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Architecture : Des "zadistes" à la Biennale de Venise

Par Alice Pouyat I Publié le 23 Mai 2018

Cette année, ce n'est pas un bâtiment iconique que la France présentera à la Biennale de Venise, grande vitrine de l’architecture mondiale, mais des friches urbaines et des lieux expérimentaux qui se développent un peu partout.


L’exposition française relatera l’histoire de dix lieux expérimentaux, dont les Grands voisins, à Paris, un ancien hôpital devenu centre d’insertion sociale, centre culturel et QG de startup de l’économie sociale et solidaire. (Crédit : Alexa Brunet)
L’exposition française relatera l’histoire de dix lieux expérimentaux, dont les Grands voisins, à Paris, un ancien hôpital devenu centre d’insertion sociale, centre culturel et QG de startup de l’économie sociale et solidaire. (Crédit : Alexa Brunet)
En avril dernier, des architectes, urbanistes et citoyens signaient une tribune  qui défendait l’expérience de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Ils vantaient "les nouvelles formes d’organisation et les constructions atypiques" apparues sur place, "poétiques, bidouillées, légères, sobres, précaires, faites de matériaux locaux ou de réemploi… ". Petite ironie de l’histoire, cet esprit alternatif menacé d’expulsion se voit aujourd'hui mis à l’honneur par le Quai d’Orsay et le ministère de la Culture.
 
Un des collectifs signataires de cette tribune, Encore Heureux, a en effet été choisi pour représenter la France à la Biennale de Venise, prestigieuse vitrine de l’architecture mondiale, du 26 mai au 25 novembre, insufflant sur place un peu de cet esprit rebelle.
 

Nicola Delon, Julien Choppin et Sébastien Eymard, du collectif Encore Heureux, vont représenter la France à la Biennale. (Crédit: Elodie Daguin)
Nicola Delon, Julien Choppin et Sébastien Eymard, du collectif Encore Heureux, vont représenter la France à la Biennale. (Crédit: Elodie Daguin)
Représenté par Nicola Delon, Julien Choppin et Sébastien Eymard, Encore Heureux n’exposera pas sur place de grand projet démiurgique. Cette année, point d’édifice phallique défiant le ciel. Pas même de "bâtiment" à proprement parler. Pour cette 16e édition placée sous le thème du "FreeSpace", l’équipe a proposé de mettre en lumière dix lieux, dix "expériences" urbaines impulsées à travers la France, souvent d’anciennes friches ou des bâtiments désaffectés reconvertis, pour quelques mois ou quelques années, abritant des potagers urbains, des activités sociales ou culturelles….
 
"En tant qu’architectes, nous nous intéressons davantage à la façon dont on peut interagir avec la société qu’aux volumes ou aux couleurs des bâtiments", explique Sébastien Eymard. Qui ajoute : "Nous avions donc envie de relayer l'histoire fabuleuse d'espaces devenus des lieux de vie et de rencontre."

La Friche la Belle de Mai, construite dans l’ancienne Manufacture des tabacs de Marseille, est un lieu culturel regroupant des salles de spectacle et d'exposition et une soixantaine de structures artistiques de toutes disciplines (Crédit : Alexa Brunet)
La Friche la Belle de Mai, construite dans l’ancienne Manufacture des tabacs de Marseille, est un lieu culturel regroupant des salles de spectacle et d'exposition et une soixantaine de structures artistiques de toutes disciplines (Crédit : Alexa Brunet)
Conçue comme un cabinet de curiosité, l’exposition française relatera donc l’épopée de ces dix lieux, auxquels le collectif a contribué : Le Cent Quatre et les Grands Voisins à Paris, L'Hôtel Pasteur à Rennes, La Grande Halle à Colombelles, Les Ateliers Médicis à Clichy-sous-Bois Montfermeil, La Friche de la Belle de Mai à Marseille, Le Tri Postal à Avignon, Le 6B à Saint-Denis, La Convention à Auch et La Ferme du Bonheur à Nanterre.
 
Points communs entre ces dix lieux : avoir "réinventé des espaces existants, en cherchant à leur donner du sens, évoluant petit à petit, en fonction des besoins sociaux, dans une gestion collégiale, avec des architectes, mais aussi les usagers, les collectivités locales...", précise Sébastien Eymard. La plupart intègrent aussi une dimension écologique. Encore Heureux a d’ailleurs choisi de construire son pavillon avec des matériaux récupérés de celui de l’an passé.
 

L'ancienne fac dentaire Pasteur, à Rennes, est devenue un lieu culturel innovant en attendant sa réhabilitation. Elle accueille des artistes, des cours de boxe, des défilés de mode ou des cours de français pour les migrants.  ©Alexa Brunet
L'ancienne fac dentaire Pasteur, à Rennes, est devenue un lieu culturel innovant en attendant sa réhabilitation. Elle accueille des artistes, des cours de boxe, des défilés de mode ou des cours de français pour les migrants. ©Alexa Brunet
De quoi offusquer certains tenants d’une architecture plus conventionnelle qui craignent que les Français, à côté des grands projets chinois ou américains, "ne paraissent un peu minus" et se voient "coller une étiquette d’anarchistes bricolos qui construisent en pneus recyclés"…
 
Ces projets incarnent pourtant un besoin criant, argue Sébastien Eymard: "Cela peut sembler un poncif, mais nous pensons que la montée des nationalismes et les crises politiques sont en parties liées au manque de lien de social, qu'il faut reconstruire ".
 

Affiche de l'exposition française. (Crédit: Encore Heureux)
Affiche de l'exposition française. (Crédit: Encore Heureux)
Dans leur pavillon, les visiteurs seront donc invités à recenser d'autres expériences similaires à l'étranger, dans l'idée de publier bientôt un Atlas global des "lieux infinis". L'un d'entre eux est en train d’éclore à Venise même, s’amuse Sébastien Eymard, sur l’île du Lido, dans une ancienne caserne du XVIe siècle.
 
"Partout, on voit émerger un besoin d'improvisation, de ré-appropriation de l'espace et une nouvelle génération d’architectes qui a une vision plus horizontale et pluridisciplinaire du métier".

Une tendance sûrement plus difficile à balayer que la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. 

L’ancien bâtiment du Tri postal, derrière la gare d’Avignon, s’est transformé en un vaste bâtiment d’accueil pour les personnes en difficultés, mais aussi pour nombre d’activités associatives. (Crédit: Alexa Brunet)
L’ancien bâtiment du Tri postal, derrière la gare d’Avignon, s’est transformé en un vaste bâtiment d’accueil pour les personnes en difficultés, mais aussi pour nombre d’activités associatives. (Crédit: Alexa Brunet)








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