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Assistants vocaux : et si le futur du Web se jouait en 2018 ?

Par Jérôme Bondu I Publié le 12 Juillet 2018

TRIBUNE. Par Jerôme Bondu, fondateur et directeur du cabinet de conseil en Intelligence Economique Inter-Ligere


La question des assistants vocaux soulève des enjeux de protection des données (Crédits : Shutterstock)
La question des assistants vocaux soulève des enjeux de protection des données (Crédits : Shutterstock)
La recherche vocale est portée par des vents puissants. Cette technologie, qui permet de commander à la voix un appareil connecté à Internet, séduit de plus en plus d’usagers, notamment les jeunes propriétaires de téléphones intelligents.

La pénétration dans nos maisons des Amazon Alexa, Google Home, Cortana de Microsoft ou Apple Homepod, montre que la tendance est au développement de ces assistants vocaux qui obéissent à la voix plutôt qu’au doigt. Un succès compréhensible : qui n’a jamais rêvé, à l’image du super-héros Iron Man, d’avoir son propre Jarvis à domicile ?

Alors que la recherche vocale est appelée à occuper 50% des requêtes d’ici à 2020 selon Comscore, les entreprises françaises ne sont pas en reste. Pour preuve, le développement récent par PagesJaunes d’une application (appelée Skill) sur le service vocal Amazon Alexa.

Le service, qui tire parti du maillage territorial du groupe Solocal ( propriétaire de PagesJaunes et Mappy ), propose l’accès aux coordonnées, horaires d’ouverture, la consultation des avis et répertoriait à son lancement plus de 1 200 activités référencées dans 10 000 villes. Une prouesse dont l’objectif est de reconnecter avec le local, d’amener commerçants ou prestataires au seuil des usagers.

La guerre des assistants vocaux est déclarée

En contractant avec un acteur français de la communication digitale locale, Amazon veut conserver son statut de favori dans la course. Alexa, qui est déjà utilisé par près de 13 millions d’Américains, semble en avance en France sur ses deux principaux concurrents que sont Google et Apple.

Ils ne sont cependant pas les seuls. Parallèlement à ceux des GAFAM, des assistants vocaux refusant d’opérer en circuit fermé voient le jour. C’est le cas de Common Voices, une initiative de la Fondation Mozilla dont le but est de collecter plus de 40 langues et autant d’accents grâce à un système participatif.

Objectif : mettre à disposition du plus grand nombre une base de données d’enregistrements de voix pour encourager le développement de la reconnaissance vocale. Autre exemple notable : le français Snips, du surdoué de l’intelligence artificielle Rand Hindi, qui promet de ne pas collecter les données personnelles de ses utilisateurs, n’y même d’avoir recours au Cloud, dont le premier produit, une interface pour smartphone, propose de diviser par dix le temps nécessaire pour accéder à un service sur son mobile.

Ce florilège d’acteurs économiques démontre la vitalité du secteur. L’arrivée de ces nouveaux outils, comme celle des smartphones avant eux, promet de rebattre durablement les cartes. Et les chiffres semblent suivre : 65% des Américains utilisaient l’assistance vocale en 2015, contre un peu plus de 30% en 2013.

En 2018, les prévisions de vente des enceintes intelligentes, qui permettent de commander de nombreuses actions par la voix, sont de 56 millions d’unités, soit une progression de 70 % en un an. Le caractère pratique et centralisant de la commande à la voix, qui permet d’accéder à toute une batterie de services (streaming à la demande, e-commerces, vidéos, courses) en une seule interaction devrait séduire de plus en plus. Mais cette évolution est-elle gratuite ?

Les coûts cachés de la recherche vocale

Comme la recherche sur Internet aujourd’hui, les assistants vocaux risquent d’avoir des coûts cachés. Plus personne ne l’ignore désormais : si l’utilisation d’un service est gratuite, c’est que nous en sommes le produit.

En l’occurrence le produit publicitaire et informationnel, puisque chaque clic sur Google est synonyme de rétribution financière et que toutes nos données personnelles sont monétisées.

Faut-il dès lors se méfier de la technologie au point de lui tourner le dos ? La réponse est évidemment non.

Fuir la tendance serait d’ailleurs la pire des attitudes. Non seulement la recherche vocale est porteuse d’une véritable révolution pour les usagers au quotidien, mais elle permet également à un pan entier d’entreprises jusqu’alors peu visibles (PME, TPE ou ETI) de rencontrer leur public. Ceci faisant, des applications comme la Skill PagesJaunes facilitent la transformation numérique de milliers de commerçants.

​Pour autant, cela n’absout pas les entreprises du numérique d’une certaine forme de responsabilité. Un autre Internet, respectueux des citoyens et de leur vie privée, est non seulement possible mais également souhaitable. Il repose sur la responsabilisation des internautes, le développement de l’Opt-In et, pour résumer, le respect coûte que coûte de la vie privée. C’est cette autre vision du Web que le RGPD, proposé par l’Union Européenne, tente d’imposer contre le très intrusif Cloud Act américain. Une nouvelle bataille qui se joue aujourd’hui et qui décidera du futur du Web.

Un nouveau chapitre de l’histoire d’Internet s’écrit. Il convient de ne pas réitérer les mêmes erreurs que par le passé : une situation monopolistique, des données personnelles bafouées et des usagers bien souvent ignorants de leurs propres droits.
 

Jérôme Bondu est fondateur et directeur du cabinet de conseil en Intelligence Economique. Il est expert APM (Association pour le Progrès du Management) et intervenant à l’IHEDN (Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale.












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