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Ces chantiers citoyens restaurent le patrimoine, mais aussi les liens entre ruraux et urbains

Par Aziliz Le Corre I Publié le 29 Juillet 2020

Deux étudiants parisiens ont lancé Arcade, une association de restauration du patrimoine dont l’objectif est aussi de promouvoir l’échange et le lien social avec les habitants des campagnes.


Le chantier-test de l'abbaye Notre-Dame de Bonnecombe a réuni une trentaine de volontaires. (Crédit : Aziliz Le Corre)
Le chantier-test de l'abbaye Notre-Dame de Bonnecombe a réuni une trentaine de volontaires. (Crédit : Aziliz Le Corre)
Le 15 avril 2019, un incendie ravageait une partie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Alors que les flammes détruisaient la flèche, les toitures de la nef et du transept, ainsi que la charpente du XIIIe siècle, une intuition se confirme dans l’esprit d’Amaury Gomart et d’Augustin Latron, respectivement étudiant en droit et en architecture.
 
Ils décident alors de créer Arcade, une association de restauration du patrimoine, dans le sillon des chantiers citoyens proposés par l’union Rempart, qui regroupe 170 associations organisatrices de chantiers depuis 1966. Leur idée : développer, à destination des jeunes adultes, la tradition des chantiers de rénovation de bâtiments anciens, dans le but de "tisser du lien avec les habitants des villages".

Des vacances au service du patrimoine

Le chantier test de l’an dernier, à l’abbaye Notre-Dame de Bonnecombe, en Aveyron,  a réuni une trentaine de volontaires. "Les demandes explosent pour cet été", se félicitent les deux étudiants parisiens, dont le projet s’inspire du scoutisme. 130 jeunes, de 18 à 25 ans, se sont engagés sur trois chantiers estivaux : au Couvent du Saint-Sacrement, à Bollène, en Provence, au Fort de la Pointe de Diamant, à Langres, en Haute-Marne et au Château d’Argy, dans le Berry. Dans lieux de plus en plus soumis à l’exode rural.
 
Pour cette année de lancement, l'association vient en aide à des particuliers qui n'ont pas les moyens de rénover leur patrimoine. C’est le cas de Jean-Remy Ribout, propriétaire du Fort de la pointe de Diamant. Cet ancien artisan a travaillé 30 ans dans les travaux publics, avant de racheter la forteresse.

Les quatre fondateurs de l'Arcade (de gauche à droite) : Amaury Gomart, Augustin Latron, Marie-Eglé Le Hagre, Brieuc Clerc. (Crédit : Aziliz Le Corre)
Les quatre fondateurs de l'Arcade (de gauche à droite) : Amaury Gomart, Augustin Latron, Marie-Eglé Le Hagre, Brieuc Clerc. (Crédit : Aziliz Le Corre)
"Ça fait 10 ans que je suis là-haut et je n’ai pas eu un denier des pouvoirs publics. Je suis obligé de travailler à côté pour vivre, mais je ne veux pas abandonner", raconte-t-il.

Quand les fondateurs d’Arcade ont eu vent de cette histoire, par un ami commun, ils ont immédiatement proposé leurs services à Jean-Remy Ribout. Chaque chantier dure une semaine ; des groupes de jeunes se relaient tout l’été, du mois de juin, au mois d’août, "
mais c'est un projet sur le long terme, l'idée est de revenir pendant cinq ans au moins, en fonction des besoins", explique Amaury Gomart.

Renouer le lien avec le monde rural

L’intérêt de ces chantiers d'un nouveau genre n'est pas seulement architectural. "Nous voulons développer des liens avec les habitants et apporter de l’espérance dans des lieux où les anciens voient mourir leur village." L’objectif d’Arcade est de développer les relations entre ruraux et urbains, dans l’espoir de donner envie à ces derniers de s’implanter dans ces territoires. Solidifier le lien social pour "réinvestir le monde rural".
 
"On a tous passé des vacances à la campagne ou même le confinement, sans y habiter vraiment. Il faut prendre conscience d'une autre réalité que la nôtre, en rentrant en contact avec la population."
 
"Nous ne voulons pas que ces villages deviennent des musées, mais que les gens puissent y vivre » poursuit Amaury Gomart, étudiant en droit et co-fondateur d'Arcade. Pour relever ce défi, les organisateurs prévoient des activités l’après-midi, en lien avec les élus et les paroisses, ou tous les acteurs qui peuvent favoriser le lien sur le terrain, pour que les jeunes rencontrent les habitants des villages.

Bénévoles d'Arcade sur le chantier de l'abbaye Notre-Dame de Bonnecombe, dans l'Aveyron. (Crédit : Aziliz Le Corre)
Bénévoles d'Arcade sur le chantier de l'abbaye Notre-Dame de Bonnecombe, dans l'Aveyron. (Crédit : Aziliz Le Corre)
Chasses au trésor avec les enfants, visites dans les EPHAD, découverte de la région… Organisateurs et volontaires entendent donner à leur projet une dimension humaine : "Il y a l’aspect rencontre avec les propriétaires et les locaux, qui nous a convaincus. On comprend le patrimoine, dans l’aspect matériel, culturel, mais aussi relationnel, grâce à ce contact avec les anciens", assure Héloïse Uberti, 23 ans, bénévole au Château d’Argy, du 23 au 28 juillet.
 
"Il y a quelques années, je ne me voyais pas autre part qu’en ville, mais depuis quelques mois je ne me vois plus qu’à la campagne", renchérit Candice Taupin, 21 ans, volontaire sur le chantier de Bollène. La jeune femme envisage de s’installer à la campagne après la fin de ses études.
 
 
Les volontaires se donnent pour mission de recréer le dialogue intergénérationnel. "À Bollène, il y a un choc des générations, explique Candice. Comme nous l’a expliqué Amaury, il y a des personnes âgées et des jeunes de cité. Le dialogue n’est pas simple entre ces deux populations. Peut-être qu’on arrivera à renouer le lien."





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