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Ma maison demain

Bientôt une maison de retraite LGBT+ à Paris ?

Par Alice Pouyat I Publié le 20 Juillet 2018

Stéphane Sauvé, ancien directeur d'Ehpad, veut ouvrir une maison de retraite pour les personnes âgées lesbiennes, gays, bisexuelles ou transgenres à Paris. Une réponse à l’isolement dont souffrent les seniors LGBT+.


Les séniors LGBT ne veulent plus cacher leur sexualité (Crédit : Shutterstock)
Les séniors LGBT ne veulent plus cacher leur sexualité (Crédit : Shutterstock)
Un amour invisible. À son entrée en maison de retraite, comme beaucoup de résidents, un vieux monsieur avait placé à son côté le portrait de son ancienne âme soeur, petite touche personnelle dans une chambre aseptisée. Sur cette photo, le visage d'un homme.

Deux jours plus tard, plus de portrait. Le pensionnaire l'avait fait disparaître, tétanisé par les questions du personnel soignant. À raison peut-être.... Car dans la même maison, une femme lesbienne faisait l’objet de commérages à chaque fois qu’elle recevait la visite de son amie.
 
Ces scènes de vie ont révolté Stéphane Sauvé, 47 ans, ancien directeur d’Ehpad en région parisienne, lui même homosexuel.
    
"Pour les seniors LGBT, la maison de retraite est une double peine : ils sont écartés de la société et doivent en plus mettre au placard leur vie sentimentale, ce qui peut impacter leur santé psychique."

L'ancien directeur peine à faire changer la donne de l’intérieur. En 2017, il décide de démissionner pour lancer un projet de Maison de la diversité pour seniors LGBT+. Un projet inédit en France.

Stéphane Sauvé a quitté son emploi pour ouvrir cette maison de retraite "gay friendly" (Crédit : Stéphane Sauvé)
Stéphane Sauvé a quitté son emploi pour ouvrir cette maison de retraite "gay friendly" (Crédit : Stéphane Sauvé)

Isolement des seniors LGBT +

Aux États-Unis, au Canada, en Allemagne, en Scandinavie, les maisons de retraite "gay-friendly” existent depuis des années. Elles se répandent aujourd'hui dans toute l'Europe.
 
Une réponse à un phénomène global :
    
"Les plus âgés, qui ont connu la pénalisation de l’homosexualité (jusqu’en 1982 en France, ndlr) ont dû s’habituer à une double vie. Mais, pour les 50-60 ans qui ont fait leur coming out, il n’est plus question de redevenir invisibles".
 
Cette population souffre par ailleurs d'isolement. Selon un rapport de 2013 du ministère délégué aux personnes âgées, 1,3 millions de LGBT+ avaient plus de 60 ans en France. 65 % vivaient seuls. Moins de 10 % avaient des enfants.

Le néo-entrepreneur s’active donc pour monter son projet, qui trouve un écho favorable :  suivi par l'association Ticket for change, il remporte en mars 2018 le trophée SilverEco du meilleur hébergement collectif et va être accueilli par Antropia, l’incubateur de l’Essec pour finaliser son business plan.

Le projet actuel consiste en une vingtaine d’appartements, pour des séniors encore autonomes et plutôt à Paris. La Mairie a déjà manifesté son intérêt, comme celles de Nice, Nantes ou Bordeaux. "On se rend compte qu’il est important d’être proche d’une grande ville et d’activités culturelles pour le public concerné", analyse Stéphane Sauvé, qui élabore le projet au fil de discussions avec les membres de son association Rainbold Society. En 2013, un projet en pleine campagne, dans l’Aude, avait été avorté.

Refus du communautarisme

A ceux qui l'accusent de construire un ghetto, Stéphane Sauvé fait remarquer: “Moi, je n’ai pas besoin de vivre en communauté, mais la réalité est que cela rassure certaines personnes, qu’elles soient gay, femmes, chinoises ou juives !"
 
Son projet de maison est d'ailleurs ouvert sur l’extérieur : 30 % des places sont réservées à des personnes plus jeunes et/ou hétérosexuelles et prévoit des activités – cours de sport ou de peinture – pour attirer des voisins et favoriser les rencontres.

Le projet est mené de concert avec les membres de l'association Rainbold Society (Crédit : Stéphane Sauvé)
Le projet est mené de concert avec les membres de l'association Rainbold Society (Crédit : Stéphane Sauvé)
Mon projet est de créer une structure très innovante afin de secouer les mentalités bien au-delà", poursuit Stéphane Sauvé. En parallèle, il espère développer des formations et des actions de sensibilisation dans les maisons de retraite "classiques".

Il n’est pas le seul à œuvrer à cette révolution argentée. Signe que les mentalités commencent doucement à changer, l’association Grey Pride qui milite contre l’isolement des personnes LGBT+ âgées a obtenu le 4 juin la création  du label "Greypride Bienvenue” par la Mairie de Paris. Un label bientôt déployé dans tous les Ehpad de la capitale qui formeront leur personnel à l’accueil des seniors LGBT. 


 





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