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We Demain, une revue pour changer d'époque

Au nord du Canada, Peel Sound et Coningham Bay, terrains de jeux des bélugas

I Publié le 21 Décembre 2016

RÉCIT. Par Jean-Paul Curtay, nutrithérapeute et auteur.


(Crédit : Jean-Paul Curtay)
(Crédit : Jean-Paul Curtay)
De l'Islande à la péninsule antarctique, Jean-Paul Curtay est parti en "croisière-expédition" autour des nouvelles routes maritimes rendues possibles suite à la fonte des glaces. Chaque semaine, il la raconte à We Demain. 

À 6 heures 30, annonce du commandant Marchesseau : troupeau de bélugas en vue ! Au départ, on ne perçoit que des melons blancs à travers les jumelles. Puis on en distingue des foncés. "Ce sont des jeunes de cette année, ils n’ont que 3 mois", précise Jean Pierre Sylvestre, le spécialiste des mammifères marins. "Ils vont être entre 100 et 150, répartis en plusieurs groupes. Il y a beaucoup de petits."

Le commandant rapproche le navire le plus près possible. Ce n’est que plus tard que nous apprendrons qu’il ne restait à la fin plus que 2 mètres de tirant d’eau sous la quille. Nous restons 1 heure 30 fascinés par les aller et retour des cétacés qui se frottent la peau sur les galets dans 30 centimètres d’eau.

"Ce sont les seuls à pouvoir évoluer avec autant d’aise, malgré leur taille dans si peu d’eau, grâce à de larges ailerons avec lesquels ils pratiquent une sorte d’hydroglisse". Pourtant, un très gros béluga adulte, tout blanc, bousculé par les autres, s’échoue. Il se cabre, bat en l’air sa queue ourlée de gris. Rien n’y fait, d’autant plus que le flot des autres le repousse sans cesse. Il s’agite de plus en plus violemment et arrive à tourner de 180° et à se faufiler dans le pack.

(Crédit : Jean-Paul Curtay)
(Crédit : Jean-Paul Curtay)

Odorat hyper-performant

J’avais pu constater en 2012 leur caractère ludique à l’Exposition Universelle de Yeosu, en Corée, où ils ne se lassaient pas de jouer à une sorte de squash contre les murs de l’aquarium géant avec un ballon, en n’hésitant pas à nager à l’envers, le ventre vers la surface, une position que le petits aiment bien prendre aux côtés de leur mère. Voir dans cet espace infini les petits – toujours les plus joueurs – aussi nombreux, chahuter, sauter, éclabousser avec leur nageoire caudale, retomber sur les autres… prenait une toute autre dimension.

"Un ours au fond !". Une petite tache blanche qui descend de la colline, contourne. A-t-il été attiré par son odorat hyper-performant ? On le voit s’arrêter souvent et humer l’air. Le temps qu’il atteigne la plage, les bélugas ont disparu. L’ont-ils vus avec leurs yeux que l’on voyait clairement sortis régulièrement de l’eau ? L’ours se met à l’eau, mouline avec ses pattes avant sur quelques mètres et retourne sur la plage. A-t-il compris que c’était raté ?

"Un second ours !" De la direction opposée, un autre ours descend, faisant les mêmes pauses pour balayer l’air avec sa truffe. Mais il descend beaucoup plus rapidement, se jette à l’eau, nage vers le navire, qu’il approche à quelques mètres, en fait le tour ! Un ours curieux, comme les avait décrits France Pinczon. Puis il change brusquement de direction vers une tête de phoque qui a émergé.

Le canari des mers

(Crédit : Jean-Paul Curtay)
(Crédit : Jean-Paul Curtay)
À peine une heure plus tard, dans une autre anse, à Flexer Bay, nouvel appel, un autre troupeau de bélugas, cette fois-ci encore plus important. Mais avec les adultes, pas de bébés, seulement des jeunes de 2 et 3 ans, déjà moins foncés. Ils évoluent toujours près de la berge, mais pas aussi près et se comportent très différemment. Des groupes se croisent.

De temps en temps, un seul individu en tête se détache et fait tout à coup volte face. "Ils sont en train de rabattre, grâce à leur sonar, les poissons, le plus souvent des morues polaires, vers les autres et chacun, à tour de rôle de place en avant en sens inverse pour en aspirer". 

Nous sommes si près que nous entendons les souffles, les remous des bulles, des sortes de ahannements et même de temps en temps des sons aigus ressemblant à des crissements de portes qui font partie de leurs chants. Le béluga est le plus vocal de tous les mammifères marins, au point qu’on l’a surnommé "le canari des mers".

L'île du roi Guillaume

(Crédit : Jean-Paul Curtay)
(Crédit : Jean-Paul Curtay)
Le commandant découvre qu’un petit bateau – de chasseur inuit ? – a été abandonné de l’autre côté de la baie et envoie un zodiac l’inspecter, d’abord avec l’idée de savoir si quelqu’un n’est pas en difficulté. Mais personne. Il s’avère que son moteur est endommagé et que trop près du bord, il risque encore de se dégrader.

Le commandant décide de le faire hisser à bord pour le ramener au petit poste inuit près duquel nous passons bientôt. Mais avant, arrêt sur l’île du roi Guillaume à Coningham Bay, une baie accessible pour les belugas à marée haute, mais dont ils ne peuvent pas sortir à marée haute. Les ours le savent et ont souvent été aperçus là en grand nombre, ainsi que de nombreux ossements de belugas. Dès que le navire jette l’ancre, on voit nager une mère avec son petit collé à elle, quasiment comme si elle le portait sur son dos.

Et en entrant en zodiac dans la baie, nous découvrons une autre mère, le museau rouge de sang plongé dans une carcasse de béluga, son petit à côté d’elle.

Un tourisme respectueux

Puis un gros mâle approche. Elle se met immédiatement à détaler avec son ourson. Elle sait que le mâle peut tuer son petit. En nous enfonçant plus loin dans la baie, nous rencontrons le troisième troupeau de bélugas de la journée. De nombreux ours tournent autour d’eux, la plupart sur la rive, quelques-uns dans l’eau. Notre zodiac passe à quelques dizaines de mètres d’un museau et se dépêche de libérer le passage. Pendant cette sortie à Coningham Bay, nous aurons vu 13 ours.

Si l’Afrique attire pour ses "Big Five" : l’éléphant, le lion, le léopard, le rhinocéros et le buffle (une expression apportée par Ernest Hemingway dans Les neiges du Kilimandjaro), l’Arctique pourrait attirer tout autant pour ses Big Five : l’ours polaire, le narval, le béluga, le morse et le bœuf musqué.

Le développement d’un tourisme respectueux serait la meilleure alternative au développement irrationnel dans le contexte du réchauffement climatique et très risqué sur le plan écologique des forages pétroliers dans la région.

Jean-Paul Curtay
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Pour en savoir plus :
 
Ours blanc, Dans la peau d’un prédateur
www.youtube.com/watch?v=7X7aqWeTcJo
 
Jean Pierre Sylvestre, Nanuk, l’ours blanc
 
www.hww.ca/fr/faune/mammiferes/le-beluga.html
 
Beluga imite voix humaine
www.youtube.com/watch?v=hzzXT93AufE
 
Beluga whales of the Mystic Aquarium
www.youtube.com/watch?v=PbySbprDjF0

Portrait de Jean Paul Curtay. (Crédit : Bernard Plossu)
Portrait de Jean Paul Curtay. (Crédit : Bernard Plossu)
Jean-Paul Curtay, a commencé par être écrivain et peintre, au sein du Mouvement Lettriste, un mouvement d’avant-garde qui a pris la suite de Dada et du surréalisme, avant de faire des études de médecine, de passer sept années aux États-Unis pour y faire connaître le Lettrisme par des conférences et des expositions, tout en réalisant une synthèse d’information sur une nouvelle discipline médicale, la nutrithérapie, qu’il a introduite en France, puis dans une dizaine de pays à partir des années 1980. 

Il est l’auteur de nombreux livres, dont Okinawa, un programme global pour mieux vivre, le rédacteur de www.lanutritherapie.fr, et continue à peindre et à voyager afin de faire l’expérience du monde sous ses aspects les plus divers.





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