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Travailler demain

Après le Covid-19, et si la semaine de 4 jours relançait l'économie ?

Par Morgane Russeil-Salvan I Publié le 10 Juin 2020

Pour relancer leur économie mise à mal par la pandémie, plusieurs pays envisagent – ne serait-ce que provisoirement – de réduire le temps de travail hebdomadaire. Une théorie déjà mise en pratique dans quelques entreprises en France.


Des semaines plus courtes boosteraient la productivité des employés et leur libèreraient assez de temps libre pour participer à la relance du tourisme. (Crédit : Shutterstock)
Des semaines plus courtes boosteraient la productivité des employés et leur libèreraient assez de temps libre pour participer à la relance du tourisme. (Crédit : Shutterstock)

L'idée a émergé chez les "Kiwis", les Néo-Zélandais. Le 20 mai, au cours d'un Facebook Live, la Première Ministre Jacinda Arden évoquait l'idée de réduire la durée du travail : "J'entends beaucoup de personnes suggérer le passage à la semaine de quatre jours. (...) J'aimerais encourager les chefs d'entreprises à y réfléchir : c'est un modèle qui pourrait fonctionner pour votre entreprise et qui aiderait certainement la relance du tourisme dans notre pays."

Si Jacinda Arden ne compte pas modifier la législation, elle espère que les entreprises adopteront ce modèle d'elles-même. La Première Ministre mise sur un temps de travail réduit – et donc, la création de week-ends prolongés – pour inciter les néo-zélandais à visiter leur propre pays. En Nouvelle-Zélande, où les frontières resteront fermées aux voyageurs internationaux jusqu'à nouvel ordre, l'industrie du tourisme représente 5,8 % du Produit Intérieur Brut. Un manque à gagner conséquent pour cet État d'Océanie.

L'idée a voyagé jusqu'à Singapour où, le 6 juin, elle était reprise par le parlementaire Mohamed Irshad : "Je propose de passer de la traditionnelle semaine de cinq jours à une semaine de quatre, avec l'option de travailler à distance le cinquième jour." Si même cette cité-État où les cols-blancs enchaînent des semaines de travail de 44 heures commence à y réfléchir...


Relancer l'économie sans déclencher de seconde vague

La semaine de quatre jours a un grand défenseur : l'Américain Alex Soojung-Kim Pang, auteur de Shorter : Work Better, Smarter, and Less. En avril, il expliquait dans le mensuel américain The Atlantic comment cette fameuse semaine réduite permettrait de relancer l'économie étasunienne tout en protégeant les citoyens d'un rebond épidémique.

Pour l'auteur, les entreprises font l'erreur de se reposer sur le contrôle de l'espace pour limiter le risque de contamination : on cherche à installer des scanners thermiques ou des ascenseurs sans-contact, à rénover le système de ventilation... "Mais jouer sur l'espace n'est pas la seule option pour les entrepreneurs qui veulent rouvrir en limitant le risque de seconde vague. Ils peuvent également jouer sur le temps."

Alex Soojung-Kim Pang propose donc "que la moitié de l'équipe travaille du lundi au jeudi, l'autre moitié du mardi au vendredi, et que tout le monde travaille à distance deux jours dans la semaine", afin de permettre aux employés de continuer à travailler sans se croiser dans les locaux .
 

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Travailler moins et produire plus ?

L'idée de cette semaine de quatre jours n'est pas née de la dernière pandémie. Perpetual Guardian, une entreprise néo-zélandaise, avait déjà testé la formule en 2018. L'expérience de deux mois s'était avérée concluante : les 240 salariés accomplissaient autant de travail en quatre jours qu'en cinq avec, en bonus, un niveau de stress considérablement réduit.

À la suite de cette expérience, le PDG de Perpetual Guardian, Andrew Barnes, a fondé 4 day week global, une organisation à but non-lucratif qui encourage les chercheurs, les responsables politiques et les entrepreneurs à se pencher sur la semaine de quatre jours.

 


La branche japonaise de Microsoft a aussi mené sa propre expérience en 2019. Les résultats sont impressionnants : selon le géant de l'informatique, la productivité des 2 300 salariés du département nippon aurait alors augmenté de 40 %. Les employés se seraient également révélés plus économes, réduisant leur quantité d'impressions de 59 % et leur consommation globale d'électricité de 23 % .

Aux États-Unis, la chaîne de fast-food Shake Shack rejoignait le mouvement en mars 2019, après Maaemo – un restaurant trois étoiles où l'on travaille trois jours par semaine depuis 2017 – et Aloha Hospitality, qui a embrassé la formule des quatre jours en 2018. L'objectif est d'attirer et de fidéliser les employés, dans un secteur où le taux de turnover est de plus de 70 %.
 


La semaine de 4 jours à la française

En France, la durée légale hebdomadaire du travail est de 35 heures. C'est déjà moins qu'aux États-Unis ou en Nouvelle-Zélande, où l'on travaille légalement 40 heures par semaine. Une étude récente de l'OCDE semble prouver que les journées de travail plus courtes n'ont pas réduit l'efficacité des travailleurs français : si le PIB par heure travaillée a ralenti au cours de la dernière décennie, il reste 25 % plus élevé que dans la moyenne des pays des l'Union Européenne.

Jusque là, les chiffres vont dans le sens d'Alex Soojung-Kim Park, pour qui les semaines et les journées plus courtes sont la clé de la productivité. Mais peut-on aller encore plus loin et travailler 35 heures par semaine, quatre jours sur sept ?

Une PME française a testé la formule : Love Radius, où l'on fabrique des porte-bébés. Dans cette petite entreprise toulonnaise, on passe à la semaine de 4 jours à partir de mai et jusqu'en septembre. "On a commencé en 2017", explique son PDG, Olivier Sâles, à We Demain.
 

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Cette année-là, les jours fériés du mois de mai paralysent plusieurs vendredi et lundi, créant des week-end à rallonge. L'entrepreneur redoute alors un impact négatif sur ses activités, mais surprise, il n'en est rien. "Les employés s'étaient adaptés, organisés pour arriver plus tôt, partir plus tard, et bénéficier du jour férié sans que cela ne se répercute sur le travail à faire."

Il décide alors de pérenniser les semaines réduites, mais uniquement sur la période estivale, afin de préserver "l'effet de contraste". Trois ans plus tard, Olivier Sâles est satisfait de ce système qui "s'est imposé naturellement", selon ses mots.

Il note, toutefois, que la transition a demandé quelques efforts supplémentaires du côté des travailleurs du tertiaire : "Il a fallu expliquer à ceux dont le travail n'est pas tangible comment travailler différemment, de manière plus concentrée... Il faut une vraie démarche de l'entreprise pour mettre en place des objectifs hebdomadaires et organiser un vrai suivi."