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Après s'être reconstruit la main en 3D, il veut réparer tous les handicaps dans un fab lab

I Publié le 2 Mai 2016

Découvert, en 2014, par les lecteurs de "We Demain", Nicolas Huchet est devenu une icône du mouvement "maker". Après s’être fabriqué une prothèse de main imprimée en 3D, il travaille aujourd’hui à la création d’un fab Lab destiné à améliorer la vie des handicapés, grâce au "Do It Yourself".


Nicolas Huchet conte son histoire à TedxParis, en octobre 2015 (Crédit : TedxParis)
Nicolas Huchet conte son histoire à TedxParis, en octobre 2015 (Crédit : TedxParis)
En octobre  2015, lors de la conférence TEDxParis, un trentenaire portant une drôle de prothèse à la main droite se lance dans un solo de batterie très applaudi. Il s’agit de Nicolas Huchet, un Rennais de 35 ans, qui a perdu sa main dans un accident du travail, en 2002. Dix ans après l’accident, il pousse pour la première fois la porte d’un fab lab rennais et découvre un monde peuplé d’imprimantes 3D et de solutions open source.

Il y rencontre Hughes Aubin, qui s’occupe des questions numériques pour la ville bretonne. Le duo imagine alors une prothèse de main bionique – le terme scientifique est myoélectrique –, accessible pour environ 1 000 euros (là où une main artificielle électronique coûte entre 20 000 et 80 000 euros).

(Crédit : DR)
(Crédit : DR)

Changer la vie des personnes handicapées

Baptisé Bionicohand, le projet est lancé début 2013 et présenté pour la première fois en octobre, à la Maker Faire de Rome. L’ancien ouvrier veut démocratiser cette prothèse qui peut changer la vie des personnes handicapées.

"Pour l’instant, il s’agit d’un prototype qui n’est pas encore disponible à l’achat", précise Nicolas Huchet, qui enchaîne les interviews depuis deux ans pour présenter sa main bionique et My Human Kit, son association loi 1901 : BFM TV, France 3, Arte, France Info, Le Monde, sans oublier, en janvier 2015, la couverture du magazine américain Make, la bible des "makers".

Cette large couverture médiatique, nationale et internationale, a permis au duo de figurer dans les dix finalistes du Google Impact Challenge, qui s’est tenu en octobre 2015, avec à la clé une somme de 200 000 euros. La Fondation de France et la région Bretagne soutiennent aussi financièrement My Human Kit.


Mieux encore, le milieu médical, d’abord sceptique, a depuis changé d’avis. "Les articles de presse apportent une crédibilité ; c’est un booster", souligne Nicolas Huchet. Mais cette médiatisation n’a pas eu que des retombées positives. Les gros titres de certains journaux évoquaient ainsi un handicapé, un "manchot", qui serait ingénieur et aurait fabriqué sa prothèse tout seul.
 
"Les deux sont inexacts, confie l’inventeur. Cela a donné de faux espoirs et provoqué des conflits avec certaines personnes qui, depuis, ne travaillent plus avec nous."

Joint par téléphone en décembre, alors qu’il s’apprêtait à se rendre à Toulouse, à la conférence EmTech France, organisée par la MIT Technology Review, l’homme "bionique" (on le surnomme Bionico) cherche encore trois partenaires pour "développer des projets, créer une structure d’accueil, type fab lab, dédiée au handicap et surtout trouver un modèle économique pour devenir autonome". 

Airbus, un assureur et une grande banque seraient déjà prêts à soutenir financièrement son association, qui devrait comprendre trois salariés (Nicolas Huchet lui-même, un ingénieur et un technicien) fin 2016.

Cinq projets pour 2016

My Human Kit va présenter cette année cinq projets sur son site Internet : la main bionique, un fauteuil roulant open source, une prothèse auditive, un gant sonar (aide au guidage pour aveugles et malvoyants) et un outil de ressenti du son pour sourds et malentendants.

"
Nous nous engageons à les développer, les fabriquer, les tester et les mettre à disposition afin qu’ils soient modifiables et reproductibles par tous", détaille Nicolas Huchet, qui [est actuellement] à Berlin jusqu'à juin, dans un fab lab ouvert par l’entreprise Ottobock , un fabricant de prothèses.


" Cette société prend le risque de me faire travailler chez elle en open source mais, en ce qui nous concerne, nous prenons également un risque car c’est une entreprise classique, qui dépose des brevets. Nous espérons les sensibiliser au handicap et à l’open source, précise-t-il. Ottobock a une mauvaise image en France car elle vend ses produits très cher et fait beaucoup de bénéfices. Ceci dit, ils font preuve d’ouverture, même si on se doute bien qu’ils voudront récupérer des idées. "

Pour s’en prémunir, le Breton a obtenu de l’entreprise un engagement contractualisant par écrit "un principe de recherche et développement en open source".
Nicolas Huchet envisage un partenariat avec des universités et des entreprises ainsi que des hackathons. Il se donne pour mission d’imposer "l’handicapowerment" : 
 
"Nous voulons démontrer que même avec un handicap, on peut faire les choses soi-même. Les handicapés ont des compétences et une expertise. Ils sont utiles pour mener à bien le développement de nos prothèses. C’est le côté social qui nous motive."

Avant de partir pour Berlin, Bionico [a participé] aux 9e Abilympics Internationaux, ces Olympiades des métiers pour les personnes handicapées, qui [se sont tenues] pour la première fois en France, en mars, à Bordeaux. En septembre, My Human Kit occupera l’Université Foraine à Rennes, durant trois mois.

"
Ce sont des lieux mis gratuitement à disposition des artistes ou des associations par la municipalité. C’est à mi-chemin entre l’incubateur et le fab lab", conclut l’homme qui ne vaut pas encore trois milliards mais qui est pressé de vivre "la suite de l’aventure".

Article extrait de la revue We Demain n°13  et mis à jour le 2 mai 2016.
Patrick Capelli. 






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