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Au Mexique, cette entreprise a créé un polymère pour endiguer la sécheresse dans le monde

I Publié le 9 Janvier 2017

RÉCIT. Par Léopoldine des Guerrots et Achille Bourgois, porteurs du WIFU Project.


Silos de Agua tente de résoudre les problèmes liés à la sécheresse. (Crédit : Antranias/Pixabay)
Silos de Agua tente de résoudre les problèmes liés à la sécheresse. (Crédit : Antranias/Pixabay)
Initialement un tour du monde dans trente pays à la rencontre d’acteurs impliqués dans le développement durable et l’économie solidaire, le Projet WIFU est un voyage mené en 2012-2013 par l’entrepreneur Marc Giraud et deux amis. Fascinés par le projet, quatre ans plus tard, un couple d’étudiants décide de retourner voir ces porteurs de projet afin d’observer leur évolution. L’aventure WIFU est repartie ! Pour We Demain, Léopoldine et Achille nous parlent de leurs découvertes.

Nous poursuivons notre séjour à Mexico City par un second rendez-vous des plus surprenants. Nous rencontrons Leonardo, fils de Sergio Rico, l’inventeur d’une formidable "potion magique" qui pourrait bien remédier à la problématique de la sécheresse.

Leonardo, diplômé en ingénierie électronique, travaille en étroite collaboration avec son père au sein de son entreprise créée en 2003,  Silos de Agua. Depuis, Sergio y a crée un polymère, le polyacrylate de potassium, permettant la création d’une "eau solide" sous forme de gel.

Leonardo Rico faisant le "W" du Wifu Project. (Crédit : Silos de Agua)
Leonardo Rico faisant le "W" du Wifu Project. (Crédit : Silos de Agua)

La sécheresse, plus une menace ?

Sergio est conscient du problème majeur et des dégâts occasionnés par la sécheresse au Mexique et dans bien d’autres pays. C'est pourquoi, il a mis au point un polymère de potassium (suivant le modèle des couches pour bébé, NDLR) capable d’absorber 100 fois sa masse en eau.

Quelques grammes de cette poudre blanchâtre mélangée à de l’eau, et celle-ci se transforme quasi instantanément en un gel parfaitement biodégradable. Deux options d’utilisation s’offrent à l’agriculteur : le "stockage" de l'eau ou son utilisation directe.

Il est possible de conserver le gel dans des sacs pendant des mois avant que l'eau ne s'évapore. L'agriculteur peut ainsi faire des réserves au cours de la saison des pluies avant d’utiliser "l’eau solide". Il suffit alors de la mélanger à la terre lorsque le manque d’eau se fait sentir. 

On peut aussi mélanger directement le polymère à la terre (comptez environ 25kg par hectare), qui transformera en gel l’eau de pluie infiltrée. Le sol reste humide tant que le gel, d’une durée de vie de dix ans, n’est pas absorbé par les plantes. Plus d’inquiétude à avoir en cas de canicule !

À gauche, le polymère à l'état brut. À droite, l'eau solide sous forme de gel. (Crédit : Silos de Agua)
À gauche, le polymère à l'état brut. À droite, l'eau solide sous forme de gel. (Crédit : Silos de Agua)

Un polymère respectueux de l'environnement mais onéreux

Le bénéfice est indéniable pour les travailleurs de la terre. En plus de ne plus se soucier des questions de météo, le produit leur assure une réduction des frais d’irrigation. Lors d’une étude menée par Leonardo, celui-ci en vient à la réjouissante conclusion d’une chute de 75 % des coûts irrigation tout en constatant une augmentation des cultures.

Maintenant que la formule miraculeuse est trouvée, testée, et approuvée, Silos de Agua travaille sur l’accessibilité du produit car il représente un certain investissement. En effet, 25 kilos de poudre valent 400 euros. On comprend alors les tentatives de Leonardo et de son père pour tenter de se rapprocher du ministère de l’Agriculture mexicain afin d’obtenir des subventions. En vain.

Au-delà de l’agriculture

Si l’enjeu de l’entreprise familiale est de venir en aide aux agriculteurs, premières victimes du climat, elle pense désormais à élargir ses champs d’actions.

En effet, Silos de Agua a également su séduire les particuliers pour des usages de la vie quotidienne. Ainsi, on retrouve le gel dans les pots des plantes d’appartement d’une population plus aisée.
À plus petite échelle, de plus en plus de mairies sont intéressées par l’eau solide. La terre des parcs de Mexico ou certains de ses parcours de golf bénéficient de cette innovation.
 
Et l’entreprise va plus loin encore ! Soucieuse du bien-être de la planète et de ses habitants, Silos de Agua veut développer un vêtement dans lequel il serait possible d’introduire du gel afin de réguler la température corporelle. Si le projet aboutit, cela représenterait un grand confort pour les nombreux policiers et soldats qui, au Mexique et ailleurs, patrouillent des heures durant, en plein soleil.

Comptez 400 euros pour 25 kilos de poudre "d'eau solide". (Crédit : DR)
Comptez 400 euros pour 25 kilos de poudre "d'eau solide". (Crédit : DR)

Le souci d’expansion internationale

L’invention de Sergio Rico a très vite dépassé les frontières mexicaines. De nombreux agriculteurs sud-américains, africains ou européens, eux aussi confrontés au manque d’eau, sont intéressés par cette potion. En cas de forte demande, Silos de Agua se doit de trouver une entreprise capable de devenir fournisseur autorisé, ce qui est le cas dans d'autres pays du continent, en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso.

Afin de mieux comprendre la dimension internationale de l’entreprise, nous rencontrerons dans quelques semaines, en Bolivie, l’un de ces fournisseurs autorisés, Edwin Torrez. Malgré les obstacles, que sont principalement le prix du polymère et l’ombre de la concurrence qui pèse sur l’entreprise mexicaine, la collaboration porte peu à peu ses fruits. Edwin est en passe de convaincre de nombreux agriculteurs de se convertir à Silos de Agua et ainsi de commander près d’une tonne de polyacrylate de potassium.

Arme contre le changement climatique, promesse d’économie d’eau, réduction de la famine par l’augmentation des récoltes, précieuse aide à un secteur pilier au Mexique et partout ailleurs, Silos de Agua, entreprise ambitieuse et prometteuse, pourrait bien s’imposer comme une solution pour l’agriculture mondiale. Elle est suivie par de nombreuses autres entreprises, notamment brésiliennes et chinoises, qui tentent elles aussi de conquérir ce marché de l'eau solide. 
 
Par Léopoldine des Guerrots et Achille Bourgois pour WIFU Project.




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