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Aux Philippines, cette fondation redonne un toit et un emploi aux victimes des catastrophes climatiques

I Publié le 31 Août 2016

RÉCIT. Par Anne-Sophie Roux, porteuse du projet Wānanga Trek.


Tita Maritess et ses filles, à côté de leur village reconstruit après le typhon Yolanda, à Sagay, dans le Negros Occidental. (Crédit : Anne-Sophie Roux)
Tita Maritess et ses filles, à côté de leur village reconstruit après le typhon Yolanda, à Sagay, dans le Negros Occidental. (Crédit : Anne-Sophie Roux)
De Nouvelle-Zélande au Bhoutan, du Pacifique à l’Himalaya, le Wānanga Trek est un reportage solidaire  mené par Anne-Sophie, étudiante en sciences politiques de 21 ans. Chaque mois, elle raconte ses aventures à We Demain.

En 2010, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés publiait un rapport estimant à au moins 1 million le nombre de réfugiés climatiques aux Philippines, sur une population de 90 millions. Comportant 7 107 îles, le pays compte parmi les plus directement menacés par le dérèglement climatique.
 
Durant la saison sèche, le manque drastique d’eau pèse sur la vie des fermiers qui peinent à produire leur riz, mais également sur l’alimentation de villes entières à cause de l’assèchement des rivières. Pendant la saison des pluies, ce sont les typhons et les inondations provoquées par les pluies torrentielles qui affectent le pays. Les populations périurbaines sont les plus gravement touchées.

Manille submergée à 80 %

La démographie galopante, la planification urbaine chaotique et la corruption endémique s’ajoutent aux difficultés rencontrées par les victimes de ces catastrophes climatiques. Pour de multiples raisons, géographiques autant qu’économiques, sociales ou politiques, les Philippines sont particulièrement fragiles face aux bouleversements du climat.

En 2009, les typhons Ketsana et Parma ont dévasté les parties centrale et septentrionale des Philippines. Dans le Nord, les cultures ont été ravagées. Plus au Sud, Manille était submergée à 80 %. Après ces catastrophes, qui ont fait des milliers de victimes, la grande majorité des survivants était contrainte à rester dans ces zones qui sont les plus vulnérables aux pluies dévastatrices et aux vents violents.

Tita Lilia, devant sa maison de Pinagsama, à Taguig. (Crédit : Anne-Sophie Roux)
Tita Lilia, devant sa maison de Pinagsama, à Taguig. (Crédit : Anne-Sophie Roux)

Gawad Kalinga a reconstruit sur place des villages entiers

Dans la banlieue Sud-Est de Manille, je me suis rendue dans l’une des villes dévastées par les typhons. Démolie dans sa grande majorité, Taguig est devenue un vaste bidonville à la suite des catastrophes. La ville fut en partie rebâtie par la fondation Gawad Kalinga, dont le nom veut dire "prendre soin de" en philippin. Gawad Kalinga a reconstruit sur place des villages entiers, en donnant aux habitants les bases de leur "empowerment".
 
Dans la communauté de Pinagsama, j’ai été hébergée par Lilia Mapa. Cette femme de cinquante ans est la seule de sa famille à avoir gagné la ville après avoir quitté sa région natale, Mindanao, l’archipel le plus au Sud du pays. Elle me racontait comment était sa vie dans le bidonville, comment elle avait vécu les typhons avec de l’eau jusqu’au cou, comment elle avait tout perdu. Quand je lui demandais "Comment Gawad Kalinga a changé votre vie ?", elle me répondait : "Ça m'a changée [moi] !".

C’est "l’impression d’appartenir à une nouvelle famille" et les valeurs de la communauté qui l’ont changée. Elle m’expliquait alors qu’avant de vivre dans le village de Gawad Kalinga, une atmosphère de concurrence régnait dans cet espace de vie insalubre et sans cesse menacé par l’expulsion du gouvernement :
"Lorsque je rentrais de mon travail, je ne savais jamais si j’allais retrouver ma maison. Je me méfiais de mes voisins, qui se méfiaient de moi."

Aujourd’hui, avec ses filles, elle vit dans une des maisons colorées de la communauté : simple mais équipée. Elle a un petit revenu qui lui permet de vivre, un jardin qui lui permet de toujours avoir à manger, un toit et surtout "200 frères et sœurs" !

Enfants jouant dans la communauté de Pinagsama. (Crédit : Anne-Sophie Roux)
Enfants jouant dans la communauté de Pinagsama. (Crédit : Anne-Sophie Roux)

Les pays les plus pauvres du globe sont aussi les plus vulnérables aux dérèglements climatiques

"Pour prendre soin, il ne s'agit pas de faire un projet, la plupart du temps non durable, ou de prévoir un programme qui sera incomplet. Il s'agit de personnes et de présence, et de construire des relations qui vont durer", avance Antonio Meloto, le fondateur de Gawad Kalinga.

Selon la Commission intergouvernementale sur les changements climatiques des nations unies (IPCC), les pays les plus pauvres du globe sont aussi les plus vulnérables au dérèglement climatique. Cette inversion des rôles pose question : Les pays ayant le moins de responsabilités dans le changement climatique se trouvent être les plus touchés et les plus vulnérables à ses effets destructeurs.

Les exemples sont loin d’être isolés aux Philippines, où un typhon survient en moyenne deux à trois fois par mois en saison humide. Celui de Taguig illustre l’aspect urbain des conséquences du changement climatique, dans un pays où l’on a instinctivement tendance à les associer à l’aspect insulaire et rural.

Un "empowerment" qui ne se limite pas à un relogement de fortune

Si les médias traditionnels ou l’aide humanitaire se consacrent aux victimes de ces catastrophes, elles ne le font que sur le court terme. D’où l’importance de mettre en valeur et de faire connaitre les effets sur le long terme de ces événements... Mais aussi les réponses apportées pour conférer à ces communautés les clés d’un "empowerment" qui ne se limite pas à un relogement de fortune.
 
"Prendre soin" des personnes affectées par les catastrophes naturelles, les reloger, leur redonner une dignité grâce à l’emploi et surtout les considérer comme des frères et sœurs en leur donnant le sentiment d’être écoutées et d’appartenir à une famille : divers moyens de bâtir "l’empowerment" que Gawad Kalinga met en place partout dans le pays et qui méritent d’être relatés !
Bateau de pêcheur entre l’île de Suyac et celle de Negros, archipel des Visayas. (Crédit : Anne-Sophie Roux)
Bateau de pêcheur entre l’île de Suyac et celle de Negros, archipel des Visayas. (Crédit : Anne-Sophie Roux)

Aux Philippines, cette fondation redonne un toit et un emploi aux victimes des catastrophes climatiques
Si vous souhaitez en savoir plus sur les projets, les initiatives et les personnes qui font vivre les communautés rencontrées par Anne Sophie Roux, rendez-vous sur le blog Wanangatrek.com





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