compte maintenant qu’il faut répondre à des attentes sociétales, qu’on est allé trop loin au niveau de... tout. Le pouvoir des consommateurs est réel, et l’urgence est là, parce que pour moi le monde de demain sera façonné dans la décennie à venir. 
 
​"Dans cinq il y aura un papy boom, c’est à dire que 50% des agriculteurs d’aujourd’hui partiront à la retraite."

Farmacy, acteur de la transition citoyenne ( Crédit photo : Food Transition )
Farmacy, acteur de la transition citoyenne ( Crédit photo : Food Transition )
  • La France est-elle un pays engagé dans cette transition ?
 
Oui ! Et c’est ce qu’on va montrer dans le film ! Il est vrai que l’on cite souvent l’Allemagne, mais la France est un excellent exemple pour l’Europe. On est un vrai pays agricole, avec beaucoup de terres, de ressources et de savoir-faire. Notre jeunesse est également un atout. Je crois vraiment en cette nouvelle génération d’agriculteurs car ils ont une conscience, ils comprennent ce que l’on vit aujourd’hui, ils ont vus les dégâts que l’on a fait. Dans cinq il y aura un papy boom, c’est à dire que 50% des agriculteurs d’aujourd’hui partiront à la retraite. Heureusement, les nouveaux agriculteurs sont formés à la biodynamie, à la lutte biologique intégrée, à l’agro-écologie et à la permaculture, et tout ça ce n’est pas utopique du tout.
 
  • Quel est l’intérêt du financement participatif pour réaliser ce film ?
 
Pierre Rabhi a dit "chacun doit faire sa part". Et c’est vrai ! Nous, en tant que cinéastes, mais aussi citoyens et consommateurs, nous avons le devoir de faire bouger les choses. Le crownfunding nous permet évidemment de trouver les sous pour amorcer les tournages dès cet été. Mais le financement participatif c’est aussi le moyen pour nous de fédérer une communauté de « mangeurs conscients » autour de l’alimentation, une cause qui est universelle.

 
  • Selon vous, pourquoi les films sont efficaces pour créer une communauté ?
 
Avec mon précédent long-métrage sur la liberté d’expression Caricaturistes, fantassins de la démocratie, produit par Radu Mihaileanu, j’ai eu l’occasion de faire le tour du monde en participant à plus de 80 festivals. Après avoir été sélectionné au festival de Cannes, tout le monde s’est intéressé au sujet. La rencontre avec le public est magique, il y a de vrais débats, de réelles discussions.

Avec Food Transition, on a envie de faire parler au maximum de la transition alimentaire. À terme, on souhaiterais mettre en place un prolongement pédagogique pour les écoles, créer une plateforme web où l’on pourra retrouver toutes les thématiques liées à l'alimentation. C’est ça notre rôle en tant que scénaristes, on est des passeurs.
 
​"Mais il faut continuer à réinstaurer du lien social, redonner aux agriculteurs la sensation de bien faire leurs métiers et d’en être fier."
 
  • Quel message souhaitez-vous faire passer avec ce film ?
 
Que l’on est vraiment pas foutus ! Il est vrai que l’on ne peut pas forcément en avoir conscience lorsque l’on vit en ville et que l’on fait ses courses, mais la transition alimentaire est en marche. On a rencontré des producteurs pour qui les affaires fonctionnent du tonnerre, qui sont épanouis dans leur travail. Mais il faut continuer à réinstaurer du lien social, redonner aux agriculteurs la sensation de bien faire leur métier et d’en être fiers. Il faut également redonner la notion de pouvoir aux consommateurs, qu’ils se posent les questions "Et si je consommais local ? Que se passe-t-il autour de moi ?". Et enfin, j’aimerais que l’on retrouve le vrai goût des fruits et légumes que l’on mange. Quelle sensation de bonheur quand je vois mes enfants se régaler avec de vrais aliments !













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