Travailler demain

Caroline Sost, l’école réinventée

[SAISON 1 : Les affirmé.e.s]

I Publié le 10 Avril 2018

Ancienne directrice des ressources humaines d’un groupe éditeur de jeux vidéo, Caroline Sost a fondé à Paris une école alternative et écocitoyenne, la Living School, où les enfants apprennent le savoir être plutôt que le savoir faire.


Caroline Sost (Crédits : Nod-A, 2018)
Caroline Sost (Crédits : Nod-A, 2018)
Caroline Sost a réalisé son rêve : créer une école différente, écocitoyenne, faire rimer éducation, éthique et écologie. Lumineuse, souriante, elle fait visiter avec fierté les petites salles de sa Living School, structure privée installée depuis 2007 dans le 19e arrondissement de Paris, avec son « jardin zen », un plateau rempli de sable fin et d’outils pour dessiner, et son punching-ball qui permet aux enfants de vider leur énergie.

Quatre classes bilingues anglais-français, de la maternelle au CM2, organisées en multi-niveaux, avec cantine bio, sont accueillies ici. Les enseignants s’emploient à développer le « savoir être » des enfants, leur empathie, leur sens de la coopération, à favoriser, l’émergence de « citoyens debout, dotés d’un sens critique et capables d’apporter leur contribution pour préserver la planète ».

Elle n’aurait sûrement jamais créé cette école originale, jamais bâti cette nouvelle vie professionnelle dans laquelle elle s’est épanouie, sans un événement douloureux. Une épreuve du feu qui s’est aussi avérée structurante, fondatrice. En 2004, à 29 ans, Caroline Sost a dit non à son employeur de l’époque : elle a refusé d’accomplir une mission qu’elle jugeait en contradiction avec ses valeurs, son éthique.

A l’époque, elle est directrice des Ressources humaines d’un groupe français éditeur de jeux vidéo. Une entreprise qu’elle connaît bien : c’est là qu’elle a commencé sa carrière professionnelle, en 1998. « J’avais fait la prépa la plus élitiste de France puis l’Ecole supérieure de commerce de Paris. » Une façon de se conformer aux vœux de ses parents, médecins dans l’Oise, soucieux de sa « réussite ».

« Je faisais du marketing pour le département éducatif et culturel de cet éditeur de jeux vidéo. J’étais ambitieuse, je voulais franchir les échelons assez vite. » Alors lorsqu’un concurrent lui propose de devenir chef de produits Europe, elle n’hésite pas, part vivre à Dublin. Elle est appréciée, étiquetée « à haut potentiel », bénéficie de stock options. Mais dans ce grand groupe qui édite des jeux vidéo assez violents ciblant les hardcore gamers », elle finit par craquer. «C’était une machine à broyer de l’humain, on bossait comme des fous, pressés comme des citrons pour enrichir les actionnaires, Je souffrais du manque de sens, d’humanité, j’étais paumée. »

Rentrée en France, elle va voir un cabinet de formation et de conseil spécialisé en leadership éthique. « J’ai rencontré la créatrice de ce mouvement, Edel Gött, conceptrice d’ingénieries de formation. Elle a mis des mots sur mes intuitions, m’a montré qu’on a tous un potentiel de création et de décision infini  alors que toute notre scolarité nous focalise sur nos limites, nos échecs. » Caroline Sost  entame une première formation en développement personnel dans le cadre professionnel tout en cherchant un emploi mais cette fois dans le secteur des Ressources humaines.

Par hasard, elle rencontre son premier boss dans les jeux vidéo et est recrutée par le PDG, le même qu’à ses débuts pour créer le département de Ressources humaines. « Il y avait eu un revirement dans la politique éditoriale : le groupe s’était orienté vers les jeux pour hardcore gamers. » En parallèle, elle entame une formation longue de trois ans en leadership éthique avec Edel Gött.  « J’avais découvert l’importance du savoir être, du développement de nos dispositions de base : nos qualités, défauts, croyances. Bref, notre personnalité.»

Chargée du développement personnel des jeunes managers, elle « s’éclate dans son travail ». « J’étais formatée, pour raisonner en silos, donc je ne m’intéressais pas à la ligne éditoriale. Mais la réalité c’est que j’aidais à faire produire de la violence ! » Les formatrices autour d’Edel Gött ont vite fait de la moucher en soulignant cette contradiction.

Elle va en parler au PDG qui après  avoir botté en touche sur la question de la violence lui propose néanmoins de former un groupe sur le développement personnel dans l’espoir que cela favorise la créativité des managers.

« La première réunion avec des volontaires :- treize hommes et deux femmes - a été houleuse. Ils ont dit que la violence ne leur posait aucun problème, elles ont confié qu’elles avaient honte de ces jeux vidéo violents. » Avant même la deuxième réunion du groupe, c’est le clash : le PDG s’énerve, interpelle Caroline Sost, très fort dans l’openspace : «Maintenant, il faut que tu arrêtes tes conneries » !

Entre–temps, le studio lui a demandé une formation. « Mais j’ai appris qu’ils développaient un jeu de course poursuite à Los Angeles, une compétition entre gangs dont les vainqueurs remportaient des femmes. Monstrueux ! »  Elle refuse de dispenser la formation en expliquant qu’elle ne peut cautionner cette violence. « Sur 2000 employés, nous n’avons été que deux à nous opposer à ce jeu, deux femmes. On passait pour les hystériques de service ! »

Caroline Sost est licenciée pour « désaccord stratégique » et « refus de la mission ». Aidée par le groupe de formatrices d’Edel Gött, elle va faire de ce licenciement une libération. « J’ai repris des études, j’ai bouclé une maîtrise en Sciences de l’éducation, commencé des remplacements dans le privé et je suis allée visiter une trentaine d’écoles aux pédagogies alternatives. » Elle cherche des locaux, des associés, puis des investisseurs. L’école ouvre en septembre 2007.

« Dix ans plus tard, c’est fabuleux de voir ce que sont devenus nos premiers élèves », constate Caroline Sost qui a raconté son expérience dans un livre intitulé S’épanouir à l’école (1). « On organise des retrouvailles deux fois par an. Les plus anciens sont au lycée, la plupart sont délégués de classe car ils ont appris à être dans une relation de personne à personne avec les adultes.  Je les trouve beaux, pleins d’empathie, drôles ! »

La Living School encourage ses élèves à devenir très tôt des écocitoyens. « Ils participent à nombre de projets : ils ont confectionné des objets qu’ils ont revendus pour collecter des fonds et sauver des ours polaires, des pandas, des tigres avec le WWF, ou replanter des arbres au Sénégal. Ils s’intéressent aussi à un SDF du quartier qu’ils aident avec des cadeaux utiles ! »

Convaincue que l’éducation ne peut se limiter à « produire des bons exécutants », Caroline Sost insuffle à ses élèves la conviction que « tout est possible » et qu’il faut  toujours écouter ses rêves.

Elli Luveri
 
(1) S’épanouir à l’école, Ed. Robert Laffont, 2018.
 

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