Connectez-vous S'inscrire
Société-Économie

Cambridge Analytica : Facebook pourrait devenir plus transparent, payant... ou être démantelé

Par Hannibal Watchi I Publié le 13 Avril 2018

"We Demain" l'écrivait dans son numéro de mars. Le vol de données utilisateurs au profit de la campagne de Donald Trump allait obliger Mark Zuckerberg à réformer son réseau social. Après sa comparution devant le Congrès américain le 10 et 11 avril, comment pourrait évoluer la plateforme aux 2 milliards d'utilisateurs ?


(Crédit photo : Creative commons)
(Crédit photo : Creative commons)
Il aura fallu un scandale politique d'envergure pour que la première puissance mondiale décide enfin de règlementer le géant Facebook. Selon le lanceur d'alerte Christopher Wylie, 87 millions de données personnelles des utilisateurs du réseau social ont été siphonnées par le biais de Cambridge Analytica, société qu'il a en partie créée. Ces données auraient, à terme, été utilisées pour favoriser l'élection de Donald Trump en 2016. Une affaire que We Demain évoquait déjà dans son numéro de mars consacré à la puissance des GAFA (Google, Apple, Facebbok, Amazon).
 
Irrémédiablement, Mark Zuckerberg est tenu responsable des dégâts que l'affaire a pu causer à la démocratie américaine. Les 10 et 11 avril, il a été appelé à comparaître devant le Congrès américain à Washington  pour répondre de sa négligence en terme de protection des données. L'objectif : faire coopérer le dirigeant du réseau social pour établir un cadre juridique plus abouti régulant Facebook.

Zuckerberg attentifs aux questions de 47 sénateurs américains (Crédit : capture d'écran NBC)
Zuckerberg attentifs aux questions de 47 sénateurs américains (Crédit : capture d'écran NBC)

Un procès historique

"C’est mon erreur, a commencé par admettre Zuckerberg, et j’en suis désolé. J’ai fondé Facebook et je l’ai développé, je prends la responsabilité de ce qui est en train de se passer." Il expose ensuite les mesures déjà prises depuis le scandale Cambridge Analytica et les affaires d’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine : augmentation du nombre de salarié dédiés à la vérification des contenus (20 000 en fin d’année), révision de dizaines de milliers d’applications et leur bannissement du réseau social si des activités malveillantes y sont décelées.
 
L'entretien commence. Installé dans son siège au milieu de la salle, le patron subit une à une les questions parfois innocentes mais souvent essentielles de 47 sénateurs, pour la plupart conciliants. Zuckerberg déçoit de temps à autre par ses réponses évasives, de quoi faire grincer les dents. Même s’il ne cesse de rappeler sa bonne foi ("Je n’ai pas la réponse à cette question, mes équipes vous recontacteront pour donner davantage de détails"), sa rhétorique fuyante lui permet d’éviter des propos qu’il pourrait regretter. Il parvient même à faire rire la salle sur des sujets épineux.
 
Après plus de dix heures d’échanges, les sénateurs concluent sur l’incapacité de Facebook à changer sans l’appui de nouvelles lois. Mark Zuckerberg n'est plus en mesure de réguler son réseau social tout seul, comme il avait l'habitude de le faire depuis ses débuts.

Comment règlementer Facebook ?

Le débat sur la régulation de Facebook est ouvert et les consommateurs, autorités de régulation et législateurs semblent désormais à même d'y participer. Quelles conséquences cela pourrait-il avoir sur le réseau social aux 2 milliards d'utilisateurs ? Le Monde a listé les principaux changements envisageables.
 
  • Transparence des publicités politiques. Cette réforme, la plus probable, prévoit d’obliger les annonceurs de publicités politiques à révéler la provenance des fonds qui ont permis de les financer.
  • S’inspirer des solutions européennes. Questionné sur l’efficacité du règlement général de l’UE sur la protection des données (RGPD) qui entre en vigueur le 25 mai, Zuckerberg a suggéré que ce modèle de régulation pourrait servir d’exemple à la politique du réseau social. L'objectif étant de renforcer les droits des personnes et responsabiliser les acteurs traitant les données. Pour l'anecdote, sur les notes du patron récupérées au sortir de l'audition il était écrit : "Ne pas dire que nous faisons déjà ce que le RGPD demande."
  • Facebook payant. Mark Zuckerberg n’écarte pas cette idée. Cela permettrait aux utilisateurs de s'épargner la publicité en ligne, qu’elle soit ciblée ou non. Mais il explique toutefois que "sans publicité, nous aurions besoin d’un autre modèle économique".
  • La législation antitrust. Cette idée défendue essentiellement par la gauche progressiste propose d’éclater le monopole qu’a Facebook sur l’univers du numérique. À lui seul, le réseau social contrôle près de 80 % du trafic sur smartphones, notamment grâce à Instagram, Whatsapp et Facebook Messenger. La loi antitrust avait déjà été employée au début du XXème siècle par Théodore Roosevelt contre la Standard Oil de John Rockfeller qui contrôlait alors 90 % du secteur pétrolier. Appliquée au réseau social, elle empêcherait Facebook de procéder à de nouvelles acquisitions. We Demain évoquait déjà cette option dans son dernier numéro.
 
Une chose est sûre : pour Mark Zuckerberg, c’est la fin de l’innocence et le début des responsabilités. Facebook deviendra-t-il adulte en 2018 ?



WEDEMAIN.FR SUR VOTRE MOBILE