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Ma maison demain

Ces utopies féériques sont faites de carton et de déchets

Par Alice Pouyat I Publié le 26 Juillet 2018

Les maquettes de l'artiste congolais Bodys Isek Kingelez, en matières recyclées, font l'objet d'une vaste rétrospective au MoMA, à New York. L'occasion de (re)découvrir d'étonnantes utopies.


L'œuvre "Ville de Sète 3009" rend hommage à la ville portuaire française où l'artiste a séjourné. Les bâtiments brillent de teintes translucides et de paillettes. © Pierre Schwartz ADAGP; courtesy Musée International des Arts Modestes (MIAM), Sète, France
L'œuvre "Ville de Sète 3009" rend hommage à la ville portuaire française où l'artiste a séjourné. Les bâtiments brillent de teintes translucides et de paillettes. © Pierre Schwartz ADAGP; courtesy Musée International des Arts Modestes (MIAM), Sète, France
"Personne n'a eu une vision comme la mienne depuis des temps immémoriaux", osait affirmer Bodys Isek Kingelez. En dépit de son manque de modestie, l'artiste voyait juste. Son œuvre est bel et bien hallucinante.

Né dans l'actuelle République Démocratique du Congo, Bodys Isek Kingelez (1948-2015) a passé une bonne partie de sa vie à construire des maquettes de villes imaginaires, des sculptures miniatures et multicolores reflétant ses rêves d'un monde meilleur. 

Un travail auquel le MoMA (Museum of Modern Art) rend hommage via une vaste retrospective, jusqu'en janvier 2019, à New York, après la Fondation Cartier à Paris en 1994 ou le Guggenheim de Bilbao, entre autres.
 

Bodys Isek Kingelez est un artiste autodidacte. Courtesy André Magnin, Paris; photograph by André Magnin.
Bodys Isek Kingelez est un artiste autodidacte. Courtesy André Magnin, Paris; photograph by André Magnin.
Le nom de cette exposition : City Dreams. "Une nation qui ne peut construire de modèles est une nation qui ne comprend pas les choses, une nation qui ne vit pas", affirmait Kingelez.

Autodidate, l'artiste fut professeur du secondaire jusqu'à connaître une "révélation". Selon une anecdote relatée sur RFI, c'est lors d'une nuit de transe, en 1969, alors âgé de trente ans, qu'il réalise une première maquette. Kingelez l'apporte alors au musée national de Kinshasa mais les conservateurs ne veulent pas croire qu'il en est l'auteur. Pour prouver sa bonne foi, ils lui demandent de rester sur place et de réaliser une deuxième maquette. Pari tenu. 
 

Les oeuvres sont réalisées à partir d'éléments recyclés. © QAGOMA, Natasha Harth
Les oeuvres sont réalisées à partir d'éléments recyclés. © QAGOMA, Natasha Harth

Architecture syncrétique

Dès lors, Kingelez poursuit son oeuvre minitieuse, en assemblant des matériaux récupérés – papiers colorés, emballages, plastiques, canettes ou capsules de bouteilles.

Syncrétiques, ses maquettes combinent tous les styles architecturaux : pagodes, art déco belge, pyramides inversées ou "bling bling" made in Las Vegas.

Mais derrière ces sculptures éblouissantes se cache une vraie critique sociale.

Ce qu'il appelait des "maquettes extrêmes" peuvent être vues comme une alternative optimiste à la vie urbaine et à la croissance anarchique de Kinshasa. L'artiste imaginait aussi des utopies pour d'autres pays.

Dans Kimbembele Ihunga (1994), l'artiste réinvente son village agricole avec un stade de football, des banques, des restaurants et des gratte-ciels…© Bodys Isek Kingelez / Photo: Maurice Aeschimann. Courtesy CAAC – The Pigozzi Collection
Dans Kimbembele Ihunga (1994), l'artiste réinvente son village agricole avec un stade de football, des banques, des restaurants et des gratte-ciels…© Bodys Isek Kingelez / Photo: Maurice Aeschimann. Courtesy CAAC – The Pigozzi Collection

L'œuvre UN (1995) réinvente le siège des Nations Unies. © Bodys Isek Kingelez / Photo: Maurice Aeschimann. Courtesy CAAC – The Pigozzi Collection
L'œuvre UN (1995) réinvente le siège des Nations Unies. © Bodys Isek Kingelez / Photo: Maurice Aeschimann. Courtesy CAAC – The Pigozzi Collection

Des utopies sans police ni maladie

Bien qu'il n'ait pas voyagé avant 1989, Kingelez était attentif à l'actualité internationale.

Il a notamment imaginé un Centre scientifique de gestion de la crise du sida, un bâtiment pour les victimes d'Hiroshima ou un nouveau bâtiment pour les Nations Unies.

Dans Ville Fantôme (1996), son plus grand paysage urbain, que les visiteurs pourront aussi traverser en réalité virtuelle au MoMA, l'artiste imagine enfin une ville métissée, sans embouteillage, dans laquelle les médecins et la police ne sont pas nécessaires.

Une invitation à oser imaginer, selon les mots de l'artiste, un "monde meilleur et plus pacifique". Ou du moins un monde plus coloré.

L'exposition City Dreams propose aussi une expérience virtuelle interactive qui permet aux visiteurs de traverser la ville Fantôme de Kingelez. Image courtesy of Third Pillar VR and Plastic Demo.
L'exposition City Dreams propose aussi une expérience virtuelle interactive qui permet aux visiteurs de traverser la ville Fantôme de Kingelez. Image courtesy of Third Pillar VR and Plastic Demo.

L'exposition se tient au MoMA jusqu'en janvier 2019. © 2018 The Museum of Modern Art. Photo: Denis Doorly
L'exposition se tient au MoMA jusqu'en janvier 2019. © 2018 The Museum of Modern Art. Photo: Denis Doorly






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