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#BalanceTonTaudis : "On ne peut plus mourir d'habiter"

Eddie Jacquemart, président de la Confédération nationale du logement, revient sur l'enquête participative lancée après la mort de 8 personnes dans l'effondrement d'immeubles à Marseille et les actions nécessaires contre l'habitat indigne.

Par Alice Pouyat I Publié le 28 Novembre 2018


Après l'effondrement d'immeubles à Marseille, une enquête participative a été lancée sur le mal-logement.
Après l'effondrement d'immeubles à Marseille, une enquête participative a été lancée sur le mal-logement.
Après la mort de huit personnes dans l'effondrement d’immeubles, le 5 novembre, rue d'Aubagne, à Marseille, une enquête participative sur l'habitat indigne a été lancée en ligne sous le hashtag #BalanceTonTaudis par le quotidien local La Marseillaise, avec le soutien d'associations, Emmaüs Pointe rouge, le DAL, Donut Infolab, et la Confédération nationale du Logement. Son président, Eddie Jacquemart, revient sur les résultats de cette enquête et les solutions au mal-logement.

We Demain : Comment est née cette idée de hashtag #BalanceTonTaudis ?

Eddie Jacquemart : Beaucoup de gens vivent dans des conditions indignes mais ne savent pas qu'ils ont des droits et n'osent pas parler, à l'instar des femmes victimes de violence. L'idée avec ce hashtag est d'encourager à briser le silence, à sortir de l'isolement, à mettre des images et des noms sur une situation, pour qu'ensuite les associations puissent intervenir et aider à trouver des solutions. Un formulaire en ligne permet aussi de faire un signalement de logement insalubre. Il a fallu des morts pour que les pouvoirs publics ouvrent les yeux. Aujourd'hui, on ne peut plus mourir du simple fait d'habiter.
 
Quel est le premier bilan de cette enquête ?

Il est encore difficile de le chiffrer, mais des milliers de messages ont été postés sur les réseaux sociaux. Le journal La Marseillaise pu réaliser une première carte des logements signalés à Marseille.  Et nous recevons aussi des alertes de toute la France car si Marseille est l'une des villes les plus touchées par les marchands de sommeil, elle n'est pas un cas isolé. On se souvient d'un incendie d'immeuble insalubre qui a tué une mère et ses trois enfants à Aubervilliers l'été dernier. À la suite de cela, nous avons aussi reçu beaucoup de commandes du guide Mon logement est-il décent ? que nous venons d'éditer pour aider les gens à se défendre, ce qui est une bonne nouvelle.


On observe une vaste mobilisation citoyenne suite à ce drame, avec une marche de la colère, des tribunes de personnalités… L'un d'elles, publiée dans Le Monde, demande même la tenue d'une conférence citoyenne contre le mal-logement, avec un jury populaire. Est-ce une bonne idée ?

Marseille, ville de dockers, a une culture de lutte, de résistance. Il est bien que les citoyens s'impliquent et demandent enfin des comptes après des années de mauvaise politique publique. On doit se demander comment une ville a pu laisser la situation se dégrader ainsi. Mais il ne faut pas tomber dans le populisme, on voit bien que même les gilets jaunes ont besoin de représentants. Il existe des moyens légaux d'agir, dont il faut se saisir davantage, et des associations de défense des habitants, qu'il faut renforcer.
 
Quels sont justement les moyens légaux d'agir pour lutter contre le mal-logement, et pour reloger les 1400 personnes évacuées par précaution ces derniers jours par la Mairie de Marseille ?

D'abord mieux appliquer la loi SRU qui impose un quota de 20% de logements sociaux! A Marseille, on atteint à peine 17% et seulement 6% dans le quartier de Noailles. Les HLM sont essentiels car ils amortissent la crise du logement et tirent le privé vers le haut. S'il n'y a pas de logements sociaux, les marchands de sommeil et les propriétaires privés font ce qu'ils veulent ! Ensuite, il faut donner aux communes le droit d'appliquer le "permis de louer" (les bailleurs doivent demander aux autorités le droit de louer un logement, ndlr), aujourd'hui détenu par l'intercommunalité. Et perquisitionner des logements vacants, comme le permet la loi (36 000 à Marseille, selon la Fondation Abbé Pierre, ndlr).

Voici des exemples de signalements envoyés sur les réseaux sociaux, qui font mouche et s'étendent à d'autres villes.
 






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